Index

undefined
Petite Bibliothèque
de Curiosités


Index

Recherche

Par Jonathan

Fio a trouvé un moyen de gagner sa vie pas très honnête, mais ingénieux. Imaginant que la plupart des gens ont des choses à cacher, elle envoie des lettres anonymes au hasard, rédigées de la sorte : « nous savons ce que vous avez fait. Vous avez une semaine pour payer ». La rançon doit être déposée dans un coin de la falaise des Buttes-Chaumont. Pour ne pas attirer l'attention, en attendant son enveloppe, Fio plante un chevalet et peint. C'est ainsi que, bien malgré elle, elle devient la coqueluche des galeries d'art. Et son existence s'en trouve bouleversée.

Fidèle à sa ligne poético-decalée, Martin Page nous présente un être hors du commun et profite de la rémanence d'un sourire aussi têtu que mystérieux au fil des siècles pour donner le ton : « C'est dans un tombeau Egyptien de la XVIIIe dynastie que le sourire de Fio apparaît pour la première fois ».

Son récit illustre la capacité qu'il a de jouer avec le monde, de transformer la réalité, de torturer la vie. L'humour à fleur de mots, il raille notre monde. Son style fait de phrases simples qui se juxtaposent sans vraiment avoir de rapport direct produit souvent un effet d'absurde. Ce nouveau livre confirme son talent d'écrivain. C'est léger, c'est frais, c'est inventif. Jouissif !

« Avec un acharnement désinvolte qui n'allait pas sans de petites souffrances et un peu d'angoisse, elle s'entraînait à la réalité comme à un sport de compétition. Même si elle manquait d'abdominaux sociaux, la plupart du temps elle réussissait les exercices nécessaires à une existence paisible. »

On retrouve dans La libellule de ses huit ans les éléments qui avaient charmé les lecteurs de  Comment je suis devenu stupide : un mélange d'extrême classicisme du style et d'inventivité surréaliste, une marginalité sans tapage et ce pessimisme souriant qui est souvent la marque des plus grands. Depuis le succès de son premier roman, Martin Page a côtoyé ces beaux esprits qui flairent le jeune talent, font commerce de l'art, encensent et décrient, bref parisianisent. Il nous livre une satire particulièrement acide de ces cocktails mondains où les esprits purs se sentent vite étouffés, et l'on ne peut s'empêcher de penser que la peinture est une métaphore de la littérature.

Et puis, le regard Martin Page. Cet art de regarder vraiment les choses, avec fraîcheur, comme un enfant doit les voir, comme un petit prince égaré au pays des businessmen est seul capable d'observer les roses.

« Parmi les millions d'appartements de la ville, la clé de Fio n'en ouvrait qu'un seul, et elle devait à un inexplicable coup de chance que ce fût justement le sien. »

« Au tableau, on lui apprit combien font sept fois six, que la capitale de l'Islande est Reykjavik, que l'eau est H2O ; dans la cour de récréation, elle apprit qu'un est contre tous, que la capitale de la vie est la mort, que la sueur est la formule chimique de la peur. »

 

Mardi 3 mai 2005 2 03 /05 /Mai /2005 00:00
- Publié dans : Libris - Ecrire un commentaire
Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

{épigraphe}





 

Au Hasard...

Liste complète
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus