Castalie

Pour inaugurer les Mirabilia, je vous livre cette histoire fantastique et merveilleuse des fées de Cottingley. Histoire sensationnelle et imposture dont les évènements ont dépassé les protagonistes.

En 1917, deux « innocentes » jeune filles, Elsie Wright (16 ans) et Frances Griffith (10 ans) ont montré des photos, prises à Cottingley, de fées et de gnomes avec lesquelles elles avaient l’habitude de jouer !

Les faits sont connus : en juillet 1917, Frances rentrant trempée après être tombée à l’eau en jouant dans le Cottingley Glen et sûre de se faire disputer, invente comme excuse que c’est de la faute des fées avec lesquelles elle jouait. Sa mère la punit en la consignant dans la chambre qu’elle partage avec sa cousine Elsie. Les deux filles, décident alors de faire des photos pour prouver leurs dires et empruntent l’appareil photo à plaques du père d’Elsie, Arthur Wright, qui accepte, pensant ainsi désamorcer cette histoire dans laquelle les filles s’entêtent. Il charge l’appareil avec une plaque en verre, règle l’ouverture à 1/50 et la confie aux filles qui partent vers l’étang.

À leur retour, leur père développe la plaque, et demande ce que sont ces « bouts de papier », lorsque les filles prétendent qu’il s’agit des fées, il les fait taire (il connaît les talents artistiques de sa fille Elsie, qui va au Bradford Art College depuis l’âge de 13 ans et qui dessine des fées depuis un petit moment), et après la deuxième photographie montrant un gnome, il leur interdit d’emprunter sa caméra à nouveau. Même les mères des filles pourtant s’intéressant de près à la spiritualité (notamment à la théosophie, à la mode à l’époque), écartent l’histoire. Sujet apparemment clos.
Les fées de Cottingley Les fées de Cottingley En 1919, la mère d’Elsie, Polly Wright, assiste avec une amie à une conférence de la Société de Théosophie, dont le sujet porte sur la vie des fées. Elle lui parle des photos et est entendue par Edward Gardner, un chef de file de la théosophie, qui demande à les voir.

Lorsqu’il les reçoit, Gardner les confie tout d’abord à Fred Barlow, une autorité en matière de photographies « psychiques », qui les juge authentiques, et ensuite à Harold Snelling, un expert en photographie, mais aussi un ami versé dans les mêmes courants spiritualistes, qui rend son verdict :

« These two negatives are entirely genuine unfaked photographs of single exposure, open-air work, show movement in all the fairy figures, and there is no trace whatever of studio work involving card or paper models, dark backgrounds, painted figures, etc. In my opinion, they are both straight untouched pictures. »

Gardner demande aussi à Snelling de retoucher les photographies et de refaire des tirages « plus nets » sans les altérer mécaniquement. À la décharge de ceux qui crurent à l’authenticité des photographies, les originaux (contrairement aux tirages de Snelling, qui sont ceux à avoir été diffusés) étaient beaucoup moins clairs :
Les fées de Cottingley Une contre-expertise est toutefois demandée aux laboratoires Kodak, qui tout en garantissant qu’il n’y a pas eu de double exposition et aucune preuve de contrefaçon, n’accordent pas de certificat d’authenticité.

Gardner est désormais convaincu de la véracité des photographies, et les considère comme une preuve des légendes qui courent depuis des siècles sur le peuple des fées. Il va rencontrer les filles à Cottingley, leur amenant une nouvelle caméra et leur demande de prendre de nouvelles photographies. Il a aussi une discussion avec Arthur Wright, qui apparemment, commence à douter, même s’il aimerait bien recevoir un paiement pour la future publication des photos, prévue par Gardner. Celui-ci refuse, affirmant que si les clichés sont authentiques, il ne faudrait pas les « souiller » par des considérations aussi bassement matérielles !

Les filles font trois nouvelles prises, qui sont elles aussi publiées dans le magazine Strand sous le titre « An Epoch Making Event - Fairies Photographed » et qui connaît un succès immédiat et déclenche une polémique qui va durer une soixantaine d’années…

L’affaire des fées de Cottingley va aussi trouver son plus ardent défenseur et partisan en la personne de sir Arthur Conan Doyle lui-même.

Conan Doyle est déjà un spiritualiste et théosophiste convaincu et prosélyte. Il fait des conférences sur le sujet depuis des années, et l’on peut dire qu’il saute sur l’occasion fournie par ces « preuves ». Il contribue depuis longtemps au magazine Strand (ainsi que H.G. Wells, Rudyard Kipling, etc.) et c’est ainsi qu’il découvre les filles et les photos.

« when one considers that these are the first photographs which these children ever took in their lives it is impossible to conceive that they are capable of technical manipulation which would deceive experts »

Doyle et Gardner emmènent un medium à Cottingley, Geoffrey Hodson, pour confirmer les dires des filles qui prétendent que les fées ne se montrent qu’à elles. Il débarque avec des caméras et tout un attirail « psychique ». Les résultats dépassent les espérances de tout le monde : Hodson affirme voir les fées et bien plus encore ! Hélas, il ne réussira pas a prendre de photo… Des années après, Frances et Elsie admettront s’être énormément amusées avec ce medium qui affirmait voir tout ce qu’elles voulaient bien lui décrire, et qui même en rajoutait. On peut imaginer qu’elles s’en sont donné à cœur joie !
La polémique continue à faire rage, au grand détriment de la réputation de Conan Doyle, mais les fées de Cottingley ont tout de même leurs adeptes et croyants, et pas seulement dans les rangs de la Théosophie. Les filles quand à elles, continuent à ne pas démordre de leur version.

En 1945 et en 1966, Gardner publie deux livres sur l’affaire, toujours démontrant son point de vue en faveur de la version « authentique ». A chaque fois, les fées reviennent sur le devant de la scène, avec ses partisans et détracteurs. Après plusieurs interviews et sollicitations de Frances et Elsie (notamment par James Randi – celui qui offrait 10,000 $ pour tout phénomène parapsychique ou magique constaté dans des conditions contrôlées – en 1978), elles restent, au mieux, évasives.

En 1986 finalement, alors âgées de 75 et 81 ans, elles avouent dans un article du Times, que les fées n’étaient que des découpages d’un livre Princess Mary's Gift Book (1914) qu’elles avaient piqués dans l’herbe.

Néanmoins, par la suite, Frances affirmera qu’elle avait réellement vu les fées, et qu’au moins une des photos était authentique.

En 1997, deux films ont été réalisés sur cette histoire :
  • Fairy Tale: A True Story (avec Peter O'Toole et Harvey Keitel)
  • Photographing Fairies (avec Ben Kingsley)
Que sont-ils devenus ?

Sir Arthur Conan Doyle a beaucoup pâti de cette affaire, il y a perdu beaucoup de sa crédibilité, et son image de brillant écrivain a été, dans l’opinion publique, souvent remplacée par celle d’un vieux fou sénile. Il mourut à 71 ans, en 1930, toujours persuadé de l’existence des fées.



Elsie Wright, qui a été l’artisan des photographies, a très vite été dépassée par les évènements, et à tout fait, à l’âge adulte pour fuir les « fées de Cottingley ». Elle émigra deux fois pour échapper aux médias, sans grand succès. Ce n’est que quelques années avant sa mort qu’elle confessa la vérité, en regrettant amèrement toute cette expérience…


Certains affirment que la photo où les fées dansent devant Frances Griffiths a été la plus reproduite au monde. Frances a joué avec les médias toute sa vie, et même à l’heure de la confession, alors une vieille femme, elle a continué à entretenir l’ambiguïté en affirmant a posteriori que les photos n’étaient truquées que parce qu’elles n’avaient pas réussi à prendre en photo les vraies fées.

Geoffrey Hodson fait un peu office de dindon de la farce dans cette affaire. Vrai crédule ou opportuniste ? Personne ne peut l’affirmer. En tout cas, il fut le seul de la bande de Gardner à être toujours en vie lors de la confession des filles.

Ce sur quoi, il a conservé un bruyant silence…


La caméra avec laquelle les premières photos furent prises, la Butcher Midg No 1, a aussi fait couler de l’encre. D’après les laboratoires Kodak, les photos examinées n’auraient pas pu être prises par ce type de caméra. Était-ce à cause des modifications de Snelling ou est-ce un nouveau mystère ? Quoiqu’il en soit, elle est maintenant exposée au National Photography Museum à Bradford.


Lun 19 déc 2005 24 commentaires
Eh bien ça c'est une nouvelle catégorie qui va me plaire !!!
Le sujet de cet article je connais mais j'attends le prochain avec impatience !
Il est bizarre que dans ton article tu ne parles pas d'un autre personnage célébre qui s'est lui aussi laisser berner par les deux fillettes, un personnage qui avait le chic pour mettre à jour les supercheries ... je te laisse chercher ou dire pourquoi tu n'en parles pas, il y a certainement une très bonne raison.
Farfouille - le 19/12/2005 à 20h50
Oui, tu parles de Houdini...
C'est vrai que je n'en ais pas parlé, mais j'ai du zappé bien d'autres choses encore :)
Je l'ai ecarté parce que ses prises de position ont été moins voyantes et partisanes que celles de Conan Doyle.
Mais tu as tout à fait raison de le souligner, surtout de la part de quelqu'un comme lui qui traquait sans cesse les fraudeurs et mystificateurs !
Mais peut-être son amitié avec Conan Doyle a pesé dans la balance ?

Alexandre
Castalie
Je trouve que cette histoire est révélatrice du pouvoir de l'image et surtout de la dangerosité de son détournement.

Comment deux petites filles, peuvent-elles tromper autant de monde ? Simplement parce que ce qu'y est vu semble avoir plus de valeur réelle que ce qui est dit.

Image quand tu nous tiens...
Sam - le 20/12/2005 à 15h33
C'est ta version du conte de Noël ? L'histoire ne dit pas si les fées refuseraient encore de poser au vu du succès d'un Harry Potter... ;)
My - le 21/12/2005 à 16h36

Alex > De ce dont je me souviens avoir lu, leur amitié justement fut mise en péril à cause de cette affaire. Je manque énormément de temps mais si je me replonge dans mes vieux bouquins je penserai à fouiner pour rechercher un peu tout ça.


My > Briseuse de rêve ! Les fées se doivent de garder leur mystère, elles refuseront de poser, na  ;-)

Farfouille - le 22/12/2005 à 22h57

Farfouille - le 24/12/2005 à 13h00
Fascinant...! Décidément, il est bien dans la nature humaine de ne voir que ce que l'on veut bien voir...
François - le 26/12/2005 à 06h49
Salut,
Je te souhaite une Bonne et Merveilleuse Année 2006, ainsi qu'à ta famille et à tous tes proches.
A bientôt
Vger - le 31/12/2005 à 20h56
Bonjour et bonne année 2006, j´ai fais une belle promenade parmi les mots et les images.
kim prisu - le 03/01/2006 à 13h34

J'avais vaguement entendu parler de cette histoire qui est vraiment très intéressante. Je trouve très joli ce besoin de croire que les fées existent !


Il y a dans la bande-dessinée de Loisel (Peter Pan) l'idée que du moment qu'il y a des personnes pour croire aux personnages fantastiques, ils ne sont pas menacés de disparition. Néanmoins, l'île enchantée se dépeuple, la place au rêve est strictement délimitée, la frontière avec la réalité est impossible à frauder.

Safran - le 07/01/2006 à 13h25
Je trouve cela plutôt pathétique.

Il ne faut pas confondre faire semblant de croire & croire réellement.

Dans le permier cas, on joue avec son imagination, on se plait à imaginer des Si... Le deuxième signifie que l'on n'est capable que de coller au réel & incapable d'apprécier le charme de ce qui n'existe pas, d'une idée. C'est au contraire la défaite de l'imagination.

C'est tout la différence entre le talent de Tolkien & l'imbécilité de Gardner.
Fabrice - le 07/01/2006 à 14h14