Le Beaujolais Nouveau

par Alexandre 2 Décembre 2004, 23:00 Res Orbis

Ouf la fête du Beaujolais Nouveau est finie....(officiellement depuis presque deux semaines, mais ça dure toujours plus longtemps).

Que je déteste ce machin qui a été adopté par les bobos trentenaires de tous bords. C'est dans le ton. Des bars branchés, désignés "Costes", les bobos se sont mis à rechercher avidement les zincs "typiques". Je ne compte plus les endroits dont on me dit qu'ils sont "géniaux" parce qu'ils sont sales, vétustes ou tout simplement pourris.

Oh je n'ai rien contre ce genre d'endroits, c'est toujours sympa de découvrir une petite gargote, mais de là à cultiver cet effet de mode où l'on voit le tout-paris branchouille se précipiter dans les vrais-faux troquets, où l'on a déterré un vieux zinc (qui doit ab-so-lu-ment avoir les traces de brûlures de Gitanes Maïs et les tâches idoines) ou retapissé les tables en formica avec des nappes en plastique vichy, parce que c'est SI authentique. Restes d'une époque ou il était si smaaaaart de singer la classe ouvrière pour un intellectuel de la gauche caviar....

C'est de là qu'est partie cette mode stupide du Beaujolais Nouveau. Certes, ça a un peu changé depuis, maintenant, c'est une fête imposée, comme peut l'être le Nouvel An (il faut vraiment être rabat-joie pour ne pas aller fêter le Beaujolais Nouveau). Et bien non, je n'irais pas, tel un mouton de Panurge, participer à cet empoisonnement collectif.

C'est une de ces fêtes "populaires" par excellence, à laquelle il faut participer sous peine de se faire taxer de snobisme. D'ailleurs, quand on oppose la qualité déplorable de cette piquette aux partisans de ce machin annuel, l'argument que l'on se voit le plus souvent opposer c'est "mais c'est pour l'ambiance ! c'est génial, tout le monde se retrouve autour d'un verre" etc etc... Le même genre d'arguments que pour la coupe du monde de football...

Ah oui, c'est beau, ces grands élans de fraternité, où tous les français peuvent se retrouver, égaux sur les Champs Elysées ou devant le comptoir à jouer les oenologues en herbe, ça permet de se laver la conscience, d'avoir fait son devoir de fraternité, ce qui n'empêchera pas un certains pourcentage des susnommés, dès le lendemain, de traiter leur voisin de beuverie de la veille de sale bougnoule, de mettre la main aux fesses d'une fille dans le métro qui aura eu l'audace inouïe de se mettre en minijupe (ok, pas très crédible en novembre), ou de prendre la décision marketing qui va bien pour délocaliser l'usine de Plouzenc-sur-Oize en Chine, parce que ça permettra de baisser les coûts récurrents de 2,4%.

Dommage qu'il faille la victoire d'une équipe de football, nouvelle résurgence des nationalismes sous l'alibi du sport, restes patriotiques dont on a encore plein la semelle après avoir glissé dessus, ou encore la célébration populo-branchée d'une vinasse infâme.

Certes, il peut encore y avoir, parfois, des élans autour d'une "grande cause" qui le mérite. Citons la grande mobilisation pour le deuxième tour des dernières élections présidentielles contre le borgne malfaisant. Dommage qu'il ait fallu attendre le 21 avril 2002 pour que les français (presse et journaux télévisés compris) réalisent que 16.86% d'entre eux considèrent qu'après tout le fascisme, l'exclusion et la xénophobie, ce n'est pas si grave que ça.

Pour en revenir au sujet glou-glou, Desproges en 82, en parlait déjà :

"Ainsi lança-t-on la mode imbécile du Beaujolais Nouveau, qui permet désormais tous les ans à des vignerons peu scrupuleux d'écouler vite fait leur saloperie de bibine pas mûre et trafiquée à la plus grande joie de prolétaires zingueurs qui viennent se faire ronger les muqueuses après le turbin à grandes goulées violacées de cette vomissure corrosive si épouvantable et si totalement imbuvable qu'un portugais n'en voudrais pas !  attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Il y a de bons Beaujolais, même jeunes. Un bon Beaujolais à Chiroubles ou Fleurie, se reconnaît à sa robe qui doit être brillante et translucide. Rien que de voir à travers sa robe, on a envie de la boire, c'est pourquoi le vin est femelle, et le bien boire érotique..."

(Tribunal des Flagrants Délires, accusé : Pierre Perret)

Je vous laisse donc ma part de Beaujolais Nouveau (à la banane, au kiwi, ou au pamplemousse), ou plutôt, je suis généreusement prêt à vous en échanger autant de caisses que vous le voudrez contre une bouteille de ça :

(mon adresse sera fournie sur demande à toute personne intéressée par cette offre)




 

commentaires

Brot Lionel 31/08/2005 10:23

Voilà t'y pas des commentaires bien bourgeois, tout cours, sans bohême.
Des discours qui ne se fondent que sur une chose particulièrement idiote : le besoin de "distinction"; enfin c'est pas si con, faut bien qu'on se prouve qu'on est en vie chacun à sa façon, mais bon. On aime pas le prolo, parce que c'est un prolo, et on aime pas le bobo, parce qu'il a pour vertu et défaut essentiels de brouiller les cartes du jeu social, de rendre les choses confuses. Tout comme le beaujolais, qui a pour vertu d'être entre la Villageoise et la vinasse en photo dont quasiment personne n'est capable d'apprécier l'arôme une fois l'étiquette enlevée et servi dans un verre en plastique.... Un rapport "qualité/prix/effets sur les copains", qui j'en suis convaincu, est à la portée de n'importe lequel des petits vins de 2003, année de la canicule. Pour peu qu'on fasse quelques commentaires soit disant éclairés, en ayant un minimum de contenance, et qu'on fasse remarquer une pointe de ci ou de ça, c'est facile, ça marche à tous les coups. J'ai essayé, d'ailleurs c'était très marrant, surtout quand t'avoue à tout le monde que t'y connaît rien. Avec le 2003 c'est facile, le caviste m'a expliqué :ils ont quasiment tous un arrière goût de caramel, parce que les raisins ont crâmés à cause du soleil. Moi c'est un des seuls trucs que je trouve à tous les coups, parce qu'on me l'a dit et parce que tout le monde est systématiquement d'accord pour le dire "Ah oui! c'est trèèèès caraaamel...". Le reste, c'est du bla bla, comme l'art contemporain, et une belle étiquette avec un bouchon en liège et autres indices visuels. C'est comme un cadre et un bel éclairage. On peut accrocher n'importe quoi sur un mur, on met de la lumière on met en valeur, on tchatche et voilà.... C'est de la vente quoi. D'ailleurs la photo le montre bien : une étiquette, un nom, rien de plus. Pas des copains qui rigolent, des gens qui font la fête, qui rient, qui pleurent, se battent et vomissent leur vinasse trop vite bue....Juste de la keumar, un truc visuel genre le monogramme Vuitton ou la virgule de Nike.... Tout le monde utilise cette expression à la con, "bobo", c'est devenue une sorte de "les gens", les "gens sont cons", "les gens sont ci".... De la critique sociale à deux balles, bien de chez nous, bien française.... Alors si c'est pour dire des âneries pareils, n'hésite pas à le faire au comptoir, en buvant du beaujolais, histoire de socialiser un peu et de voir que le monde c'est pas une question de marques ou d'étiquettes.
D'ailleurs avec le champagne, le beaujolais est sans doute un des vins les plus bu au monde. Et la fête du beaujolais est internationale. Moi je suis tombé sur ce site en cherchant des infos pour raconter une histoire à des Japonais, sans trop leur raconter de conneries sur le beaujolais tout en continuant à les faire rêver. On s'en fout que le vin soit ci ou ça, c'est ce que te dira n'importe qui, "c'est l'ambiance qui compte !" ; c'est un commentaire courant, c'est pas très élitiste, mais bon, la vie c'est pas réservé à une élite. Sinon tout le monde écrit super bien sur ce site, alors j'ai fait un effort aussi. Bon, byebouille, moins de prises de têtes, plus de vinasse, bonne fête du beaujolais à tous et gros kissouxxxx ! Lionel

Jonathan 05/08/2005 10:46

Qualifier le beaujolais de "vin de merde" est légal

vendredi 17 juin 2005 (Reuters - 12:43)

PARIS - Qualifier le beaujolais de "vin de merde" ne constitue pas une faute et relève de la liberté d'expression, juge la Cour de cassation dans une affaire opposant le magazine Lyon Mag à des viticulteurs.

Dans un arrêt rendu jeudi, la plus haute juridiction française a cassé la condamnation en diffamation de Lyon Mag prononcée en août 2003 par la cour d'appel de Lyon. [...]

Jonathan 05/08/2005 10:45

Trouvé au détour d'une dépêche:

Qualifier le beaujolais de "vin de merde" est légal

vendredi 17 juin 2005 (Reuters - 12:43)

PARIS - Qualifier le beaujolais de "vin de merde" ne constitue pas une faute et relève de la liberté d'expression, juge la Cour de cassation dans une affaire opposant le magazine Lyon Mag à des viticulteurs.

Dans un arrêt rendu jeudi, la plus haute juridiction française a cassé la condamnation en diffamation de Lyon Mag prononcée en août 2003 par la cour d'appel de Lyon.

Cette dernière avait condamné l'organe de presse à verser 90.993 euros de dommages et intérêts à des syndicats de viticulteurs.

"La plupart des beaujolais et beaujolais-villages sont des vins de mauvaise qualité, ce n'est pas du vin mais plutôt une sorte de jus de fruit légèrement fermenté et alcoolisé", écrivait Lyon Mag en juillet 2002 dans un article sur les aides de l'Etat au secteur.

"Les viticulteurs du Beaujolais ont voulu faire du fric à tout prix et ils étaient tout à fait conscients de commercialiser un vin de merde. Ils ne méritent donc pas d'être indemnisés", ajoutait le magazine.

La Cour de cassation estime dans son arrêt que "la publication de critiques, même sévères, concernant un vin ne peut constituer une faute dans le contexte d'un débat public sur l'opportunité d'une subvention de l'Etat bénéficiant aux viticulteurs (...), ainsi que sur la recherche des causes d'une surproduction et d'une baisse de la consommation".

Les juges français se sont appuyés sur la Convention européenne des droits de l'homme qui protège la liberté d'expression. Les organisations de viticulteurs devront payer 2.000 euros de frais de procédure à Lyon Mag.

Alexandre 16/12/2004 12:30

Comprenez moi bien, j'aime bien les bons Beaujolais, ce qui m'énerve profondément c'est l'effet de mode autour du primeur qui est régulièrement une piquette infâme, mais qu'il convient d'apprécier -pour de mauvaises raisons.

Quant au Romanée Conti, ce n'était en rien une comparaison, juste une boutade.

Vincent Prieur 16/12/2004 12:25

Musset parlais du Beaujolais (qui n'était pas nouveau, le 19e siècle cultivait le progrès et non l'imamturité du "c'est nouveau, ça vient de soritir"… ) comme d'un vin "canaille".
Propre aux estaminets, il valait ce qu'il valait, et on devrait le prendre aujourd'hui comme tel.
Après tout, un vin gris rafraichi dans la fontaine d'une source lors d'un déjeuner d'été sur l'herbe a sa poésie.
Aujourd'hui on nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Ce n'est pas grave. Ce qui l'est c'est que nous l'acceptons et marchons.
Laissons le beaujolaislà où il est, n'en faisons pas ce qu'il n'est pas Profitons en de temps en temps et quand il se laisse boire ; quand on discute, fume, rigole et croquons des saloperies de chips avec les copains. Mais surtout pas quand on veut déguster et communier avec des amis chers et choisis autour d'une belle table.
Ni plus, ni moins.
Cela nous évitera des impairs. Comme par exemple de le comparer au Romanée-Conti : c'est trop faire d'honneur au premier, et déprécier ce dernier.
On a le droit d'aimer la purée mousline et le caviar. Ce n'est pas un crime de les comparer ; bien pire : c'est une idiotie.
Avec tout le respect que je vous doit.
VP

Bouchabizou 07/12/2004 03:03

Bah, il paraît que cette année encore, il avait un goût d'aspirine...

Francisek 04/12/2004 16:57

Enfin, cet article m'a mené hier soir dans un bar à vin, histoire de me rappeler que le Beaujolais n'est pas la piquette mercatique qu'on veut nous faire avaler ;-)

richard 03/12/2004 23:07

... Et c'est sans compter les petits pâtés rougeâtres qu'on retrouve le lendemain matin sur les trottoirs de la ville... Mais j'ai l'impression que la piquette de cette année a moins attiré les foules.

Triplex Nomine 03/12/2004 20:34

Ah, c'est une bien belle envolée ! j'avais envie d'applaudir à la fin de ma lecture :-) Oui, chaque année je suis horrifié de voir la gent boboesque se gargariser de cette infection.

Oh et puis cette photo, diantre, me donne envie de ces bons vins de Bourgogne qui se mâchent tellement il sont épais...

Alexandre 03/12/2004 19:57

mais je n'ai jamais prétendu que c'était un Beaujolais. Quelle hérésie ce serait... Non, c'est bien un Bourgogne du "nord", du village de Vosne-Romanée en Côte d'Or que j'ai la chance de bien connaitre :)

Francisek 03/12/2004 19:51

Moi je veux bien ton adresse, mais pour le boire ce Romanée-Conti (qui soit dit en passant est un bourgogne du nord et non un beaujolais).
Coté Beaujolais, je me contenterai d'un Juliénas 1999.

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