Une bibliothèque qui brûle

par Fabrice 1 Février 2007, 21:57 Libris

Ryszard Kapuscinski.Comme dit le proverbe africain, un vieillard qui meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle. Et voici que vient de se consumer une bibliothèque de premier ordre, pleine de vie & d’histoires encore non narrées. En effet, Ryszard Kapuscinski, reporter & écrivain polonais est mort le 23 janvier d’un cancer foudroyant, à l’age de 75 ans.

Comment ne pas regretter la disparition de cet homme qui avait tant à nous dire sur le monde & en particulier l’Afrique, où il fut le seul correspondant de l’agence PAP, l’agence de presse officiel de la Pologne à partir de 1964. Sa première expérience à l’étranger ne sera pourtant pas l’Afrique mais l’Inde où il sera envoyé sans aucun assistance, ni formation, sans connaître aucune autre langue que le polonais. Il tentera malgré tout d’apprendre l’anglais en lisant Pour qui sonne le glas de Hemingway à l’aide d’un dictionnaire & découvrir l’Inde en lisant Hindu Manners, Customs and Ceremonies de l’abbé J. A. Dubois. L’expérience, on s’en doute ne sera pas fameuse. Mais déjà il se comportera comme il le fera ensuite pendant toute sa carrière. Ryszard Kapuscinski est un homme qui se jette à l’eau sans filet. Sans argent ni aide de la PAP, il se retrouve totalement immergé dans les événements où son courage & sa curiosité de journaliste le plongent. Car à peine entend-t-il parler d’un coup d’état, d’une catastrophe, qu’il se précipite à travers le continent noir, toujours en mouvement. Le voici qui se trouve au Nigeria pendant une guerre civile, il fonce alors en pleine ligne de front, sur une route dont personne n’est revenu vivant, pour voir & effectivement échappera de peu à la mort, ballotté entre les différentes bandes qui tiennent les points de passage.

Ce n’est cependant pas un baroudeur, il ne cherche pas l’action par plaisir ou pour l’adrénaline, mais pour la force du témoignage. Il en ramènera une compréhension intime des turbulences de notre monde. Ses analyses vont droit au but & nous fait comprendre en quelques lignes les situations politiques les plus inextricables. Il faut lire ses commentaires sur le génocide rwandais qui permettent d’en comprendre toute l’absurdité en quelques pages. On notera au passage qu’il était très dur sur les relations entre la France & l’Afrique qui n’a jamais réellement accepté la décolonisation disait-il. Son livre sur la chute de l’empereur d’Ethiopie Hailé Sélassié, Le Négus, est une puissante réflexion sur la sinistre comédie d’un pouvoir moribond.

Malheureusement, en dehors d’un petit cercle d’admirateurs, il n’est pas reconnu à sa juste valeur & trop peu de ses œuvres ont été traduites, beaucoup sont épuisées (message personnel, si quelqu’un possède un exemplaire en trop de son livre Le Schah ou la démesure du pouvoir, merci de me contacter). On peut espérer que sa mort, malgré la tristesse de voir partir un homme si admirable, aura l’avantage d’attirer l’attention de quelques éditeurs & nous permettrons de goûter son œuvre dans son intégralité.

 

commentaires

sarite 23/02/2010 14:44


j'aimerais qu'on me donne des références de ses livres pour que je puisse découvrir merci
sekouss@hotmail.fr


Dom 05/04/2007 22:59

Comme cela rappelle l'importance du métier de journaliste, le vrai, celui qui raconte ce qu'il voit, s'immerge, sans tenir compte du politiquement correct. La même trempe qu'Albert Londres. Une telle perte reste non comme une bibliothèque qui brûle mais comme un regard pertinent qui s'éteint et n'éclairera plus notre chemin.

AdÚle 03/02/2007 17:45

Kapucinsky, avec un "n" entre le i et le n, si vous pouviez corriger au début de votre article ce serait génial et ça lui rendrait mieux hommage ...Oui c'était un grand homme, un grand reporter, un grand écrivain, un grand tant de choses, donc un grand tout court .... J'ai eu l'occasion de lire son livre "Ebène", sorti chez Plon en 2000. Et je l'ai relu plusieurs fois, et puis aussi racheté plusieurs fois pour en faire profiter mes amis, qui eux aussi, après l'avoir lu ne pouvaient plus s'en séparer ou éprouvaient le besoin, comme moi, de le faire passer.Il va me manquer, comme un ami, car au fil des années, je me suis ressentie en intimité avec lui, à force de le lire encore et encore.Adèle

Castalie 03/02/2007 20:25

Merci, c'est fait.

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