Les kôans Zen

par Fabrice 5 Février 2005, 00:00 Res Orbis

Le Zen (ou Tch'an) est la forme chinoise du bouddhisme Mahâyâna. Très loin des spéculations métaphysiques extrêmement pointues de l'Inde, en arrivant en Chine, il s'est adapté pour devenir beaucoup plus pragmatique. Il insiste beaucoup sur la notion de Satori, l'illumination soudaine par laquelle l'initié va prendre conscience de la vacuité du monde.

Le bouddhisme est supposé avoir été introduit en Chine en 527, par le moine Bodhidharma qui fondera ensuite le célèbre temple de Chao-lin. Mais il ne prend son envol pour devenir le Tch'an qu'avec le mythique Hui-nêng, 6ème patriarche.
 
Le 5ème patriarche, Hung-jên, cherchait un successeur. Le favori, Chên-siou, produisit la stance suivante :

Ce corps est l'arbre de l'Éveil.
L'esprit est comme un miroir brillant.
Efforcez-vous de le polir sans cesse,
Afin que la poussière ne puisse s'y déposer.

Mais le beaucoup plus sage Hui-nêng, alors simple commis rétorqua par la stance suivante :

A l'origine, il n'y a pas d'arbre de l'Éveil
Ni de miroir brillant.
La nature de Bouddha est par elle-même vacuité
Où la poussière pourrait-elle se déposer ?

C'est lui qui sera choisi.

La graine était déposée qui allait donner naissance à ces fruits magnifiques que sont les kôans (ou Kung-an en chinois). Ce sont de petites paraboles que les maîtres du zen utilisaient pour éduquer leurs élèves. Leur but n'est pas de faire passer un message, mais de mettre en garde contre les mots, de leur faire comprendre la vacuité du monde. Ce sont souvent des textes presque totalement incompréhensibles & totalement inaccessibles à la raison. Mais ils n'en sont pas moins fascinants.

En voici quelques-uns :

Vous n'y parviendrez pas en pensant
Vous n'y parviendrez pas en ne pensant pas

 

Un moine demanda à Chao-chou:
« Pour quelle raison le Premier patriarche est-il venu de l'ouest ? » (En d'autres termes, quelle est l'essence du zen ?)
« Le cyprès dans la cour » répondit Chao-chou.
« Vous recourez là à la réalité objective, mais pour quelle raison profonde le Premier patriarche est-il venu de l'ouest ?»
« Le cyprès dans la cour. »

 

Les nuées sur le mont Lu, la marée sur le fleuve Che
tant que je n'y étais allé, mille regrets ne se dissipaient
j'y suis allé, j'en suis revenu, rien de spécial
Les nuées sur le mont Lu, la marée sur le fleuve Che

 

Hsi-tang, Po-chang et Nan-chuan accompagnaient le maître Ma-tsu pour jouir du clair de lune.
Le maître demanda :
« À cet instant précis quelle est la meilleure chose à faire ? »
« C'est le moment propice aux offrandes » répondit Hsi-Tang
« C'est le moment propice à la pratique » répondit Po-chang
Nan-chuan secoua ses manches et prit congé. Le maître dit :
« Hsi-tang a compris les soûtras, Po-chang la méditation, Nan-chuan est au-delà des phénomènes. »

 

Lin tsi était l'élève de maître Huang-po. Chaque fois qu'il posait une question à Huang-po celui-ci le frappait. De désespoir Lin-tsi quitta le monastère et se rendit auprès de maître Ta-yu à qui il se confia et demanda conseil. Ta-yu le réprimanda pour avoir été aussi ingrat envers « la bienveillance de grand-mère » que lui avait prodiguée Huang-po. Cette remarque éveilla aussitôt Lin-tsi à sa nature originelle. De retour auprès de Huang-po, dès qu'il le vit il alla à sa rencontre & le frappa en lui disant : « Après tout il n'y a pas grand-chose dans le zen de Huang-po »

 

commentaires

Will 08/01/2008 15:36

Marco, ce qui compte dans zazen ce n'est pas za mais zen... (zazen n'est qu'un moment de zen. Zen doit se déployer à chaque moment de la vie et pas seulement pendant "za").

vincent 28/02/2007 17:03

marco tu t'écarte de la vérité en parlant de soi véritable. Il n'existe aucun soi véritable, tout n'est qu'impermanence et vacuité, nous sommes tous en train de mourrir, il faut être empli de compassion pour toute chose, et vivre l'instant présent sans essayer de le retenir. Les koans sont justement la pour faire eclater ce "soi véritable" qui n'est pas. Il faut apprendre a désapprendre.

Pascal Rose 04/12/2006 01:40

Je ne connais rien aux koans. Si je vous dit par exemple: De deux jumeaux, l'un ressemble plus à l'autre. est-ce un koan? 

Eyenga Evina Arsene Valery 08/06/2005 12:41

Le desir est inherent a l'existance, et la souffrance ets inherente au desir. il n'y a pas de combat a mener contre ça, il ne faut non plus se laisser malmener par ça

marco 07/05/2005 23:37

LA pratique pure du zen est non-recherche, non-profit. Trop s'arrêter sur les koans, c'est oublier notre racine véritable, le vrai soi-même. zazen est le diamant du zen. Il ne brille que si on le pratique. Qui connaît la vraie saveur du fruit sans y avoir goûté ?

Jonathan 07/02/2005 13:11

Alexandre -> Oui, dans certains cas, on parle de radis. Mais j'ai connu une secte Zen qui avait fait un schisme. Ils parlent de poireaux maintenant.

Fabrice 07/02/2005 10:18

Oui, exactement. Elle est aussi appelée nature de Bouddha. C'est exactement ça le satori.Bien sur qu'un kôan laisse perplexe, Jean Yves, c'est le but.

Jean Yves ALT 07/02/2005 05:24

J'avais oublié de dire que l'attitude de l'élève Lin tsi envers son maître Huang-po m'a laissé un peu perplexe : le but de l'enseignement ZEN est-il de trouver sa nature originelle ? (c'est une vraie question que je me pose !)

Unfake Shaton 07/02/2005 00:18

Euh, pour les radis je n'en suis k'au début, mais je voulais juste dire ke e site est très bon-beau, même si tout le monde vous l'a déjà dit.

Alexandre 06/02/2005 23:46

Très juste, Jonathan, sauf qu'il s'agissait de radis. Et ça, ça change tout...

Jonathan 06/02/2005 22:54

C'est un sujet qui m'est très cher : les mots du maitre conduisent le disciples dans les culs de sac de la raison.Perso, j'aime beaucoup ceux-ci :- Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ?- le maitre souffle l'unique bougie de la pièce, et il demande au disciple : où est passé la flamme ?Ce qui est horrible, c'est qu'il n'y a pas d'issue dans la logique. A chacun de trouver des ressources pour surmonter ces énigmes-impasses.Allez, encore un dernier :- Maitre, quel est le secret de la méditation (za-zen) ?- Penser à des poireaux...- Maitre, il faut penser à des poireaux avant ou après ?- Pendant...

Jean Yves ALT 06/02/2005 20:07

Le maître empêche le disciple de s'attacher aux mots afin qu’il n’apprenne pas des automatismes de réponses. Autrement dit, en utilisant paradoxe et contradiction [c'est ici qu'interviennent les kôans] le maître déroute son disciple et évite ainsi qu'il ne s'installe dans la routine : mais il ne s’agit pas d’apprendre à interpréter le monde ; il s’agit plutôt du contraire : en avoir une seule vision immédiate.

D’autres kôans que j’apprécie :
- J'écoute le chant de l'oiseau non pour sa voix, mais pour le silence qui la suit.
- Il est plus facile de ne laisser aucune trace, que de marcher sans toucher le sol.
- Avoir un ennui, c'est recevoir une grâce ; être heureux, c'est être mis à l'épreuve.

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