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Par Béatrice

« Ma condition humaine me fascine. Je sais mon existence limitée et j'ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens. Par l'expérience quotidienne, concrète et intuitive, je me découvre vivant pour certains autres, parce que leur sourire et leur bonheur me conditionnent entièrement, mais aussi pour d'autres hommes dont, par hasard, j'ai découvert des émotions semblables aux miennes.

Et chaque jour, mille fois, je ressens ma vie, corps et âme, intégralement tributaire du travail des vivants et des morts. Je voudrais donner autant que je reçois et je ne cesse de recevoir. Puis j'éprouve le sentiment de ma solitude et j'ai presque mauvaise conscience d'exiger d'autrui encore quelque chose. Je vois les hommes se différencier par les classes sociales et, je sais, rien ne les justifie si ce n'est la violence. J'imagine accessible et souhaitable pour tous, en leur corps et en leur esprit, une vie simple et naturelle.

Je me refuse à croire en la liberté et en ce concept philosophique. Je ne suis pas libre mais tantôt contraint par des pressions étrangères à moi ou tantôt par des convictions intimes. Jeune, j'ai été frappé par la maxime de Schopenhauer : « l'homme peut certes faire ce qu'il veut mais ; il ne peut pas vouloir ce qu'il veut » ; et aujourd'hui face au terrifiant spectacle des injustices humaines, cette morale m'apaise et m'éduque. J'apprends à tolérer ce qui me fait souffrir. Je supporte alors mieux mon sentiment de responsabilité. Je n'en suis plus écrasé et je cesse de me prendre moi et les autres trop au sérieux. Alors je vois le monde avec humour. Je ne puis me préoccuper du sens ou du but de ma propre existence ou de celle des autres, parce que, d'un point de vue strictement objectif, c'est absurde. Car je n'ai jamais considéré le plaisir et le bonheur comme une fin en soi et j'abandonne ce type de jouissance aux individus réduits à des instincts de groupe.

En revanche, des idéaux ont suscité mes efforts et m'ont permis de vivre. Ils s'appellent le bien, le beau, le vrai. Si je ne me ressens pas en sympathie avec d'autres sensibilités semblables à la mienne, et si je ne m'obstine pas inlassablement à poursuivre cet idéal éternellement inaccessible en art et en science, la vie n'a aucun sens pour moi. Or l'humanité se passionne pour des buts dérisoires. Ils s'appellent la richesse, la gloire, le luxe. Déjà jeune, je les méprisais. »

Comment je vois le monde, A. Einstein (texte écrit entre 1934 et 1952)

Et vous, comment voyez-vous le monde ?

En conclusion, Einstein pose la question du sens de la vie d'un homme:

« Ma vie a–t-elle un sens ? La vie d'un homme a-t-elle un sens ? Je peux répondre à ces questions si j'ai l'esprit religieux. Mais à "poser ces questions a-t-il un sens ?" je réponds : Celui qui ressent sa propre vie et celle des autres comme dénuées de sens est fondamentalement malheureux, puisqu'il n'a aucune raison de vivre».

  • 2005 est l'année de la physique mais aussi le centenaire de la publication de 4 des articles les plus remarquables de Albert Einstein.
Jeudi 7 avril 2005 4 07 /04 /Avr /2005 00:00
- Publié dans : Res Orbis - Ecrire un commentaire
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