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Par Fabrice

Le Zen (ou Tch'an) est la forme chinoise du bouddhisme Mahâyâna. Très loin des spéculations métaphysiques extrêmement pointues de l'Inde, en arrivant en Chine, il s'est adapté pour devenir beaucoup plus pragmatique. Il insiste beaucoup sur la notion de Satori, l'illumination soudaine par laquelle l'initié va prendre conscience de la vacuité du monde.

Le bouddhisme est supposé avoir été introduit en Chine en 527, par le moine Bodhidharma qui fondera ensuite le célèbre temple de Chao-lin. Mais il ne prend son envol pour devenir le Tch'an qu'avec le mythique Hui-nêng, 6ème patriarche.
 
Le 5ème patriarche, Hung-jên, cherchait un successeur. Le favori, Chên-siou, produisit la stance suivante :

Ce corps est l'arbre de l'Éveil.
L'esprit est comme un miroir brillant.
Efforcez-vous de le polir sans cesse,
Afin que la poussière ne puisse s'y déposer.

Mais le beaucoup plus sage Hui-nêng, alors simple commis rétorqua par la stance suivante :

A l'origine, il n'y a pas d'arbre de l'Éveil
Ni de miroir brillant.
La nature de Bouddha est par elle-même vacuité
Où la poussière pourrait-elle se déposer ?

C'est lui qui sera choisi.

La graine était déposée qui allait donner naissance à ces fruits magnifiques que sont les kôans (ou Kung-an en chinois). Ce sont de petites paraboles que les maîtres du zen utilisaient pour éduquer leurs élèves. Leur but n'est pas de faire passer un message, mais de mettre en garde contre les mots, de leur faire comprendre la vacuité du monde. Ce sont souvent des textes presque totalement incompréhensibles & totalement inaccessibles à la raison. Mais ils n'en sont pas moins fascinants.

En voici quelques-uns :

Vous n'y parviendrez pas en pensant
Vous n'y parviendrez pas en ne pensant pas

 

Un moine demanda à Chao-chou:
« Pour quelle raison le Premier patriarche est-il venu de l'ouest ? » (En d'autres termes, quelle est l'essence du zen ?)
« Le cyprès dans la cour » répondit Chao-chou.
« Vous recourez là à la réalité objective, mais pour quelle raison profonde le Premier patriarche est-il venu de l'ouest ?»
« Le cyprès dans la cour. »

 

Les nuées sur le mont Lu, la marée sur le fleuve Che
tant que je n'y étais allé, mille regrets ne se dissipaient
j'y suis allé, j'en suis revenu, rien de spécial
Les nuées sur le mont Lu, la marée sur le fleuve Che

 

Hsi-tang, Po-chang et Nan-chuan accompagnaient le maître Ma-tsu pour jouir du clair de lune.
Le maître demanda :
« À cet instant précis quelle est la meilleure chose à faire ? »
« C'est le moment propice aux offrandes » répondit Hsi-Tang
« C'est le moment propice à la pratique » répondit Po-chang
Nan-chuan secoua ses manches et prit congé. Le maître dit :
« Hsi-tang a compris les soûtras, Po-chang la méditation, Nan-chuan est au-delà des phénomènes. »

 

Lin tsi était l'élève de maître Huang-po. Chaque fois qu'il posait une question à Huang-po celui-ci le frappait. De désespoir Lin-tsi quitta le monastère et se rendit auprès de maître Ta-yu à qui il se confia et demanda conseil. Ta-yu le réprimanda pour avoir été aussi ingrat envers « la bienveillance de grand-mère » que lui avait prodiguée Huang-po. Cette remarque éveilla aussitôt Lin-tsi à sa nature originelle. De retour auprès de Huang-po, dès qu'il le vit il alla à sa rencontre & le frappa en lui disant : « Après tout il n'y a pas grand-chose dans le zen de Huang-po »

 

Samedi 5 février 2005 6 05 /02 /Fév /2005 00:00
- Publié dans : Res Orbis - Ecrire un commentaire
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