Das Glasperlenspiel - Un jeu des perles de verre

par Jonathan 4 Février 2005, 00:00 Res Orbis

Interrogé sur ce blog, Alexandre affirme avoir choisi le nom « Castalie » par référence à un obscur épisode graveleux de la mythologie grecque. On sait qu'Apollon transforma sa chère muse Castalie en une fontaine limpide et claire, pour que tous les poètes viennent y boire.

Bien qu'il s'en défende, c'est au fond à l'Université de Castalie (imaginée par le génial auteur Hermann Hesse dans son roman Le Jeu des perles de verres) qu'il a souhaité rendre hommage. Elle est le symbole des artistes universels, qui modulent et font correspondre, comme sur leurs pages Internet, toutes les disciplines, pour nous guider à la poursuite de rêves esthéticologiques. En tant que contributeurs sur ce blog, ne sommes-nous pas d'une certaine façon des « Joueurs » ?

Pour en saisir la portée, que savons-nous de ce Jeu ? A l'origine, c'est un exercice idéal :

Qu'adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu'arriverait-il si cette synthèse devenait un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combiner, par exemple, des lois astronomiques avec une phrase de Bach et un verset de la Bible, pour en déduire de nouvelles notions qui serviraient à leur tour de tremplin à d'autres opérations de l'esprit ? (H. Hesse)

Au regard des liens croisés sur lequel il se développe, Internet est naturellement un des plateaux possibles du Jeu. Un point de départ pour commencer à Jouer : c'est naturellement que je choisis le "jeu des perles de verres", à la fois sujet de réflexion et objet ludique.

Tout au loin, après le long voyage de la quête, il y a la découverte du mystère du Jeu... « Je vois bien que ce truc va être long, très long à lire mais c'est du Hesse, toujours aussi profond, aussi mystérieux… », avoue un étudiant en histoire.

Dans un récit mythique de l'Extrême-Orient, le paradis du dieu Indra contient un objet des plus mystérieux : un réseau de perles construit de telle sorte que si l'on porte son regard sur l'une d'elles toutes les autres apparaissent en reflet

A l'origine du texte, il y a les signes qui le composent : le Jeu prend – pourquoi pas ? – la forme d'un jeu de caractères. Le typographe Adrian Frutiger compose un ensemble de signes abstraits pour écrire autrement qu'avec des lettres. Baptisé, le jeu des perles de verres, ces études sont des formes libres. Ces recherches parallèles ouvrent des chemins alternatifs aux modèles orthonormés de l'alphabet.

Comme dans le réseau de perles d'Indra, plus il y a de textes, plus le Jeu s'étend. L'esprit humain est-il confronté à ses limites ? Le développement du logiciel Textis Plus est inévitable : un logiciel qui permet de créer des trames hypertextuelles à partir de textes linéaires (comme, par exemple, les classiques de la littérature ou de la philosophie).

Textis Plus est un « système d'annotations généralisé », pour commenter les mots et les concepts (noeuds) mais aussi les relations entre les noeuds, les séquences de noeuds et les structures les plus complexes.

La métaphore du programme renvoie au jeu des perles de verre de H. Hesse: on prépare les fils de perles (noeuds) en sélectionnant des parties de texte et en les classant en une séquence. On peut donner un nom, un mot de passe et un commentaire à chaque noeud.

Les fils et les perles, introduits dans la trame, donnent vie à un réseau de liens et de renvois qui permettent ainsi d'innombrables parcours de lecture.

Tous ces nœuds du possible sont aussi ceux de nos vies, aux multiples embranchements à la façon du Château des destins croisés d'Italo Calvino. En créant une collection Curriculum vitae, l'éditeur Jean-Luc Moreau demande à chaque auteur de livrer le récit de la vie qui aurait pu être la sienne, à telle ou telle époque du passé choisie par lui. Il ne cache pas que l'idée de sa collection lui est venue du Jeu. Mais c'est un Jeu initiatique, qui accompagne l'apprentissage du Castalien : l'ensemble des autobiographies fictives écrites par un élève tout au long de sa scolarité permet de cerner au mieux sa personnalité, d'en dégager les constantes.

Le musicologue Dujka Smoje fait écho au Jeu, dans son cours « Musique et littérature - petite histoire des rencontres poétiques ». Il propose de répondre à cette question : A quel élément musical se rapporte le jeu imaginaire des perles de verre ?

L'idée du jeu des perles est une transposition symbolique de la sagesse de la Chine ancienne (Confucius, De la musique), lorsque la musique avait une valeur morale et culturelle, un poids politique important, considérée comme une source de sagesse. Il est imaginé comme un idéal de synthèse, un jeu d'esprit, où chaque perle représente une idée, un son, un motif. Les principes musicaux, sonores, se reflètent dans les principes mathématiques, visibles dans la beauté des perles multicolores. Le Jeu a une vocation d'abord pédagogique, ensuite philosophique et créative. Un peu comme le jeu d'échecs très sophistiqué.

Plus précisément, le Jeu des perles est inventé par  un théoricien, à la fois savant, artiste et joueur, qui a remplacé les lettres, signes, notes par des perles de verre. Hesse suggère une analogie par rapport au développement de la notation musicale à partir des neumes. Le nom que l'écrivain donne à  l'inventeur, Perrot (Pérotin, maître de l'Ecole Notre-Dame, 12e-13e s.), oriente ce rapprochement.  Le Jeu développe la mémoire et l'intelligence, la capacité d'abstraction mentale, l'art de l'improvisation, qui utilise le contrepoint, citations musicales, transpositions, manipulations de différentes techniques de composition. Cependant, le Jeu suit des règles rigoureuses des mathématiques et celles de la musique. Comme un orgue gigantesque, il fait la synthèse de toute la richesse spirituelle de l'humanité.

Tandis que le compositeur Hacène Larbi compose une Cantate pour voix et ensemble  "Matsukasé ou Le Jeu des perles de verre" .

Pour certains, c'est un Jeu sans règles. Pourtant, Sid Sackson les a créé, imaginant même la forme du plateau du jeu des perles de verre, le nombre de pions et de joueurs . Un score est attribué à chaque partie, mais il ne devrait pas y avoir de gagnant au Jeu…

Dans le labyrinthe de leurs livres, les bibliothécaires savent que la Bibliothèque est vivante. Elle ne se contente pas d'engranger : elle produit. Ils en appellent à Leibniz, qui ne conçoit pas possible une bibliothèque achevée. Les inventaires, catalogues, croisements imaginables sont les ferments du Jeu. Pourtant, ils estiment que la mathesis universalis et ses projets bibliothéconomiques et encyclopédiques se referment sur l'univers étouffant de Castalie, dans un leibnizianisme en déréliction. 

Quel est le destin du Jeu ? « A une époque d'effondrement, le Jeu à pour mission de sauver les traditions culturelles. Cependant, la civilisation ne peut pas être durablement maintenue en vie si on la limite à si peu de choses. Si l'on pouvait transposer la variété des connaissances dans un jeu formellement abstrait, ce serait d'un côté la preuve que la civilisation repose sur un mystère organique, mais d'un autre côté cette connaissance suprême ne pourrait pas être considérée comme impérissable, puisqu'elle est tendre et fragile comme des perles de verre, et que l'enfant qui trouve des débris étincelants dans un tas de ruines ne sait pas ce qu'ils signifient. » (Discours de Anders Österlin , pour la remise du prix Nobel à H. Hesse, 1946).

Signé :
Jonathan, Ludi Magister :-)

commentaires

Lusor Joculator Basiliensis 10/11/2008 11:27

sachez aussi que Kastalia vient à naître en réalité, que le premier sacellum lusorum officiel est venu à l'existence sous la forme d'un verger biodynamique appelé chambre des ents, 36 arbres en cercle, un de chaque essence locale, dans le canton de Genève.

Si cela vous disait de nous visiter vous serez bienvenu. Le vicus ludus rêvé par Hesse deviendra dans un premier temps un petit village de tepees où les enfants pourront découvrir les éléments basiques de la nature et les sept rayons harmoniques pour le ludus, confectionner des costumes, des lanternes et tout ce qu'il faut pour un ludus, peut-être même des ateliers de confection d'instruments de musique basiques.

La chambre des ents est une platefrome qui pourra receuillir les premiers protagonistes du jeu en "live". je vous signallerai le jour où un premier thème y sera joué.

voici, un pan de rêve a le droit d'exister si nous tenons bon au milieu de toutes ces abstractions qui font notre société d'aujourd'hui.

La transmission de la conscience des sept rayons harmoniques est cruciale.

Aidez-nous, l'équilibre des forces en ce monde et dans notre perception en ont besoin.

Le ludus n'est pas QUE mental, il trouve une application très physique.

tout de bon

bubbledom 10/11/2008 02:58

merci d'en prendr bonne note

bubbledom 10/11/2008 02:54

et puis "textis plus" tout intéressant que le logiciel puisse être n'est PAS le ludus - das Glasperlenspiel décrit par Hesse !!!

Où avez-vous lu que c'est un jeu qui nécessite un logiciel de lecture informatique ???? !!!

il ne tient pas compte des données de lecture je m'insurge.

rendez-vous sur www.ludus.ch... il est vrais que celà ne fait pas longtemps que le ludus apparait dans sa forme première qui pourra trouver des complexifications innombrables tout en gravitant autour de sa construction universelle de base.

bubbledom 10/11/2008 02:48

Sid Sackson dites-vous ?

mais monsieur, malgré que l'ensemble de votre site m'apparait très excellent manque pour moi du moins, l'essentiel du fonctionnement du jeu et vous ne pouvez prétendre à en faire jouer les gens sans leur donner la composante première du jeu ni prétendre que cette trame fut édictée par un autre. c'est honteux.

Si vous aviez bien lu Hermann Hesse vous sauriez que celui qui découvre et refait la synthèse ancestrale du jeu de perles de verre est magister ludi Lusor Joculator Basiliensis et que celui-ci, comme le jeu, est venu à éclore et que c'est le fruit d'une vie entière que vous gommez comme un malotru.

Transposez donc d'abord la trame de lecture philosophique de base et la construction universelle d'où il est issu avant de proférer n'importe quoi. C'est une question vitale pour les forces vives et leur équilibre en ce monde, le fait qu'il apparaisse en tant que jeu provient uniquement du fait que la plupart de nos concitoyens semblent ne penser qu'à s'amuser.

Ayez l'humilité de faire référence à cet énorme travail au lieu d'aiguiller sur de faustes pistes.

voici la référence: www.ludus.ch

ouvrez le avec mozilla firefox pour que le texte ne soit pas décalé.

Et allez donc jusqu'au bout de votre lecture, car je suis certain que vous y trouverez votre compte et que les travaux auxquels vous renvoyez sont très intéressants - ainsi que votre site recommandable par ailleurs dans l'ensemble, trouve certainement sa place pour l'élaboration de nouveaux thèmes.

Mais ne passez pas ainsi outre celui qui vous offre la synthèse du jeu gratruitement, sans condition et sans demande de contrepartie. ayez cette humilité-là, car autrement vous vous faites complice d'un meurtre dans l'esprit, comprenez-vous ? Au moins Lusor aura fait s'ancrer un pan de rêve dans notre réalité et vous lui devez celà, alors humilité, troisième rayon, orange, gamme de Mi s'il vous plait et au moins portez à la connaissance de vos lecteurs cette trame de base de lecture et l'ensemble du jeu tel qu'il doit se développer en nature, en connection à l'universel vivant si vous comprenez ce que je veux dire et non être enfermé dans l'espace de ces écrans numériques. Soyez respectueux de ce fait.

Le jeu de perles de verre est avant tout destiné à notre réalité et sert notre équilibre dans nos perceptions vis-vis des forces vives du cosmos et de l'âme des aoms.

et montez donc un jeu avant de vous nommer magister, il n'y aurait pour l'instant que le magister ludi Lusor qui pourrait vous décerner ce diplôme, vous ne lui avez rien demandé à ce qu'on sache. Vous poubvez le faire notez, kieux vaut tard que jamais.

mais prenez déjà bien connaissance du jeu en tant que tel avant d'en faire tout autre chose, mêm si celà peut parfaitement se combiner.

Le jeu de perles de verre est officiellement né cet été au mois de Juillet 2008. merci d'en prendre note. Sans cette trame de base on ne pourrait que se perdre dans des conjonctures trop compliquées tandis que le ludus permet à l'esprit le plus simple de comprendre les liens basiques qui relient toutes les formes d'apparition des sept rayons harmoniques et ainsi cette lecture transposée peut se complexifier à l'infini et toute oeuvre, tout objet, toute composition naturelle ou humaine peut devenir un sujet de travail pour un magister et ensuite pour un ensemble de protagonistes des démaines des arts pour retranscrire ces thèmes et laisser vagabonder l'esprit des spectateurs, les méditants sont-ils appelés, autour de ces thèmes.

Merci d'en tenir compte s'il vous plait, vous seriez très injuste envers la nature du vivant et ainsi envers le ludus lui-même de ne pas signaler ces éléments... comment pourrions-nous les qualitfier autrement que "clefs" ?

carpe ludum !

Fuligineuse 10/02/2005 15:51

Comme Chrysalide (bonjour !) je viens de découvrir ce site et je suis dans l'émerveillement. Que c'est bien dit et beau à voir... Je suis recommaissante à Thierry (egographies) de l'avoir mis dans ses liens.

ChrystÚle 04/02/2005 12:29

Jonathan, Très bel article effectivement. Et je n'en reviens pas que tu connaisses Hacène Larbi, que j'avais rencontré à Kyoto, et qui est un être aussi nourri que nourrissant... Si jamais tu pouvais faire découvrir cet opéra à Alexandre et à d'autres, ce serait fabuleux ...

chrysalide 04/02/2005 07:26

Que rajouter à ce qui vient d'être dit... j'ai découvert votre site il y a peu, et me retrouve à chaque fois face à un labyrinthe débouchant sur une "galerie de miroirs" d'une richesse me donnant le vertige, tant se reflète mon ignorance. Chaque article (et lien) réserve des découvertes que je savoure, sortant des sentiers battus. Comme un enfant, je m'émerveille.

Jean Yves ALT 04/02/2005 05:25

Passionnant ce parallèle fait entre « Le Jeu des Perles de Verre » de Hermann Hesse [qui traite de toute la problématique de l'existence et des rapports entre la vie et la connaissance en tentant une réconciliation entre vie intellectuelle et vie spirituelle via une troisième voie, l'action et l'engagement], Internet comme un des plateaux possibles de ce Jeu ["un réseau de" « pages » "construit de telle sorte que si l’on porte son regard sur l’une d’elles toutes les autres apparaissent en reflet"].
Votre site CASTALIE en est pour moi, une illustration concrète.

Je dialoguais, il y a quelques temps avec Alexandre, sur la possibilité de présenter la « philosophie » de votre site : voilà chose faite. Et de plus brillamment.

Toutes mes félicitations à l’auteur de cet article (et peut-être aussi à tous ceux qui ont pu aider à le faire émerger.)

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