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Par Béatrice

La science et le scientifique de nos jours véhiculent une image bien particulière, relayée par les médias, le cinéma et la littérature. Lorsqu'on parle d'un scientifique, on pense immédiatement au savant fou : dans la cinquantaine, vêtu de son éternelle blouse blanche immaculée, les cheveux grisonnants - en désordre de préférence. S'il est chimiste, il sera penché sur des cornues d'un autre âge exhalant une fumée suspecte au fond d'un laboratoire bordélique. S'il est physicien, il bricole des machines étranges au fin fond de son garage/laboratoire tout aussi bordélique. Dans tous les cas, il est socialement inadapté et perpétuellement empli d'idées saugrenues et/ou géniales.

Il peut être diabolique, occupé à de ténébreuses besognes (Frankenstein, Dr jekyll & Mr Hyde, Lex Luthor dans superman avant qu'il ne devienne un industriel machiavélique, et la cohorte de savants fous de batman). ou simplement un gentil « doux-dingue » idéaliste et finalement visionnaire (Dr Emett Brown dans retour vers le futur, ou le Pr Tournesol dans Tintin). Et je ne parle pas de l'image de premier de classe idiot aux lunettes rafistolées (appelé nerd) affublé de chemisettes à manches courtes bardées de stylos à bille, qui hante les dessins animés et les séries américaines pour enfants et adolescents

Les personnages réels sont aussi victimes de cette image: lorsqu'on pense à Einstein, l'image qui vient immédiatement à l'esprit est une photo de lui, grisonnant, tirant la langue , la soixantaine bien tassée alors que c'est dans la trentaine qu'il a publié ses principales théories (relativité restreinte à 26ans, relativité générale à 36ans et le prix Nobel à 42ans !).

Outre cette image, dans la vie de tous les jours, la plupart des hobbies sont la musique, l'écriture, la peinture, le macramé, ou le ski nautique ... rarement la science. Mieux, en 1999, le Kansas retirait des examens de fin d'année de tout le cursus scolaire (de la 1ere à la 12e année) toute référence à l'évolution (incluant le Big Bang). Les partisans religieux du créationisme ayant triomphé des scientifiques partisans de l'évolutionisme… la « National Science Teachers Associations » a simplement déclaré que « la bataille pour éduquer les enfants aux sciences reste encore à gagner. », déclaration étonnante si l'on sait que la science est entrée dans les manuels scolaires depuis plus d'un siècle.

 

Pourtant, en France, quelques émissions de vulgarisation existent, noyées dans la programmation de la tv-réalité: on vous dit pourquoi, l'excellent c'est pas sorcier, question science et E=M6. On a vu également fleurir de-ci de-là des journées de la science. Et depuis 13ans déjà, a été créée la fête de la science. L'année dernière, elle rassemblait tout de même plus de un million de visiteurs, et près de 6700 chercheurs impliqués dans 1000 communes Le but avoué est d'informer tout en distrayant.

Mais l'endroit le plus étonnant est peut-être carnaval qui a lieu actuellement à Rio de Janeiro. Certaines écoles de samba ont en effet opté pour des sujets scientifiques. L'année dernière déjà étaient représentés Jules Verne, Leonard de Vinci, la brebis Dolly et encore et toujours Einstein grâce l'École de samba Unidos da Tijuca (qui a choisi de populariser les démarches scientifiques par des pas de danse, des chars allégoriques et des parures sensuelles, le thème était « comment la science transforme des rêves impossibles en réalité »). Cette année, on peut noter la présence de sujets tels que « heliocentrismo », « ondas electromagneticas » et Copernic.

Enfin, n'oublions pas que 2005 est l'année mondiale de la physique, mais aussi l'année d'Einstein, en commémoration du centenaire de l'annus mirabilis (1905: année de la publication de ses principaux travaux).

Peut-être toutes ces initiatives contribueront à changer l'image de la science et à diffuser les principales connaissances. Car après tout elle n'est absolument pas réservée à quelques obscurs initiés et les débats scientifiques actuels sont ouverts à tous…

 

Lundi 7 février 2005 1 07 /02 /Fév /2005 00:00
- Publié dans : Res Orbis - Ecrire un commentaire
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Commentaires

Merci Béa pour cet intéressant panoramique sur la perception de la science aujourd'hui. J'ai lu une étude récemment sur le contenu de l'enseignement aux US : j'ai été soufflé d'apprendre que les théories évolutionnistes avaient été bannies de l'enseignement dans la majorité des Etats aux US. Comme, s'il s'agissait d'une simple opinion que l'on pouvait occulter ! C'est surprenant de la part d'un continent réputé pragmatique, et leader dans de nombreux domaines scientifiques (grâce en partie à l'accueil des 'cerveaux' en fuite depuis plus de 40 ans). Tout ceci montre que la démarche scientifique est encore un combat à mener continuellement. Finalement, le temps n'est pas si loin où les gouvernements imposaient la réalité du monde ("Et pourtant, elle tourne" devait même s'en défendre l'homme de science qui avait réuni toutes les preuves de la rotation de la terre). Heureusement, tant que Castalie ouvrira les esprits, l'obscurantisme ne passera pas.
Commentaire n°1 posté par Jonathan le 08/02/2005 à 08h40
En effet l'image du chercheur/scientifique se modernise (heureusement!) grace aux médias qui s'intéressent aux laboratoires, aux manif, aux difficultés des jeunes chercheurs et des thésards. On commence à connaître les difficultés financières de la recherche et à savoir qu'il s'agit bien sur d'un travail collectif . Mais certainement aussi parceque en effet les chercheurs travaillent à une plus grande transparence. On a vu encore l'exemple hier avec le créateur de Dolly s'expliquant sur ses intentions après avoir reçu l'autorisation de cloner des embryons humains. Néanmoins (au delà de l'aspect physique amusant du savant fou) je pense qu'il se superpose ce stéréotype du chercheur fou, et/ou excentrique et/ou inconscient qui joue avec la nature et les expériences 'interdites'. Cela reste dans l'imaginaire collectif et revient de manière récurrente dans la littérature, le cinéma ou la BD. Et meme sans savant fou, il reste une anxiété latente envers la science, peut être en effet renforcée par l’image des expériences de la seconde guerre mondiale où la science semble être sans contrôle… Dans les films les plus récents, il suffit de voir l'imaginaire qui se déchaine autour du clonage (jurassik park où une équipe de scientifiques sont employés par un industriel, expérience interdite où un médecin joue avec le clonage de son fils), le nucléaire (godzilla est née d'expériences nucléaires d'après la version de 1998) etc etc etc
Commentaire n°2 posté par Béatrice le 09/02/2005 à 09h01
Pourtant ,toujours grace aux médias, il n'y a pas de réel manque d'informations, tout le monde a entendu parler de l'ozone, des manipulations génétiques et du nucléaire... Ce qui manque encore c'est peut etre les références qui permettent d'en comprendre pleinement le sens... et c'est là que l'éducation devrait intervenir, en donnant les bases. C'est pourquoi, oui il faut continuer le combat pour la démarche scientifique qui n'est pas toujours intuitive (au contraire des conceptions aristotéliciennes reprises par l'église au moyen age par st thomas d'aquin) Malgré tout, comme jonathan , j'ai été plus qu' étonnée devant ce recul de l'enseignement des sciences aux US pourtant leader dans beaucoup de domaines scientifiques... alors que ça fait plus d'un siècle qu'on a pris conscience de l'importance de l'enseignement des sciences! Il est vrai que comme tout en science, l'évolutionisme n'est qu'une théorie et fait encore l'objet de débats, elle est néanmoins largement acceptée dans ses grandes lignes dans le milieu scientifique. Donc il y a opposition entre théologie et science.. et encore ... le pape Pie XII avait tranché la question pour les catholiques: "le magistère de l'Église n'interdit pas que la doctrine de l " évolution ", dans la mesure où elle recherche l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu " « Le transformisme absolu qui nie absolue toute intervention divine s’oppose aussi bien à la foi qu’à la raison. Le transformisme mitigé, qui admet une intervention divine, n’est évidemment pas opposé à la foi et peut être librement proposé par les scientifiques »
Commentaire n°3 posté par Beatrice le 09/02/2005 à 09h09

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