Partager l'article ! Le potentiel érotique de ma femme: Un titre aussi bien trouvé mérite au moins qu'on feuillette le livre. L'incipit finit de convaincre. Troisièm ...
Un titre aussi bien trouvé mérite au moins qu'on feuillette le livre. L'incipit finit de convaincre.
Troisième roman de David Foenkinos, après Entre les oreilles et Inversion de l'idiotie, le Potentiel érotique de ma femme raconte d'abord l'histoire d'un collectionneur.
Hector collectionne de tout : les piques apéritifs, les badges de campagne électorale, les peintures de bateau à quai, les pattes de lapin, les cloches en savon, les bruits à cinq heures du matin, les dictons croates, les boules de rampe d'escalier, les premières pages de roman, les étiquettes de melon, les ufs d'oiseaux, les moments avec toi, les cordes de pendu. Il passe d'une collection à l'autre, maladivement, frénétiquement. Lorsqu'il essaie d'en réchapper, et que les collections le rattrapent, cela le conduira a vouloir mettre fin à ses jours (le début du roman commence par sa tentative ratée).
« Pourtant, à chaque nouvelle collection, Hector pensait toujours qu'elle serait la dernière. Mais systématiquement, il découvrait dans son assouvissement les sources d'un nouvel inassouvissement. En quelque sorte, il était un Don Juan de la chose ».
Il croira en être sevré en tombant amoureux. Jusqu'au jour ou il observe sa femme en train de laver les vitres et qu'il en est pétrifié. Dès lors, il va s'échiner à collectionner des moments de sa femme, trouvant tous les moyens possibles, même les moins honnêtes pour essayer de retrouver la magie de cet instant précis.
C'est le deuxième aspect de ce livre, qui parle de sensualité et d'amour. Pas d'Amour en général, avec de grands mots, et des discours sur son caractère absolu, intemporel et que sais-je d'autre Mais sur ces « instants », qui tiennent à si peu de choses et qui font comprendre que l'on est amoureux. Ces instants fugaces que l'on craint toujours de perdre. Ca tient parfois a la façon dont la lumière va jouer sur un profil, à une mèche de chevaux baladeuse, à un carré de peau qui apparaît par la grâce d'une jupe opportunément fendue, une démarche, un clin d'il, etc. C'est là que l'on se sent complice avec l'auteur, qui nous décrit, par l'alibi de ce collectionneur ces moments, au-delà des critères purement esthétiques, où on trouve l'autre BEAU.
Le ton reste résolument drôle, léger, cocasse et fourmille de trouvailles, comme lorsque Hector décide de créer une agence de voyages virtuels pour ceux qui ne souhaitent pas partir, mais uniquement se vanter d'être partis.
Je vous livre la première phrase :
« Hector avait une tête de héros. On le sentait prêt à passer à l'acte, à braver tous les dangers de notre grosse humanité, à embraser les foules féminines, à organiser des vacances en famille, à discuter dans les ascenseurs avec des voisins, et, en cas de grande forme, à comprendre un film de David Lynch. »
Et la dernière :
« Avec trois enfants d'un coup, il méritait au moins l'appellation de héros. »
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