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Par Alexandre

Au delà du faible jeu de mots (qui n'est même pas de moi), Turgeon nous sert réellement du caviar littéraire.

Ok, allons-y franco : je considère Alain Turgeon comme LA révélation littéraire française (même s'il est québécois) de ces dernières années.

J'étais tombé par hasard sur son Préambule à une déclaration mondiale de guerre à l'ordre lors de sa sortie en 2000 à l'Arbre à Lettres. Je suis accroché dès le 4ème de couv :

Avant de commencer, voici quelques aveux suivants

1) je crois effectivement que je suis à moitié fou mais c'est surtout avec l'autre moitié que j'ai des problèmes.

2) Pour moi écrire bien aujourd'hui, c'est tout simplement arriver à mettre les mots cunnilingus et grand-mère dans la même phrase. Si possible sans trop choquer.

3) Je me suis déjà un peu pris pour le messie, mais depuis je me suis acheté un très joli masque de Batman, ce qui correspond mieux à ma personnalité.

4) J'ai fumé trop de shit c'est sûr.

Un style qui ressemble à s'y méprendre à certaines pages des Fleurs pour Algernon (j'en rajoute, mais à peine), qui, la surprise passée, s'est avéré brillantissime. Ce choix n'est pas là que pour amuser la galerie ou faire l'original, il sert réellement le propos, qui est justement pertinent, drôle, fin et diablement bien vu.

Turgeon, dans ses bouquins pseudo ( ?) autobiographiques se créé un personnage, de paumé  un peu looser, décalé, un poil irresponsable et égocentrique, sachant à peine aligner trois mots sans faire une faute de syntaxe, qui ne trompe personne. Ne serait-ce que son style, bien plus élaboré qu'il y paraît au premier abord. De faire fi des règles élémentaires de construction d'une phrase lui permet de jouer sur les répétitions, de forcer les accents, de pousser les non-dits. C'est une écriture d'impressionniste : elle ne se lit pas mathématiquement comme toute bonne construction grammaticale, mais par touches qui laissent des impressions, des couleurs. Il écrit comme il ressent, et pour aimer Tugeon, il faut se laisser emporté par le fil. Ce qui suppose un abandon de lecture plus que rafraîchissant.

 

Allez, je ne résiste pas à l'envie de livrer l'incipit du Préambule :

Vu ce que j'ai écrit déjà et comment je m'y suis pris pour l'écrire, je comprends pas trop pourquoi il faut le faire encore. Pour moi, écrire est la seule activité professionnelle où peuvent se rencontrer le maximum d'ambition et le maximum d'humilité. Elles s'exigent d'ailleurs l'une l'autre.

J'ai commencé ici, j'avais le projet vague. Un deuxième roman. On dit que c'est très difficile d'écrire un deuxième livre. Surtout quand on est comme moi et qu'on en a pas écrit de premier. Moi je peux pas dire que ce que je fais est des livres.

A lire aussi : Gode Blesse, Coloc, et l'inclassable TNT

Samedi 6 novembre 2004 6 06 /11 /Nov /2004 00:00
- Publié dans : Libris - Ecrire un commentaire
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