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Par Alexandre

La plupart des gens qui me parlent honnêtement de Shakespeare, finissent par me dire qu'au fond "c'est assez chiant". J'ai parfois l'impression qu'on aime Shakespeare, parce que ça ne se fait pas de ne pas aimer Shakespeare.

Ceci dit, je ne leur jetterait pas la pierre. Autant je ne me suis jamais ennuyé en lisant Shakespeare, autant en le voyant jouer de façon classique c'est rarement réussi. Je pense qu'il est aussi difficile de réussir un Shakespeare qu'un tragédien grec sans sombrer dans l'ennui et la platitude. Difficile de ne pas sombrer dans les rets des exégètes d'Oxford qui sont encore scandalisés quand les rôles féminins sont interprétés par des femmes, dans les interprétations modernes qui prétendent avoir enfin décrypter le énième degré de telle ou telle pièce et qui aboutissent à un galimatias incompréhensible, dans le sirupeux de ceux qui croient que Shakespeare est un romantique...

En matière de films, c'est souvent pire. On y retrouve les grandes écoles, mais sans le charme pittoresque qu'elles peuvent apporter au théâtre. Après les films qui se prennent si au sérieux qu'ils en deviennent drôles, avec des acteurs fardés comme au Globe et qui pérorent de leurs  accents ampoulés tels des marquis trop poudrés, on a eu du Shakespeare version Angélique Marquise des Anges, où l'on nous présente Roméo & Juliette comme "la plus belle histoire d'amour"… Tendance qui a atteint son pinacle avec la comédie musicale du même nom et son tube planétaire (je ne résiste pas l'envie de livrer le refrain : "aimer c'est ce qu'il y a de plus beau"… consternant).

Certes, on a eu les versions de Kenneth Branagh… Bon, il a le mérite de vraiment aimer Shakespeare et de tenter de casser le moule classique pour le transposer dans une certaine modernité. Il devient même très bon quand ça tourne a l'humour avec l'excellentissime Au beau milieu de l'hiver, où un comédien sans le sou et qui ne croit plus guère en lui décide de jouer sa dernière carte en montant un Hamlet pour les vacances de Noël. Pour ce faire il va engager six acteurs pour les vingt-quatre rôles que compte la pièce.

Je suis allé voir William Shakespeare's Romeo+Juliet avec pas mal de réticence… Leornado Di Caprio était déjà un mauvais signe, l'affiche ne présageait rien de bon. Pourtant, dès les premières minutes du film, j'étais scotché. Je pense que le réalisateur avait très bien compris qu'avec une telle interprétation de Romeo & Juliette, il allait devoir convaincre dès le début. Pari totalement réussi, même si la salle s'est a moitié vidée dès la première partie.

Déjà le texte : quasiment le texte original, assez peu modifié, un poil modernisé, et surtout conservant la rythmique propre à l'époque. Ceci dans un décor de villa américaine contemporaine où Vérone devient Verona Beach, les Capulet et les Montaigu laissent tomber les fraises, les pourpoints et les crevés pour enfiler des santiags, des chemises hawaïennes et rouler en gros bolides de couleurs vives. Le début de l'Acte I ou Benvolio rencontre Tybald est un pur moment de bonheur, mélange de John Woo, de Sergio Leone avec les textes originaux de la scène ! Scène qui se conclue avec les deux querelleurs lâchant leurs rapières (en l'occurrence leurs gros flingues de modèle Rapier) lorsque surgit le Prince dans son hélicoptère de la police… Surréaliste, mais un vrai régal. Le décor de la ville lui-même kitchissime, est remarquable avec sa profusion de symboles catholiques néo-classiques, astuce assez bien vue pour jouer sur la piété des personnages de la pièce.

L'humour décalé est surtout présent dans la première partie du film, se concluant en apothéose avec le bal chez les Capulet (finissant en show de Drag-Queen mené par Mercutio) prélude à la scène du balcon.

Et là, je dois dire que j'ai été très agréablement surpris par le blondinet à l'affiche. Le Leonardo est parfaitement dans le ton et s'en sort très honorablement. Que ce soit dans la mélancolie (ou il aurait pu très vite tourner au risible), dans les déclarations d'amour passionnées (souvent pathétiques dans les films tirés de l'œuvre), ou dans les scènes déchirantes (dans le livre) de la mort de Mercutio ou de Juliette (présumée).

En fait, et contre toute attente, ce film est celui qu'il m'ait été donné de voir le plus proche de l'œuvre de Bill Shakespeare, tant dans la lettre, que dans l'esprit ou la forme, et avec autant de second degré.

Prologue :
Two households, both alike in dignity,
In fair Verona, where we lay our scene,
From ancient grudge break to new mutiny,
Where civil blood makes civil hands unclean.
From forth the fatal loins of these two foes
A pair of star-cross'd lovers take their life;
Whose misadventured piteous overthrows
Do with their death bury their parents' strife.
The fearful passage of their death-mark'd love,
And the continuance of their parents' rage,
Which, but their children's end, nought could remove,
Is now the two hours' traffic of our stage;
The which if you with patient ears attend,
What here shall miss, our toil shall strive to mend.

Mardi 25 janvier 2005 2 25 /01 /Jan /2005 00:00
- Publié dans : Pelliculae - Ecrire un commentaire
Voir les 8 commentaires
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Commentaires

J'ai beaucoup aimé cette version parce qu'elle garde le texte, parce qu'elle est décalée est donc onirique et humoristique.

J'ai bien aimé aussi "La nuit des rois" de Trevor Nunn , grâce essentiellement au jeu de Ben Kingsley et Looking for Richard au découpage intéressant avec l'interprêtation d'Al Pacino. Je reste moins persuadée dans l'ensemble par les versions de K. Branagh.

Commentaire n°1 posté par My le 27/01/2005 à 01h04
oui, j'avoue que j'ai été volontairement sarcastique, je n'ai pas non plus cité le très beau Prospero's Book de Peter Greenaway, que j'ai adoré.
Commentaire n°2 posté par Alexandre le 27/01/2005 à 01h09
"J'ai parfois l'impression qu'on aime Shakespeare, parce que ça ne se fait pas de ne pas aimer Shakespeare." De la même manière que ça ne se fait pas d'aimer euh... Johnny Hallyday par exemple (je le cite car il publia une double album consacré à Hamlet il y a une trentaine d'années et c'était involontairement très drôle)...;-)
Commentaire n°3 posté par Richard le 27/01/2005 à 07h54
100 % en accord avec ton article, d'ailleurs ce DVD est en place de choix chez moi et tourne souvent, il est même très apprécié par une certaine petite fille de 7 ans qui, contre toute attente, comprend beaucoup de l'intrigue. Concernant Di Caprio, je trouve que c'est un acteur au grand potentiel, dommage que son image médiatique soit ce qu'elle est, je l'ai beaucoup apprécié dans "Gang of New York", superbe film également, et aussi dans "Le masque de fer"(je ne suis plus certaine du titre pour ce dernier).
Commentaire n°4 posté par PhotoFarfouille le 28/01/2005 à 10h56
Pourquoi ne pas avoir cité Shakespear In Love, sorte de trip autour de la soi-disante vie de l'auteur ? ;o) Je ne suis pas sûr que tu apprécierais, mais en tout cas c'est très drôle et ça reprend bien le "style" propre aux créations artistiques : l'auteur paumé, tentant d'innover, une histoire d'amour, etc. Bref... heureux que tu ais aussi apprécié ce film, Romeo+Juliette. La pièce lue m'a également plu, et je n'ai jamais voulu aller voir une seule pièce de Shakespear au théâtre... comme je n'ai jamais voulu aller voir du Sartre, du Giraudoux, ou autre... au théâtre : je préfère que tout se passe "dans ma tête"... ^_^ Brefbrefbref... je trouve cet article très réussi... amicalement, Carnelov
Commentaire n°5 posté par Carnelov le 30/01/2005 à 00h33
Pour etre honnete, j'ai absolument detesté Shakespeare In Love, sorte de soupe neo-romantique, ou Hugh Grant et Julia Roberts auraient tres bien pu avoir les roles principaux...vivement qu'Oliver Stone filme la vie de Shakespeare, on aurait droit a de grands moments
Commentaire n°6 posté par Alexandre le 30/01/2005 à 00h42
je suis peut être à part mais je n'ai jamais trouvé Shakespeare "chiant" ;).

Je l'ai lu à l'adolescence et autant j'avais du mal avec Corneille par exemple (Le cid...), autant l'univers de Shakespeare me paraissait vraiment fascinant (intrigues pleines de rebondissements, suspense, violences, sang, et atmosphères balancant entre féerie ou noirceur) :)

"Le Château de l'Araignée" d'après Macbeth par Kurosawa (que j'ai vu il n'y a pas longtemps) offre également une vision intéressante et très violente de Shakespeare, de même que "Ran", autre adaptation du célèbre dramaturge britannique et qui n'a pas été citée.
Commentaire n°7 posté par kfigaro le 04/01/2006 à 16h02
Ah mais je n'ai jamais dit que je trouvais, moi,  Shakespeare chiant à lire. Pour ma part je ne parlais que des interprétations.

Par contre, si je n'ai pas cité Kurosawa, c'est parce que je parlais ici de Roméo & Juliette, et que Ran, par exemple, est une adaptation du Roi Lear. Sinon, oui, il y a eu de belles réussites quand même, Prospero's Book (de Peter Greenaway) pour ne citer que cet exemple.

Alexandre
Réponse de Castalie le 04/01/2006 à 16h40
J'avais effectivement un peu trop élargi le sujet initial... ;)

Franco Zeffirelli avait réalisé en 1968 une adaptation assez fidèle au texte original avec de plus des acteurs ayant vraiment l'âge de leur rôle (des adolescents très jeunes). Les mauvaises langues affirment néanmoins que le film est mièvre et qu'il a mal vieilli (ce qui est fort probable), reste l'excellente et célèbre ritournelle de Nino Rota...
Commentaire n°8 posté par kfigaro le 04/01/2006 à 21h30

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