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Par Alexandre

Je connais des gens qui sont presque honteux d'avouer aimer Wagner. Peu de compositeurs ont une si mauvaise presse, une si mauvaise réputation.
Richard Wagner, archétype du style « pompier », de la lourdeur musicale, du manque de subtilité. Néanmoins, personne ne pourra nier qu'il reste l'une des figures emblématiques de l'Opéra, comme le prouve l'image la plus souvent associée au chant lyrique : la grosse chanteuse avec son casque à cornes et ses nattes. En un mot, la Walkyrie.

Je ne parlerais ici que de son œuvre maîtresse : Der Ring Des Ninbelungen, affectueusement raccourci en Ring. Cette pièce musicale monumentale (qui totalise une quinzaine d'heures), se décompose en 4 chapitres :

  • Das RheinGold (L'or du Rhin)
  • Die Walküre (La Walkyrie)
  • Siegfried
  • Götterdämmerung (Le crepuscule des dieux)

Musicalement, certes, je peux concevoir qu'un amateur de musique de chambre n'apprécie que modérément Wagner. C'est puissant, trop puissant et trop souvent, voire tout le temps.

Mais comment reprocher cette "épaisseur", cette consistance lyrique, alors que le compositeur s'est cantonné à la mythologie ? Et pas n'importe laquelle, la mythologie scandinave, chantée originellement dans les poèmes épiques : les Eddas.

C'est bien là que se démarque Wagner, par la poésie de ses livrets. L'histoire racontée dans le Ring est somptueuse et fascinante. Certes, il n'explore pas, comme Mozart, les profondeurs de l'âme humaines, mais il prône un retour aux sources cherchant à se démarquer de la modernité, à opérer un retour aux sources vers certaines valeurs.

D'ailleurs, ce n'est pas à proprement parler la mythologie scandinave qui est explorée dans le Ring, mais plutôt son pendant germanique. Ainsi Thor devient Donner, Loki devient Loge, Odin devient Wotan, le Ragnarök devient le Götterdämmerung, etc. Plus que l'histoire, la symbolique reste la même, celle de l'Homme libéré des contraintes morales modernes, et notamment judéo-chrétiennes.

Ce n'est pas un hasard si Nietzsche a longtemps admiré Richard Wagner dont il partageait (au début) les convictions philosophiques et esthétiques schopenhaueriennes. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'il publia La Naissance de la Tragédie. Il pensait alors que le drame wagnérien pourrait tirer l'Europe de ses fausses certitudes et qu'un second miracle grec allait se produire. Mais l'Allemagne réelle le déçoit cruellement. Aux yeux de Nietzsche, Wagner parmi les fastes de Bayreuth devient bientôt le symbole même de l'abâtardissement et de la bigoterie. En effet, crime suprême à ses yeux : Wagner devient pieux ! La brouille est définitive et les terribles diatribes se multiplient pour culminer dans Le Cas Wagner, Nietzsche Contre Wagner et Ecce Homo.

Je pense qu'il est très difficile, dans le cas du Ring, de faire écouter des extraits. Pour moi, le Ring, s'écoute si possible d'une traite (ou du moins chaque chapitre se doit de l'être) et n lisant le livret en même temps. Je ne conçois pas que l'on puisse l'apprécier à sa juste valeur sinon, même si des passages restent d'anthologie, comme la célébrissime Chevauchée des Walkyries (attention : le passage en version lyrique, pas celui purement instrumental – que l'on retrouve dans Apocalypse Now), ou la grandiose Mort de Siegfried (entendue notamment dans l'Excalibur de Boorman).

Mon regret restera de n'avoir jamais pu assister à une représentation. Elles sont si rares à Paris qu'elles en deviennent des évènements. La dernière fois, c'était il y a une douzaine d'années au Théâtre du Chatelet, et les places furent vendues en moins de deux semaines… Et cela faisait une cinquantaine d'années que le Ring n'avait pas été joué…

Allez, je ne désespère pas d'aller un jour à Bayreuth, même si j'éviterais d'aller à genoux de la Gare au Théâtre, comme il se doit.

A lire, l'histoire du Ring, par chapitre :

Et bientôt des extraits dans l'AUDITORIUM

 

Lundi 10 janvier 2005 1 10 /01 /Jan /2005 00:00
- Publié dans : Ars Musica - Ecrire un commentaire
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