Le Portrait d’Oscar Wilde

par Alexandre 24 Novembre 2004, 23:00 Libris

Etre un mythe, c'est être détesté par des gens à qui vous n'avez jamais fait le moindre mal et calomnié par des gens qui ne vous connaissent pas. (Gabriel Matzneff).

Peu d'écrivains sont des personnages si fascinants qu'ils en éclipsent leur œuvre. C'est le cas d'Oscar Wilde, et pourtant de quelle œuvre il s'agit ! Pour ses contemporains, la réputation de Wilde éclipse ses livres, on n'a pas besoin de l'avoir lu pour le critiquer, pour en médire. Je reste néanmoins persuadé qu'il est indissociable de ses écrits, il les complète et les illustre.

Archétype du dandy, du dilettante, de l'esthète, il devient célèbre dès sa sortie d'Oxford sans avoir écrit même une ligne qui vaille d'être citée, il brille par son esprit, son érudition, ses mondanités, son personnage en somme.

Même si par la suite, Wilde aura peu d'œuvres à son actif, et si certaines sont brillantes (Le Portrait de Dorian Gray, De L'Importance d'Etre Constant, L'Eventail de Lady Windermere), le mérite de son succès en revient à l'esthète décadent, au dandy jouisseur et provocateur.

Dans Dorian Gray, Wilde dit d'un gentleman qu'il « s'était consacré tout entier à l'art éminemment aristocratique de ne rien faire », il sait de quoi il parle !
Pourtant, ce serait une erreur de limiter le personnage à ces dehors futiles. Wilde est avant tout un fataliste et un homme de contradictions. Franc-maçon et catholique, conventionnel et extravagant, parfois sulfureux mais lucide et sachant parfaitement jusqu'ou aller.

Le vice suprême est d'être superficiel, tout ce dont on a conscience est juste (De Profundis).

Fatalisme teinté de lassitude, il dira lui-même qu'il recherche le plaisir, pas le bonheur.
Sa vie bascule lors de sa rencontre avec « Bosie », Lord Alfred Douglas, qui le mènera à sa perte. Succombant à une passion destructrice (pour lui et pour son œuvre d'ailleurs), il se laisse entraîner par ce parasite dans une relation qui le conduira à la ruine et à devenir un pestiféré. En parasite inconséquent et dénué de scrupules, Douglas se nourrira de Wilde, et l'embarquera dans sa guerre avec son père (le marquis de Queensberry célèbre amateur de boxe) qui se finira par un procès ou Wilde se verra condamné à deux ans de travaux forcés pour « outrage aux mœurs » (c'est-à-dire pour homosexualité, crime terrible s'il en était).

Cette sordide aventure lui fait vivre un enfer et l'empêche même d'écrire. Il ne produira rien de bon avant De Profundis, une fois en prison, et après la Ballade de la Geôle de Reading, il n'écrira plus rien.

De Profundis a souvent été décrié comme un mauvais livre. Sous la forme d'une longue « lettre » adressée à Douglas, c'est un mélange de comptes d'épicier (Wilde va jusqu'à passer en détail les dépenses de restaurant), de règlement de comptes sordide, de pages lumineuses de réflexion sur sa vie et de trésors spirituels de sa découverte de l'Evangile. Il reste pour moi, ce que Wilde a écrit de plus beau et de plus profond (sans mauvais jeu de mots). Il y fait œuvre de théologie, au même titre qu'un Kazantzakis.

La fin de vie ne sera qu'une triste attente de la fin, à 46 ans. Abandonné de tous, notamment de ses anciens amis (Gide, Jules Renard, Pierre Louÿs, Alphonse Daudet, François Coppée entre autres) il finira sans le sou à Paris.

Il ne fait pas bon vivre à la fin du XIXème siècle lorsque l'on ne se conforme pas aux canons de la société. Les étoiles, qu'elles soient roses ou jaunes (Dreyfus est à l'île du Diable) marquent les victimes de ceux dont on ne veut pas. Wilde était la cible toute désignée pour servir d'exemple : beau, brillant, extraordinairement talentueux. Intolérable.

Ceci étant dit, et même si Wilde l'a subit avec fatalité, il n'est pas le martyr qu'on a voulu voir en lui. Il n'était ni un militant de la cause homosexuelle voulant faire prévaloir ses choix de vie, ni le bouc émissaire d'une société trop pudibonde, ses écarts étaient tolérés tant qu'ils restaient discrets.

Non, la chute et la déchéance de Wilde viennent de petites et mesquines personnes qu'il ne comprenait pas et qui l'ont embarqué malgré lui dans des affaires sordides pour régler leurs comptes. Wilde s'est laissé dépasser par les évènements.

 

commentaires

Jean Yves ALT 04/12/2004 05:42

une excellente mise au point pour sortir des clichés habituels

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