Partager l'article ! Un cas extraordinaire soumis aux sirurgiens du Roy: « Aujourd'hui vingt-huit du moye de juing MDCCLXX, ès une maison proche du havre du bourg de Sai ...
« Aujourd'hui vingt-huit du moye de juing MDCCLXX, ès une maison proche du havre du bourg de Saint-Martin, les soubsignés, maistres en sirurgie et sirurgiens ordinaires du Roy, nous sommes assemblés pour voir le corps du nommé ALPHIN, officier dans le bataillon de Languedoc, à qui l'un de nous avoit fait ordonnance pour un clystère composé et qui était passé de vie trépas sans le recevoir.
A quoi maistre apothicaire Blanchard contre qui plainte a été portée, nous a dit : Qu'il s'était présenté hier vingt-sept au domicile d'Alphin, étant porteur d'une seringue en bon estat, pour réouvrir et deffermer les courants cholédoques et qu'il avoit cherché à l'insinuer suivant les régles de l'art (Tuto et Jucunde), mais inutilement et avec grand empeschement et fascherie.
Qu'il avoit cependant regardé de plus près in fundamento, et qu'ayant écarté les posters, il avoit aperçu, contre tous usages et coutumes, un oeil qui le regardoit en face, ce qui n'était jamais arrivé depuis sept vingt ans qu'il praticoit.
Qu'il avoit jugé que son honneur était outragé et qu'il s'était retiré de céans.
D'après cette cognoissance, nous sousignés, maistres sirurgiens, avons procédé à l'examen du fundamentum.
Le poster étant ouvert, nous avons rencontré un fragment de cristal qui faisait oeil et qui regardoit.
Jugeant le cas neuf et extraordinaire mais exempt de maléfices, jongleries ou autre perfidie, nous avons interrogé les gens de service qui nous ont appris qu'Alphin avoit accoustumé de mettre son oeil dans un verre d'eau et qu'il avoit pu l'avaler dans son délire.
C'est pourquoi nous avons jugé que Blanchard, maistre apothicaire adolé et outragé, avoit sagement agi en se retirant pour attendre la visite du sirurgien ordinaire du Roy, et déclarons que les torts et rebelleries sont du côté du mort.
De tout quoi certifions véritables entre les mains de Bilaud, notaire royal requis à cet effet au jour, mois et an que dessus, et avons signé. »
(MONESCAUT, DELCOUR, NIEL, ch. ord. du Roy. BILAUD, not. royal. 28 juin 1770)
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