Interrogé sur ce blog, Alexandre affirme avoir choisi le nom « Castalie » par référence à un obscur épisode graveleux de la mythologie grecque. On sait qu'Apollon transforma sa chère muse Castalie en une fontaine limpide et claire, pour que tous les poètes viennent y boire.
Bien qu'il s'en défende, c'est au fond à l'Université de Castalie (imaginée par le génial auteur Hermann Hesse dans son roman Le Jeu des perles de verres) qu'il a souhaité rendre hommage. Elle est le symbole des artistes universels, qui modulent et font correspondre, comme sur leurs pages Internet, toutes les disciplines, pour nous guider à la poursuite de rêves esthéticologiques. En tant que contributeurs sur ce blog, ne sommes-nous pas d'une certaine façon des « Joueurs » ?
Pour en saisir la portée, que savons-nous de ce Jeu ? A l'origine, c'est un exercice idéal :
Qu'adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu'arriverait-il si cette synthèse devenait un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combiner, par exemple, des lois astronomiques avec une phrase de Bach et un verset de la Bible, pour en déduire de nouvelles notions qui serviraient à leur tour de tremplin à d'autres opérations de l'esprit ? (H. Hesse)
Au regard des liens croisés sur lequel il se développe, Internet est naturellement un des plateaux possibles du Jeu. Un point de départ pour commencer à Jouer : c'est naturellement que je choisis le "jeu des perles de verres", à la fois sujet de réflexion et objet ludique.
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Tout au loin, après le long voyage de la quête, il y a la découverte du mystère du Jeu... « Je vois bien que ce truc va être long, très long à lire mais c'est du Hesse, toujours aussi profond, aussi mystérieux », avoue un étudiant en histoire.
Dans un récit mythique de l'Extrême-Orient, le paradis du dieu Indra contient un objet des plus mystérieux : un réseau de perles construit de telle sorte que si l'on porte son regard sur l'une d'elles toutes les autres apparaissent en reflet.
A l'origine du texte, il y a les signes qui le composent : le Jeu prend pourquoi pas ? la forme d'un jeu de caractères. Le typographe Adrian Frutiger compose un ensemble de signes abstraits pour écrire autrement qu'avec des lettres. Baptisé, le jeu des perles de verres, ces études sont des formes libres. Ces recherches parallèles ouvrent des chemins alternatifs aux modèles orthonormés de l'alphabet.

Comme dans le réseau de perles d'Indra, plus il y a de textes, plus le Jeu s'étend. L'esprit humain est-il confronté à ses limites ? Le développement du logiciel Textis Plus est inévitable : un logiciel qui permet de créer des trames hypertextuelles à partir de textes linéaires (comme, par exemple, les classiques de la littérature ou de la philosophie).
Textis Plus est un « système d'annotations généralisé », pour commenter les mots et les concepts (noeuds) mais aussi les relations entre les noeuds, les séquences de noeuds et les structures les plus complexes.
La métaphore du programme renvoie au jeu des perles de verre de H. Hesse: on prépare les fils de perles (noeuds) en sélectionnant des parties de texte et en les classant en une séquence. On peut donner un nom, un mot de passe et un commentaire à chaque noeud.
Les fils et les perles, introduits dans la trame, donnent vie à un réseau de liens et de renvois qui permettent ainsi d'innombrables parcours de lecture.

Tous ces nuds du possible sont aussi ceux de nos vies, aux multiples embranchements à la façon du Château des destins croisés d'Italo Calvino. En créant une collection Curriculum vitae, l'éditeur Jean-Luc Moreau demande à chaque auteur de livrer le récit de la vie qui aurait pu être la sienne, à telle ou telle époque du passé choisie par lui. Il ne cache pas que l'idée de sa collection lui est venue du Jeu. Mais c'est un Jeu initiatique, qui accompagne l'apprentissage du Castalien : l'ensemble des autobiographies fictives écrites par un élève tout au long de sa scolarité permet de cerner au mieux sa personnalité, d'en dégager les constantes.
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Le musicologue Dujka Smoje fait écho au Jeu, dans son cours « Musique et littérature - petite histoire des rencontres poétiques ». Il propose de répondre à cette question : A quel élément musical se rapporte le jeu imaginaire des perles de verre ?
L'idée du jeu des perles est une transposition symbolique de la sagesse de la Chine ancienne (Confucius, De la musique), lorsque la musique avait une valeur morale et culturelle, un poids politique important, considérée comme une source de sagesse. Il est imaginé comme un idéal de synthèse, un jeu d'esprit, où chaque perle représente une idée, un son, un motif. Les principes musicaux, sonores, se reflètent dans les principes mathématiques, visibles dans la beauté des perles multicolores. Le Jeu a une vocation d'abord pédagogique, ensuite philosophique et créative. Un peu comme le jeu d'échecs très sophistiqué.
Plus précisément, le Jeu des perles est inventé par un théoricien, à la fois savant, artiste et joueur, qui a remplacé les lettres, signes, notes par des perles de verre. Hesse suggère une analogie par rapport au développement de la notation musicale à partir des neumes. Le nom que l'écrivain donne à l'inventeur, Perrot (Pérotin, maître de l'Ecole Notre-Dame, 12e-13e s.), oriente ce rapprochement. Le Jeu développe la mémoire et l'intelligence, la capacité d'abstraction mentale, l'art de l'improvisation, qui utilise le contrepoint, citations musicales, transpositions, manipulations de différentes techniques de composition. Cependant, le Jeu suit des règles rigoureuses des mathématiques et celles de la musique. Comme un orgue gigantesque, il fait la synthèse de toute la richesse spirituelle de l'humanité.
Tandis que le compositeur Hacène Larbi compose une Cantate pour voix et ensemble "Matsukasé ou Le Jeu des perles de verre" .
Pour certains, c'est un Jeu sans règles. Pourtant, Sid Sackson les a créé, imaginant même la forme du plateau du jeu des perles de verre, le nombre de pions et de joueurs . Un score est attribué à chaque partie, mais il ne devrait pas y avoir de gagnant au Jeu
Dans le labyrinthe de leurs livres, les bibliothécaires savent que la Bibliothèque est vivante. Elle ne se contente pas d'engranger : elle produit. Ils en appellent à Leibniz, qui ne conçoit pas possible une bibliothèque achevée. Les inventaires, catalogues, croisements imaginables sont les ferments du Jeu. Pourtant, ils estiment que la mathesis universalis et ses projets bibliothéconomiques et encyclopédiques se referment sur l'univers étouffant de Castalie, dans un leibnizianisme en déréliction.
Quel est le destin du Jeu ? « A une époque d'effondrement, le Jeu à pour mission de sauver les traditions culturelles. Cependant, la civilisation ne peut pas être durablement maintenue en vie si on la limite à si peu de choses. Si l'on pouvait transposer la variété des connaissances dans un jeu formellement abstrait, ce serait d'un côté la preuve que la civilisation repose sur un mystère organique, mais d'un autre côté cette connaissance suprême ne pourrait pas être considérée comme impérissable, puisqu'elle est tendre et fragile comme des perles de verre, et que l'enfant qui trouve des débris étincelants dans un tas de ruines ne sait pas ce qu'ils signifient. » (Discours de Anders Österlin , pour la remise du prix Nobel à H. Hesse, 1946).
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Signé :
Jonathan, Ludi Magister :-)
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