Madredeus Story

par Alexandre 19 Décembre 2004, 00:00 Ars Musica

Impossible de parler de Madredeus sans parler de Lisbonne tant l'esprit de leur musique est indissociable de cette ville pareille à nulle autre. Il faut avoir parcouru les venelles d'Alfama ou du Bairo Alto, le soir tombé, lorsque les estaminets repaires du Fado ouvrent leurs portes ; il faut s'être promené au petit jour dans le quartier de la Baixa et avoir bouquiné pendant que la ville se réveille, à la terrasse de la Brazileira, assis à coté de la statue de Pessoa…

Le Fado, considéré comme l'expression de l'âme portugaise, est né à Lisbonne (même s'il y a aussi un Fado de Coimbra, un peu différent). D'abord véritable chant des rues, populaire, il est devenu ensuite aristocratique qui s'est rapproché de la musique savante, avec ses silences, ses arrêts, sa pose de voix empruntée à la technique du chant classique. Ceci dit, le Fado n'est jamais décrit par ses aspects techniques, mais par les sentiments qu'il inspire. Les thèmes récurrents sont l'amour inaccompli, la jalousie, la nostalgie des morts et du passé, la difficulté à vivre, le chagrin, l'exil...

Le mot Fado serait issu du latin Fatum (fatalité, destin), mais c'est une interprétation réductrice. Ce qui domine et guide le Fado c'est la saudade. Ce qui n'est pas plus simple, car il est tout aussi difficile d'expliquer ce qu'on entend par saudade, cet état psychique indéfinissable et intraduisible dans une autre langue, fait de langueur et d'abandon, qui porte son auditeur au passé. Il est vrai que le sentiment premier que le fado exerce est bien celui d'une douleur contenue, d'une intimité, voire d'une introspection. Encore une fois, le fado est donc expliqué par ce qu'il instille chez son auditeur et moins par la façon de faire des musiciens.

Un peu oubliée depuis la Révolution des œillets, en 1974, cette musique a connu un immense renouveau grâce à des artistes extraordinaires, devenus mythiques : Carlos du Carmo et Amàlia Rodrigues pour ne citer qu'eux. Depuis, la nouvelle génération le redécouvre et le revisite : Cristina Branco, Mariza, Misia, et bien sûr, Madredeus.

On les a découvert avec Wim Wenders dans le film Lisbon Story : « Je les ai entendus par hasard dans les rues de Lisbonne, se souvient le cinéaste des Ailes du désir. Ils jouaient avec tant de plaisir, d'intensité et la voix de Teresa remplissait ce petit espace avec tant d'émotion que j'ai eu des frissons ». Film magnifique sur Lisbonne, et prétexte à mettre Madredeus sur le devant de la scène.

Teresa, c'est Teresa Salgueiro. Soprano envoûtante à la voix d'une pureté magique, elle est l'âme du groupe au côté de Pedro Ayres Magalhães, fondateur de l'ensemble et principal compositeur. Madredeus, c'est une voix, deux guitares, un violoncelle, un accordéon et un clavier. Dans les chansons, chaque mot correspond à une atmosphère musicale particulière. « Le groupe a été créé pour mettre le portugais en musique, en ramenant la langue à son format musical », explique le guitariste José Peixoto.

« Madredeus est un bateau dont les voiles sont la poésie et la langue portugaise, et la coque le style musical, nos partis pris les guitares classiques, l'absence de percussions. Le vent qui nous fait avancer, c'est le désir ».


Il est difficile de faire un choix dans leur discographie tant leur albums sont tous des chefs d'oeuvre d'émotion et de talent. Pour les découvrir, écouter Antologia, une sorte de compilation, avec un choix de leurs plus beaux morceaux (dont certains inédits) : O Pastor (triste, fort, aux consonnances très lusitaniennes), Oxalà (sublime, presque jazzy), Haja o que houver (mélancolique, beau à en pleurer) et A vaca de fogo (un de leurs premiers morceaux, un de mes préférés).


Pour un premier contact, quelques extraits musicaux sur leur site officiel en Flash.


 

 

Pour écouter certains morceaux cités dans l'article : Auditorium

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