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Combien de fois ne l'ai-je pas entendu dire ? Internaute depuis 1993, c'est devenu mon gagne-pain en 95, alors j'y ai eu droit à toutes les sauces. De la part d'enthousiastes qui découvraient le réseau, d'analystes/pionniers à la mode (comme Joël de Rosnay à l'époque, pour ne citer que lui), des médias ensuite qui s'esbaudissaient sur la « révolution des autoroutes de l'information » (expression déjà bien vieillotte).
Le maître mot de cette notion de révolution, c'est bien entendu la « communication ». On rejoint ensuite des notions de communautés, d'instantanéité de l'information, de mise en relation des hommes, de circulation de biens (numériques) et des données.
Le meilleur exemple est celui sur lequel on s'extasiait le plus volontiers : la capacité de pouvoir discuter en temps réel avec un retraité à Rio, un jeune étudiant de Singapour, une femme au foyer du Cap, un artiste de San Francisco ; et tout ça depuis son bureau parisien.
Les frontières tombent, les hommes se rapprochent, etc. etc.
S'il y a révolution, je ne pense pas qu'elle soit là. L'aspect communication de l'Internet ne constitue qu'une légère amélioration des moyens déjà existants (téléphone, télévision, fax, etc.)
Non, si l'Internet a été révolutionnaire, il l'a été au même titre que l'Imprimerie. Je ne choisis pas cet exemple au hasard, je pense que la révolution se situe là : sont mot clef est Edition.
Un texte, un document, une idée couchée sur le papier, est stérile si elle n'est pas diffusée. Quelle est la portée d'un texte philosophique, l'importance du récit d'un fait devenu historique, l'impact d'une uvre littéraire si elle reste à l'état de manuscrit unique et original dans les tiroirs de son créateur ? La transmission orale n'est pas pérenne.
Revenons donc en arrière, avant Gutenberg : lorsqu'un texte était créé, écrit, il s'agissait d'un manuscrit (je ne remonterais pas plus loin), sont seul moyen de diffusion était la copie manuelle. Travail laborieux, long, et qui demandait énormément de ressources (ne serait-ce qu'humaines) et de qualification. Même lors du pinacle de ce procédé, qui en devint un art à part entière (enluminures, travail des copistes, relieurs, etc.) le procédé limitait la diffusion. Par la sélection déjà : force était de trier les heureux élus qui seraient copiés et donc diffusés (hors considérations de censure d'ordre religieux et culturel). Par le manque de fiabilité du procédé de copie, prédisposé aux erreurs, coquilles, voire même dans certains cas aux déformations et réécritures volontaires. Par un effet de cercle vicieux aussi : peu d'exemplaires, donc difficulté à se procurer un original à copier, surtout un original fiable, et qui le devient de moins en moins au fur et à mesure des copies.
Donc une grande difficulté de publication et une méthode de diffusion de la connaissance ou d'une uvre, lente et sélective.
Première révolution : l'Imprimerie (ou deuxième si l'on place l'Ecriture en première place, mais ça deviendrait un sujet beaucoup plus vaste), Gutenberg et consorts. La publication connaît les débuts de son automatisation, de son industrialisation. L'échelle de diffusion est démultipliée. Mais surtout, on a enfin le moyen d'avoir des copies fidèles, exactes. La presse permet enfin des exemplaires similaires à l'original. Le procédé devient beaucoup moins lourd, ouvrant les portes à de nombreux auteurs, il est beaucoup plus facile d'être « édité ». Le champ des connaissances et des idées s'agrandit considérablement.
Deuxième révolution (j'y arrive enfin) : l'Internet. A quoi assiste-t-on ? le stade ultime de la publication. Aujourd'hui n'importe qui, n'importe où (avec certes la modération des contraintes techniques et économiques) peut publier une idée, une information, un texte, une uvre, et avoir une diffusion mondiale. Plus de restriction de moyens, et surtout plus de goulot d'étranglement sélectif. L'on est plus soumis à la décision préalable d'un éditeur qui devra avaliser un texte (parce qu'il le jugera approprié, convenable, économiquement intéressant, ou pour toute autre raison).
A mon humble avis, c'est là que se situe la Révolution Internet : dans la possibilité donnée à chacun de publier. Et ce, même si Internet souffre de ses qualités autant que de ses défauts. Evidemment, il y a une énorme marge entre diffuser et atteindre. Mais Internet a déjà beaucoup changé en très peu de temps, et il changera encore de forme, de moyens ; les habitudes aussi changeront. Et tout ça pas forcément en bien, certes Je ne suis pas non plus un indécrottable optimiste.
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