En temps et en heure

par Serena & Béatrice 30 Janvier 2007, 22:52 Res Orbis

Lapin blanc AliceTel le lapin blanc d’Alice, l’homme (et la femme) moderne court partout, le nez rivé à sa montre, l’œil scotché à son agenda ou plus modernement à son « PDA ». En gros, il n’a jamais le temps de rien, la mode est d’être surbooké au point de devoir prendre rendez-vous 6 mois à l’avance pour partager tout simplement un petit café, arabica si possible. Comme disaient nos grands-mères à la sagesse immemoriale, l’homme (et la femme) ne prend pas le temps de vivre mais il (elle) devra bien prendre celui de mourir.

« Horloge dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens-toi »
                  Baudelaire, Les fleurs du mal, 1857

Depuis l’aube de l’humanité, il a fallu matérialiser le temps qui s´écoule :  cela va de l’observation des cycles naturels du jour et des étoiles, du cadran solaire,  à la clepsydre, en passant par le sablier ou les chandelles horaires européennes  jusqu´à la dernière née des montres bracelet, bijou de précision suisse aux multiples gadgets — petit tyran moderne qui orne nos poignets d’homo sapiens sapiens stressé.
 
L’ancêtre de notre montre est l’horloge mécanique. Elle aurait fait son apparition vers le XII—XIIIème siècle en se basant sur deux inventions cruciales : le balancier que l’on doit à un certain Gerbert d’Aurillac, grand pape surnommé pape de l’an Mille, et le mécanisme à échappement. Tous les mécanismes sont alors en fer, ce métal sera remplacé par le laiton ou le cuivre à cause de la rouille. Malheureusement, tout ceci manque encore cruellement de précision : une seule aiguille existe, celle des heures.

Au milieu du XVIème puis au XVIIème siècle, le mécanisme s’améliore grâce entre autres à Huygens  qui se base sur le pendule oscillant de Galilée  qu’il adapte à l'horlogerie. Pour la première fois, on adjoint alors une aiguille des minutes à celle des heures. Parallèlement en 1544, François Ier réglemente la profession d’horloger : les petits bijoux de précision etaient alors français ! L’apogée de l’horlogerie française se terminera en 1789 par l’abolition de la corporation.

En 1672 Jean Richer découvre qu’un pendule bat plus vite à Paris qu’à Cayenne. La Terre ne serait-elle pas ronde ? Mais ceci est une autre histoire... En 1685, la révocation de l’édit de Nantes poussa les Huguenots (protestants français d’obédience calviniste) à se réfugier à l’étranger, notamment à Genève. En prêchant contre la fabrication de croix et de calices, Jean Calvin incita les orfèvres à se tourner vers l’horlogerie. Et voila l’origine de la célèbre précision suisse !
Au XVIIIème siècle ont lieu des avancées considérables : le remontoir remplace les clefs, la précision est maintenant de l’ordre de la seconde, et la dilatation due aux changements de température, problème crucial pour les navigateurs, est réduite par l’utilisation de deux métaux ayant  des coefficients de dilatation qui se compensent.

Toutes ces horloges ou pendules ont gagné en précision mais restent monumentales et donc peu transportables. Commence alors un travail de miniaturisation et les premières montres de poche mécaniques voient le jour en 1896 : la marine allemande adopte, pour ses officiers, des montres retenues au poignet par une chaînette. Et c’est seulement en  1905 que la premiere montre « plate » (2 mm d´epaisseur) voit le jour et en 1910 elle se greffe à nos poignets.
Se succèdent alors les améliorations tels que les cadrans lumineux en 1917 (couleur phosphorescente dans le cadran) ou le remontage automatique en 1928. Les montres à quartz, plus précises et moins chères, débarquent en 1933.  Et en 1952, l’avénement de la pile de montre accouche des premières montres électroniques, ce qui sonne le glas du doux tic-tac de nos montres-bracelet.
Il en résulte de tout ceci que le crocodile du capitaine Crochet —ennemi juré de Peter Pan— a sans doute avalé  un réveil mécanique à remontage automatique dotée d´un mouvement perpétuel ... tic ... tac...

Ce qui me fait penser que le temps passe inexorablement. Comme vous, mon temps est précieux car mon planning est surbooké alors :

« Une demi-heure de méditation est essentielle sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire. »
(Saint François de Sales)

Je m’en vais donc méditer...

 

commentaires

Sandrine 08/02/2007 09:46

Personnellement, je suis épatée par cet article. Léger et drôle, intelligent et ludique, un cocktail pétillant et savoureux...à déguster lentement, à méditer aussi..Bravo

poupetine 05/02/2007 08:57

tout lacher ! oui peut etre mais le travail finit toujours par revenir en courant et ce quel que soit le temps ;)

Beatrice 03/02/2007 20:39

Tout lacher: une bonne resolution pour la nouvelle annee? ;)

AngÚle 31/01/2007 00:51

Faites comme moi. Lachez tout ! Mon seul rendez-vous aujourd'hui, c'était avec la lune sur ma terrasse. J'ai pris tout de même le temps de régler mes comptes avec HB7. Mais sans me presser...
Amicizia,
Angèle Paoli

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