Science et Hasard

par Béatrice 9 Décembre 2004, 23:00 Sapientia

En ce froid mois de décembre 2004, en buvant notre café matinal ou dans le RER nous consultons notre horoscope distraitement dans le journal. Dans ce même journal, nous apprenons que certains de nos dirigeants ont consulté régulièrement une célèbre voyante afin de les aider à prendre des décisions sur l'avenir du  pays… au bureau, une collègue avoue  lire dans les lignes de la main ou le marc de caf酠 et au soir une amie nous tire les cartes du tarot comme ça pour voir….

Certes…  nous n'y croyons pas mais….néanmoins… nous prêtons une oreille complaisante à tous ces moyens de lire notre avenir, comme si notre avenir était écrit d'avance quelque part…Cela veut-il dire que nous avons du mal à admettre le vrai pur hasard dans nos vies quotidiennes ? 

Alors que les scientifiques ont été obligés d'admettre cette part de hasard inévitable en physique ! Mais il n'en a pas toujours été ainsi…

Au XIXème siècle, les savants (Laplace en tête) rêvaient d'élaborer une théorie de la science et un modèle de l'univers complètement déterminé (le déterminisme). Autrement dit, il devrait exister un ensemble de lois scientifiques capables de prédire tout ce qui arriverait dans l'univers à condition de connaître son état à un instant précis.

Cependant au XXème siècle, l'étude des atomes et des particules a fait émerger une nouvelle théorie appelée la mécanique quantique. En 1926, Heisenberg formula son célèbre principe d'incertitude, un précepte de base de cette nouvelle branche de la physique dédiée à l'étude des objets subatomiques : On ne peut jamais être tout à fait sur à la fois de la position et de la vitesse d'une particule. Mieux on connaît l'une, plus mal on connaîtra l'autre.

Il devient donc impossible de prédire les événements futurs avec exactitude vu que on n'est même pas capable de mesurer l'état présent de l'univers !  Cela n'est pas du à la limitation des appareillages scientifiques, mais à un élément inévitable d'imprécision et de hasard.

La plupart des scientifiques ont admis les lois de la mécanique quantique pour la bonne et simple raison que cela  explique bon nombre de phénomènes observés (notamment la lumière ou  la structure de l'atome). Elle explique également le fonctionnement de beaucoup d'objets du quotidien (la télévision, l'ordinateur).

Pourtant Einstein s'opposa fermement à cette idée de hasard, d'où sa célèbre phrase : Dieu ne joue pas aux dés.  Einstein est célèbre notamment pour sa théorie de la relativité générale  qui décrit la structure à grande échelle de l'univers, on appelle ce genre de théorie la mécanique classique car ne tient pas compte du principe d'incertitude de Heisenberg.

Ainsi semblent s'opposer deux visions, une vision déterministe de l'univers macroscopique et une vision comportant la notion d'incertitude au niveau des particules, donc à l'échelle subatomique… la difficulté que rencontre actuellement nombre de chercheurs est de réconcilier ces 2 visions du monde,  trouver le lien entre l'infiniment grand et l'infiniment petit…



A consulter d'urgence pour en savoir plus

Et éventuellement si les équations ne vous rebutent pas

  • Comprendre la mécanique quantique, G. Omnès
  • La mécanique quantique tome 1 et 2. Cohen-Tannoudji




commentaires

aly 23/05/2005 10:54

le hasard est une limite à notre connaissance (Spinoza)

Fabrice 14/12/2004 14:30

Sans oublier la théorie du chaos Bea, qui démontre que même en l'absence d'hasard, une précision infinie est nécessaire pour prévoir l'avenir aussi bien que le démon de Laplace

Fonz 13/12/2004 10:36

Ca me rappelle mon TIPE de prépa (genre d'exposé de fin d'année devant jury) sur la sujet de la théorie de chaos !!
Un bon livre de vulgarisation sur le sujet (mais qui comporte aussi quelques équations, faut pouvoir digérer) :
La Théorie du chaos : Vers une nouvelle science de James Gleick, Christian Jeanmougin.

Martin Seller 11/12/2004 13:48

Science, Hasard et... Vie, aurait-on pu ajouter.

Si le hasard fait aujourd'hui partie intégrante de la science (Théorie du Chaos, Physique Quantique, Génétique,..), il est toutefois important de ne pas le sacraliser en faisant de lui un acteur à part entière comme un second dieu ou un malin (ou bon) génie. Je pense particulièrement à l'idée selon laquelle les forces ou les constantes physiques de notre univers auraient été "réglées" de telle sorte qu'elles engendrent un milieu dans lequel la vie est possible ou même nécessaire. Cette idée qui fait du hasard un joueur de dé, un choisisseur parmi les possibles implique en effet de concevoir d'autres univers équiprobables. Or nous ne possédons pas de théorie (ou langage) scientifique capable de parler de façon cohérente d'un méta-temps ou d'un méta-espace dans lesquels ses univers possibles pourraient prendre place. Nous ne pouvons observer et décrire notre univers (l'Unvivers) que de l'intérieur. A vrai dire, il ne possède même pas d'extérieur. Une discussion intéressante de cette question et de celles abordées dans votre article peut être trouvée sur la page de Christian Magnan, Astrophysicien (univ. Montpellier II, Collège de France): http://www.dstu.univ-montp2.fr/GRAAL/perso/magnan/index.html

Merci pour votre site et l'intérêt que vous portez aux questions philosophiques.

Béa 11/12/2004 13:05

bonjour vincent! oui l'exhaustivite n'existe pas. Par ailleurs en science (comme en biologie par exemple) les problemes sont si complexes que on ne peut l'étudier que par 'morceau', trop de choses interagissant entre elles....  sans compter l'interaction entre l'observé et l'observateur....
merci pour ton comment qui ouvre de nouvelles pistes de reflection . Au passage, merci beaucoup pour tes encouragements, c'est ce qui nous pousse à continuer l'aventure de ce blog!!!!

Vincent 11/12/2004 08:45

Ton entrée m'inspire.
* Les poupées gigognes de Pascal - l'infiniment petit dans l'infiniment grand - où est celle, transition, que l'esprit humain peut imaginer ?
* Toute expérimentation physique est dite aujourd'hui impure. Ce qui est d'abord observé, on le sait désormais, ce sont les interactions multipliées de l'observateur et l'observation, de l'observateur et l'environnement, de l'observation et l'environnement.
Plus on en sait, moins on en sait. Paradoxale connaissance du toujours plus inconnaissable au fur et à mesure que connaissance ad hoc grandit.  
Le terme monographie est utopique ; l'exhaustivité, sur quel que sujet que ce soit, même anodin, n'existe pas.
* Et si ce qui échappe inéluctablement aux scientifiques et à la science exacte, en tant que déterminisme ("la nature est écrite en langage mathématique" de Galilée), était, selon l'angle de vue, la liberté (le conatus de Spinoza, l'oscillation de l'électron), ou Dieu (Pascal derechef et son si merveilleux mysticisme).
Putain de tartine intello ! Je devrais me mettre à "tiercé magazine", moi !
Merci pour votre blog collectif magnifique qui aiguise les neurones, pour peu que l'on soit doté de curiosité.
 

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