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Formulons une hypothèse : Cette curiosité qui vous habite et vous interroge perpétuellement sur le monde, appelons-la « intelligence ». Elle vous rend malheureux : vous vous sentez inadapté au monde qui vous entoure. Peut-être un peu seul, pas vraiment préoccupé par les enjeux d'une société vivant au rythme convenu des événements. Que feriez-vous ? Devenez stupide !
C'est le pari désespéré d'Antoine, jeune personnage vivant sous la plume de Martin Page (Comment je suis devenu stupide, Le Dilettante, 2001), hyper curieux, très diplômé, éclectique et dilettante. Il a peu d'amis, et tous sont aussi loufoques que lui. Seulement Antoine souffre de sa différence, souffre de ne pouvoir se fondre dans la masse, d'être un handicapé du bonheur...
« Une personnalité, c'est un luxe qui me coûte trop cher. Je veux être un spectre banal. J'en ai assez de ma liberté de pensée, de ma satanée conscience. »
Il ne se sent supérieur en rien, mais se tient prêt à tout pour disséquer l'origine de ses maux : son « intelligence ». Son ultime stratégie ? Elle repose sur une idée simple : en devenant stupide, il cernera les contours de ce qui ne l'est pas. Encore intelligent, n'est-ce pas ?
Ce petit livre, court comme un voyage en train, nous conduit dans la quête de ce jeune homme vers le Graal Stupidité, ponctuée d'étapes drôles ou pathétiques. Et il s'y atèle au début avec toute la rigueur paradoxale. Première étape : devenir alcoolique. Après avoir longuement compulsé tous les livres sur l'éthylisme, il se sent prêt à passer à la pratique.
Malheureusement, un coma inattendu dès la première gorgée de bière (il faut croire qu'elle ne sont pas toutes bonnes) lui fait abandonner cette voie royale vers la stupidité. Mais il en existe de nombreuses autres
J'ai aimé la trajectoire de ce livre, qui nous interroge au fond sur notre engagement personnel. Pas une grande cause, bien sûr. Seulement, une éthique de vie, une raison d'être qui repose sur l'aventure du questionnement et la découverte de soi au travers de la culture.
Mots légers et humour fou. Un vrai régal !
« L'intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l'intelligence offre une immortalité de papier journal et l'admiration de ceux qui croient en ce qu'ils lisent. »
Ils ne l'avaient pas lu. Je me demande si ça les aurait remis en question, mais je ne pense pas... leur train de vie cadre-sup en finance et en publicité ne doit pas trop les forcer à se remettre en question...
Le bouquin est pas super bien écrit, mais le message et le raisonnement y sont pas mal...
Je me demande honnêtement s'il a réellement ou non fait réfléchir du monde.
Amicalement,
Carnelov
D'une part, je n'ai pas touvé dans Martin Page le même extrémisme qu'Erasme dans son oeuvre sur la Folie. C'est sans doute vrai qu'il porte plus un regard d'anthropologiste.
Je reconnais que ce roman n'est pas - à première vue - une oeuvre philosophique. Mais on aurait tort de sous-estimer son impact.
Sur Internet, le nombre de commentaires et références à son livre est impressionnant. une chose est sure : il interpèle du monde.
C'est aussi un écrivain résolument contemporain. Les adUlescents sont au centre de ses sujets : les adultes-adolescents sont un véritable phénomène de société, qu'il dissèque adroitement.
Aussi, j'aime bien son style. Il écrit des phrases qu'on comprend par sensation plus que par explication. ex. "Il y a des gens qui ne sont jamais mouillés par la pluie, je ne les ai jamais compris". "j'ai acheté un grand appartement parce que j'aime marcher les bras écartés". C'est de l'ordre de la sensation, quelque chose qui, en littérature, est primordial.
Finalement, c'est un admirateur d'Oscar Wilde. ALors, Martin Page m'est très sympathique.
La méthode du héros pour lire des livres gratuitement. Etonnant ou non, cela m'a rappelé l'amour des ouvrages de Fareihneit 451. Le côté "précieux" et immortel de chaque ouvrage.
Pourquoi ?
Parce que chaque livre dont il va déchirer avec minutie sera volé pour son contenu, n'aura aucune valeur marchande, sera totalement dépossédé de son côté "physique"... le livre devient alors une pensée pure.
C'est sûrement la chose qui m'a le plus marqué dans "Comment je suis devenu stupide." (Avec la couverture, qui me rappelait un peu le délire d'Easton Ellis, lorsqu'il parle des élites, golden boy, riches Américains, etc.)
Amicalement,
Carnelov
PS : pour résumer (De mémoire... dis moi si j'ai faux Jonathan.) le héros n'achète pas de livre.
Il va dans une librairie, dans un magasin, etc... et le vole page après page !
Puis il le recompile, petit à petit, chez lui.
Pour ma part, je lisais le livre en deux ou trois jours après l'avoir acheté, puis je le rapportais pour échange prétextant que c'était un cadeau, et que je l'avais déjà.
je vous l'ai déjà dit, ce bouquin est très imaginatif, on passe un bon moment.