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Par Alexandre

Ville-forteresse bâtie sur le delta du Danube, non loin de l'embouchure sud du fleuve. Elle fut construite en 1870 par des ouvriers spécialisés venus de France et d'Angleterre, qui ne savaient pas où ils travaillaient et croyaient se trouver sur les rives du Dniepr en URSS. Une fois le travail achevé, ils furent renvoyés dans leur pays.

Le projet fut conçu par un excentrique prince Nogai, richissime et un peu fou, qui émigra de Crimée avec plusieurs de ses compatriotes et s'installa dans la Dobroudja, rêvant d'y recréer une patrie. Pour réaliser ce but, il décida de construire une forteresse de fer cachée dans les marais, base partir de laquelle il pourrait lancer des raids meurtriers sur les villes côtières de la Sainte Russie et couler (ou capturer) les navires russes croisant dans la mer Noire. Elevé à Saint-Pétersbourg, le prince avait bénéficié des avantages d'une éducation universitaire et se passionnait pour une invention nouvelle aux possibilités innombrables : la bicyclette.

Il fit de Malacovia une sorte d'énorme oeuf de fer hérissé de canons. En cas d'urgence, l'oeuf pouvait descendre dans une plate-forme granitique située sous les marais grâce à un gigantesque système de roues dentées reliées à une série de bicyclettes sur lesquelles pédalaient une cinquantaine de Tartares Nogai.

Depuis ce repaire, les Tartares traversaient la mer jusqu'à la côte russe sur des bateaux plats, actionnés par des pédales. Chacun d'eux portait sa bicyclette sur la tête et, une fois sur la terre ferme, se lançait férocement à l'attaque des villages russes. Certains compagnons du prince, d'abord partisans de la cavalerie traditionnelle, furent bientôt convaincus du grand avantage de la bicyclette, en voyant la surprise et la terreur des Russes devant l'apparition d'un Tartare à vélo.

Incapable de mater ces pirates d'un nouveau genre, le gouvernement impérial russe était sur le point de faire appel à ses alliés pour détruire l'oeuf du prince et ramener la paix dans la mer Noire, lorsqu'une solution inattendue se présenta. En raison de l'extrême humidité du delta du Danube, le mécanisme de roues dentées se rouilla et, un jour de l'an 1873, il refusa de faire descendre l'oeuf dans son nid de granit, en dépit des efforts généreux des cinquante cyclistes Nogai. Conscients que la fin était proche, le prince et ses braves s'échappèrent, bicyclette sur la tête, par un tunnel secret, et se dispersèrent à travers le monde.

Et jusque dans les années 1900, il était courant d'apercevoir, à Paris ou à Londres, un Tartare, la tête baissée sur son guidon, dévalant les avenues résidentielles à une vitesse ahurissante.

  • (Inspiré de : Amedeo Tosetti, Pedali sul Mar Nero, Milan, 1884)
Vendredi 15 avril 2005 5 15 /04 /Avr /2005 00:00
- Publié dans : Terra Incognita - Ecrire un commentaire
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