A l'abordage, mesdames !

par Serena & Béatrice 1 Mars 2007, 17:41 Res Orbis

A l'abordage, mesdames !« Barbe Noire », « Le Corsaire Rouge » et beaucoup d’autres ont bercé notre enfance de leurs farouches et sanguinaires exploits légendaires de pirates, de corsaires, de flibustiers ou de boucaniers. Dans notre fertile imagination, ils ont une jambe de bois, la barbe drue, le verbe haut, un perroquet impertinent perché sur l’épaule, un bandeau sur l’œil, et surtout occupés à cacher leur incroyable trésor d’or et de pierreries dans des îles exotiques balayées par le vent et le sel. En réalité, leur vie est rude, dangereuse, étonnamment égalitaire et rarement librement choisie. Mais… et les femmes ? Aucune n’a donc mené cette dure vie d’aventure et de liberté, semant la terreur sur les mers du globe ?
 
Jusqu´au 18ème siècle, les femmes étaient considérées comme persona non grata à bord des bateaux. Tout juste tolérées comme passagères, elles avaient la réputation de porter malheur - réputation créée sans doute pour éviter les conflits générés par la frustration d’une longue traversée entre hommes.
 
 Femme pirate
 
 
 Malgré cela, il y eut des femmes pirates au caractère bien trempé. Elles furent relativement rares et menèrent une vie hors du commun. La plus célèbre est peut-être Grace O'Malley (1530-1603), surnommée "la Reine de l´Est ». Descendante d’une longue lignée de marins irlandais, mariée deux fois et mère de 4 enfants, elle se bâtit au fil des années une solide réputation de pirate inflexible, surpassant de loin celle de ses deux maris. Elle commande plus de 200 hommes et exerce son influence dans le domaine de la politique irlandaise où les batailles de clans font rage - fait très rare à une époque où les femmes ont si peu de pouvoir. Elle construit son petit empire incluant 5 châteaux et plusieurs îles irlandaises. Sa flotte s’attaque indifféremment aux bateaux turcs, espagnols ou anglais. Sa carrière est longue et les légendes nombreuses. Il semble néanmoins certain qu’à plus de 60ans, elle ait dû négocier la libération de son frère et de son fils capturés par les anglais. Nul ne sait avec certitude le contenu de son entretien avec Elizabeth 1ere. Néanmoins elle obtient gain de cause, en échange de quoi elle s’engage à se battre pour la couronne d’Angleterre. La légende prétend qu’elle mourut au combat à plus de 70 ans… Il semblerait que durant ses années d’existence, les anglais ont petit à petit étendu leur influence en terre d’Irlande sauf dans le fief de ce pirate hors du commun. A sa mort, aucun chef de clan ne put prendre dignement la relève de la coriace Grace O’Malley. Néanmoins, si le cœur vous en dit, vous pouvez visiter à l’heure actuelle ses châteaux ou ses îles, ou plus prosaïquement vous désaltérer dans l’un des nombreux pubs portant son nom.
 
Anne BonnyAu 18ème siècle, deux femmes pirates célèbres sévissaient dans les mers des Caraïbes en tant que membres de l’équipage du légendaire Jack Rackham. L’irlandaise Anne Bonny et l’anglaise Mary Read se battent « incognito » déguisées en homme. Néanmoins, dures combattantes et sans pitié, elles gagnent le respect de l’équipage et finissent par porter indifféremment l’habit masculin ou féminin. Vers 1720, tout l’équipage est capturé et les hommes pendus. Elles furent sauvées de la mort en arguant qu’elles étaient enceintes. Mary meurt rapidement en prison. On ignore ce qu’est devenue Anne. La légende raconte que l’équipage fin saoul se laisse capturer alors que les deux femmes se battent vaillamment. Lors du procès, furieuse, Anne Bonny aurait déclaré que Rackham n’aurait pas été pendu comme un chien, s’il s’était battu comme un homme !
 
Ching ShihUn siècle plus tard, Ching Shih régnait sur les mers allant de Hong-Kong jusqu´aux côtes vietnamiennes. Ancienne esclave, elle épouse en 1801 le pirate Ching Yih à condition qu’il partage ses biens et le commandement. En 1807, veuve, elle prend la tête d’une flotte comprenant plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Elle épouse son fils adoptif, renforce son pouvoir et instaure un code de conduite. Selon ce code, les violences envers les femmes sont punies de mort. Puis elle rallie les villages à sa cause en promettant de ne plus les piller en échange de victuailles… La flotte de madame Ching est alors si puissante qu’elle surpasse l’armée chinoise. En désespoir de cause, en échange de l’arrêt de tout acte de piraterie l’empereur accorde l’amnistie à tous les pirates. Il cède honneurs et palais à cette redoutable négociatrice, qui garde également toute sa fortune. 34 ans plus tard, Madame Ching meurt âgée d’une soixantaine d’année en tenancière de maison close.
 
De nos jours, la piraterie sévit à la fois sur dans les airs ou sur les mers d´Asie du Sud ou d´Amérique du Sud. Par ailleurs, une nouvelle forme de piraterie a vu le jour, elle est virtuelle et ses auteurs se nomment entre autres « hackers » et déjà quelques femmes s’y sont distinguées. En 1987, Leslie Lynn Doucette, mère de famille de 35 ans et accessoirement chef d’une bande de pirates téléphoniques, est arrêtée pour avoir escroqué 9 millions de dollars en factures de téléphone. Susan Headley. Membre actif d’une bande de pirates informatiques, avait un art consommé à manipuler les gens notamment par téléphone afin d’obtenir les informations les plus protégées. Mais nous nous éloignons du pirate de légende de notre enfance… et j’ai une envie irrépressible de vérifier mon pare-feu et mon antivirus…

 

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