Science et Beauté

par Béatrice 15 Décembre 2004, 23:00 Sapientia

Ou les mathématiques du corps humain


A l'évidence les canons de la beauté changent d'une culture à l'autre et évoluent au fil du temps. La difficulté du peintre et du sculpteur reste néanmoins la même : formuler l'esthétisme rationnellement par des figures géométriques ou des formules.

Les égyptiens utilisaient des réticules à mailles quadrillées égales qui prescrivaient des mesures fixes. Ainsi, si la silhouette fait 18 unités, automatiquement, le pied en fait 3 , le bras 5 etc. Ce qui donne ces figures hiératiques.. Si peu réalistes !

Le canon grec est différent. Vitruve (architecte, 1er siècle av. J.C., auteur de De Architectura) inscrit le corps humain parfait dans un cercle centré sur le nombril (homo ad circulum), et dans un carré (homo ad quadratum). Il fractionne le corps humain en parties égales (la tête = 1/8eme de la taille, le thorax= Œ, etc.)

Dans le canon médiéval, le corps et l'âme sont censés refléter la Beauté Divine. Le canon de Vitruve se teinte alors d'une signification symbolique et mystique.
4 est le chiffre de l'homme mais aussi le chiffre de la perfection morale. En effet la longueur des bras  ouverts est égale à la hauteur totale d'un homme. Cela donne la base et la hauteur d'un carré idéal. 5 est le nombre de la perfection mystique et artistique. C'est le nombre des genres vivants (poissons, oiseaux, plantes, animaux, hommes). Il se retrouve dans les Ecritures (le Pentateuque, les 5 plaies de Jésus,…).On retrouve le chiffre 5 chez l'homme s'inscrivant dans un cercle dont le centre est le nombril. Les 5 extrémités (tête, mains, pieds) forment un pentagone.
On constate une grande disparité entre l'idéal de la proportion et ce que l'on représentait comme proportionné…

A la renaissance, les études de mathématiques de la perspective atteignent leur apogée. Vers 1530, Da Vinci reprend et corrige l'homme de Vitruve suite à des investigations anatomiques rigoureuses. L'homme s'inscrit bien dans un cercle centré sur le nombril, les autres divisions sont soumises au carré où  le sexe est sur la médiane.

Soixante ans plus tard, Albrecht Dürer renonce au canon idéal de la beauté et établit 26 types de proportions plus réalistes fondées sur des études mathématiques rigoureuses de l'anatomie.

En conclusion,

(…) à tous les siècles, on a parlé de la Beauté de la proportion mais, selon les époques, en dépit des principes arithmétiques et géométriques affirmés, le sens de cette proportion a changé. Assurer qu'il doit y avoir un juste rapport entre la longueur des doigts et la main, et entre celle-ci et le reste du corps, c'est une chose;  déterminer le bon rapport était une affaire de goût qui pouvait évoluer au fil des siècles.

Histoire de la Beauté, sous la direction de Umberto Eco (Flammarion)

A méditer, avant de désespérer de ne pas correspondre aux canons modernes de la Beauté sur papier glacé…

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commentaires

Carnelov 03/01/2005 04:47

Je me demandais pourquoi, alors que tu parlais justement du Nombre d'Or, tu n'avais pas parlé d'Euclide...?

Jean Yves ALT 31/12/2004 14:08

Le livre écrit sous la direction d'Umberto ECO est très intéressant : j'ai prévu un petit article prochainement dans mon blog (début janvier environ)

Fulcanelli 17/12/2004 12:19

Je pense que la beauté repose sur un hiéroglyphe mathématique dont nous-même sommes porteurs en tant que décodeurs. L'ombre de Platon certainement.

F

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