J'ai eu très peur en achetant ce livre, en effet, la petite bande papier rouge autour portait le texte suivant : « Si Scott Fitzgerald, Umberto Eco et Dan Brown s'étaient réunis le temps d'un roman, ils auraient écrit la Règle de Quatre. » Connaissant la méconnaissance totale qu'on les éditeurs des livres qu'il éditent, ainsi que leur manque de scrupules, j'ai eu raison de persévérer en me fiant à mon intuition, fruit d'un premier feuilletage.
La Règle de Quatre est un roman de Ian Caldwell & Dustin Thomason, racontant les déboires d'un groupe d'étudiants (ils sont 4, comme par hasard) aux prises avec un livre mystérieux. Mais pas n'importe quel livre : l'Hypnerotomachia Poliphili. D'énigmes en rébus complexes, de mystères en meurtres nous avons là tous les ingrédients d'un excellent polar « ésotérique ». Plutôt raisonnablement bien écrit, quoique assez académique, le rythme est plutôt bon, le sujet bien traité, et bien mené jusqu'au climax final. En dépit de l'accroche racoleuse de l'éditeur, on est loin de Faulkner ou d'Eco, mais heureusement bien au dessus de Brown. Quitte à faire un parallèle, j'aurais plutôt vu quelque chose qui s'approche du Maître des Illusions de Donna Tartt (en moins brillant, certes). Le résultat est néanmoins assez bien ficelé et vaut le détour.
Ce roman m'a aussi fait découvrir l'Hypnerotomachia Poliphili et son histoire (bien que les énigmes du roman proviennent de l'imagination des romanciers).
Le Combat pour l'amour dans le songe de Poliphile est une uvre de fin du Quattrocento, réputée être un des plus beaux livres imprimés au monde. Réalisé par le célèbre imprimeur vénitien Aldo Manuzio en 1499 (dont il subsiste aujourd'hui moins d'exemplaires que de la Bible de Gutenberg), la typographie est splendide et les gravures sur bois magnifiques. Mais c'est la réputation mystérieuse de ce livre qui justifie que l'on écrive un roman à énigmes sur lui, ainsi que d'innombrables thèses pour tenter d'en percer le secret. Il n'en reste pas moins que ce livre a inspiré des personnages aussi illustres que Jean de La Fontaine, Salvador Dali, Georges Perec, Gérard de Nerval, Roman Polanski ou Rabelais.
Ecrit en cinq langues (italien, latin, grec, hébreu, arabe et même parsemé de hiéroglyphes), il s'agit d'un songe allégorique, genre très prisé au XVème siècle. L'auteur était anonyme, mais fut découvert grâce à l'une des nombreuses clefs cachées qu'il contient. En effet, en mettant à la suite, les lettrines des chapitres l'on obtient le message suivant :

POLIAM FRATER FRANCISCUS COLUMNA PERAMAVIT
(Le frère Francesco Colonna brûla d'amour pour Polia)
L'auteur du manuscrit serait donc un certain Francisco Colonna, mais l'on ne sait pas précisément lequel entre un moine vénitien et un prince romain. Quant à Polia, on ignore toujours s'il s'agit d'une femme dont on ignore l'identité ou d'une allégorie.
Les messages codés sous forme de gravures, de rébus, de symboles, de jeux de lettres en plusieurs langues, ont fait couler beaucoup d'encre. Et ne sont pas rares ceux qui soutiennent, comme les personnages du roman que l'Hypnerotomachia est loin d'avoir livrée tous ses secrets.

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