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Par Elizabeth

Pour l'âme, il n'existe ni cachot,
ni prison qui la retiennent,
car seuls l'emprisonnent
ceux qu'elle s'invente elle-même.

Sor Juana Inés de la Cruz


Imaginez... Nous sommes en Nouvelle-Espagne, c'est-à-dire au Mexique, au milieu du 17e siècle, sous l'administration du vice-roi Don Antonio Sebastián de Toledo, marquis de Mancera. Voici qu'apparaît à la cour une femme jeune, belle, brillante, elle s'appelle Juana Inés María del Carmen Martínez de Zaragoza Gaxiola de Asbaje y Ramírez de Santillana Odonoju, elle est dame d'honneur de la vice-reine. Elle vit à la cour, elle compose de la poésie et des pièces de théâtre. Quel va être son destin ? Faire un riche mariage, devenir une grande dame ? Pas du tout. A l'âge de vingt-quatre ans, elle prend le voile - sans avoir particulièrement la vocation - au couvent de San Jerónimo et devient Sor Juana Inés de la Cruz. C'est sous ce nom qu'elle va passer à la postérité comme un des auteurs majeurs de langue espagnole.

D'emblée, la trajectoire de cette comète poétique s'inscrit sous le signe du paradoxe. Religieuse ou femme de lettres, religieuse mais femme de lettres. En son temps, elle est surnommée « le phénix de Mexico » ou encore « la dixième Muse ». Malgré son retrait du monde, elle continue de susciter l'admiration de ses contemporains et sa renommée s'étend bien au-delà des frontières de son pays.

Une vie dans la règle et dans le siècle

Quelques éléments biographiques pour se repérer. Juana Inés de Asbaje y Ramírez est née en 1651 (certains documents disent 1648) dans une petite communauté rurale du Mexique, San Miguel Nepantla. Elle est la fille présumée d'un aventurier d'origine basque, Pedro de Asbaje, qui n'a jamais reconnu sa paternité, et d'Isabel Ramírez, propriétaire terrienne qui a eu d'autres enfants mais est restée célibataire toute sa vie.

Jeune prodige, Juana Inés affirmera plus tard dans son autobiographie qu'elle a appris à lire dès l'âge de trois ans. Même enfant, elle dévore tous les ouvrages qui lui tombent sous la main et se plaît à écrire de la poésie. Elle rédige sa première œuvre littéraire connue vers l'âge de sept ans. Lorsque sa mère l'informe que les femmes n'ont pas le droit d'étudier à l'université, elle fait part de son projet de se déguiser en homme pour accéder au plus haut degré du savoir. En 1660, elle quitte la campagne pour Mexico, où elle est rapidement introduite dans les cercles des familles importantes de la colonie. En effet, beaucoup sont impressionnés par le talent et la mémoire de cette adolescente qui maîtrise déjà l'art du discours et de la rhétorique. Boulimique d'instruction, la jeune Juana apprend le latin en vingt leçons et s'initie aux sciences qui la passionnent : les mathématiques, la musique, la philosophie, l'astronomie, la théologie.

En 1662, Juana de Asbaje devient dame de compagnie de la vice-reine du Mexique, la marquise de Mancera. Son entrée à la cour lui assure un soutien pour faire avancer sa carrière littéraire. Elle compose non seulement de la poésie, mais également des pièces de théâtre et des paroles de cantiques. Juana est jolie (il n'y a qu'à voir son portrait par Miguel Cabrera, qui nous montre un visage ferme et volontaire, aux yeux vifs...), pourtant elle refuse le mariage. Elle souhaite mener une vie consacrée aux arts et aux sciences et espère trouver dans la solitude d'un monastère le temps et le recul nécessaires dans ce but. Sa première tentative pour se faire admettre au couvent des Carmélites, un ordre religieux particulièrement austère, se solde par un échec. Mais en 1669, elle prend le voile au couvent de San Jerónimo où elle passera le reste de sa vie.

Ce n'est toutefois pas un endroit où la « clôture » serait sévère : Sor Juana reçoit de nombreuses visites et entretient des amitiés - souvent passionnées - avec de grandes dames de la cour, notamment, de 1680 à 1688, la marquise de la Laguna, la nouvelle vice-reine. (C'est celle-ci qui assurera la publication des œuvres de Sor Juana à son retour en Espagne, dans les années 1690.) Elle dispose de son propre appartement, enseigne la musique et l'art dramatique aux jeunes filles du couvent, assure également les fonctions d'archiviste et de comptable de la communauté. Elle se constitue progressivement une vaste bibliothèque - on parle de quatre mille ouvrages ! - ainsi qu'une collection d'instruments de musique et d'objets d'intérêt scientifique, un cabinet de curiosités comme on disait alors. Malgré son état religieux, elle joue pratiquement un rôle de poète officiel de la cour du vice-roi et rédige de nombreux ouvrages de commande.

Mais les autorités religieuses mexicaines n'apprécient guère la présence d'une femme contestataire dans leurs rangs. En novembre 1690 paraît la Lettre athénagorique de la mère Juana Inès de la Cruz, religieuse professe régulière au très religieux couvent de San Jerónimo, qui fait la critique d'un sermon du jésuite portugais Antonio de Vieyra,  lettre censément publiée - avec ou sans l'assentiment de Sor Juana, la question reste ouverte faute de preuves -  par Sor Filotea de la Cruz, pseudonyme de l'évêque de Puebla, Manuel Fernández de Santa Cruz(1). Sor Juana réplique en 1691 avec un texte autobiographique, la célèbre Réponse à Sor Filotea de la Cruz(2), qui jette de l'huile sur le feu. Après de nombreux démêlés avec la justice ecclésiastique, qui la conduiront à se défaire de sa bibliothèque et de sa collection, Sor Juana s'éteint en 1695, à l'âge de 45 ans, au cours d'une épidémie de ‘fièvre pestilentielle'. La Réponse de 1691, ainsi que la Vida de Sor Juana écrite par le père Diego Calleja, qui correspondait depuis Madrid avec la religieuse mexicaine, constituent les principales sources biographiques dont on dispose aujourd'hui.
 

Une véritable persécution

« On dirait que l'Eglise du 17e siècle était plus sévères pour les opinions que pour les mœurs. La preuve en est que Sor Juana n'eut jamais de problème avec les autorités religieuses pour ses écrits érotiques », relève Luisa Ballesteros Rosas(3). Tant que Sor Juana se contentait d'écrire des textes profanes, même s'ils pouvaient être considérés comme légers, l'Eglise avait montré beaucoup de tolérance. Mais dans le cas de la Lettre athénagorique, les thèmes théologiques traités et l'attaque (du moins considérée comme telle) du puissant ordre des Jésuites déclenchent contre elle les hostilités. Parallèlement, à la fin des années 1680, Sor Juana se retrouve fragilisée par le départ de ses protecteurs, le marquis et la marquise de la Laguna, et par la rupture avec son confesseur jésuite, le père Antonio Núñez de Miranda, « examinateur » de l'Inquisition, qui va devenir l'un de ses pires ennemis, comme l'a été l'archevêque de Mexico, Francisco de Aguiar y Seijas. Le harcèlement dont Sor Juana est l'objet culmine avec son procès au tribunal épiscopal secret tenu en février-mars 1694. Sor Juana y est condamnée à faire pénitence et elle doit se séparer de sa bibliothèque et de sa collection(4). Octavio Paz, qui compare son cas à ceux des procès staliniens dans les années 1930, voit dans cet acte « le geste d'une femme terrifiée, qui prétend conjurer l'adversité par le sacrifice de ce qu'elle aime le plus. »(5) Elle écrit aussi cinq textes d'expiation, dans lesquels toutefois elle ne renie en rien son idéal de savoir. Quoi qu'il en soit, ces tristes événements ont dû assombrir les derniers mois de sa vie, et elle disparaît un an après.

 

Une œuvre aussi vaste que diverse

L'œuvre de Sor Juana contient de nombreux plaidoyers pour que les femmes reçoivent une bonne éducation et puissent développer leurs capacités intellectuelles. Mais le succès de Sor Juana dans la société coloniale et l'étendue de son audience sont surtout dus à sa maîtrise complète de toute la gamme des formes poétiques et des thèmes récurrents du Siècle d'Or espagnol. Elle a été ainsi à la fois le dernier grand écrivain du baroque hispanique (dont elle a l'ingéniosité, l'esprit, les références artistiques et la préciosité stylistique allant parfois jusqu'à l'excès...) et le premier de la culture mexicaine coloniale. Ses travaux réunissent l'inventivité sans limites de Lope de Vega, l'esprit de Quevedo, l'érudition et la syntaxe contournée de Góngora, l'abstraction de Calderón de la Barca. Sor Juana a utilisé toutes les formes poétiques alors en usage, et elle a puisé dans une vaste panoplie de sources classiques, bibliques, philosophiques et mythologiques. Elle a écrit de nombreux vers d'inspiration satirique, à côté de ceux de sujet religieux, et beaucoup de poèmes de circonstance, de louange à des personnages de la cour.

Bien qu'il soit souvent impossible de dater ses oeuvres, il est évident que même après avoir prononcé ses vœux, Sor Juana a continué à écrire des poèmes d'amour profanes. L'ampleur de son talent, du sérieux au comique, du savant au populaire, atteint des dimensions inhabituelles. L'abondance de sa production(6) surprend également : selon Jean-Michel Wissmer(7), on a conservé d'elle pas moins de 211 textes profanes et 267 textes religieux. En matière de théâtre, elle a écrit aussi bien des pièces de cape et d'épée que des allégories religieuses, et trois « autos sacramentales » : Le Divin Narcisse, Le sceptre de José, Saint Herménégilde. Dans la langue populaire, de nombreux villancicos (cantiques) composés pour les cathédrales de Mexico, Puebla et Oaxaca, certains contenant un mélange d'espagnol et de nahuatl, une des langues des Indiens du Mexique. 

Adoptant les formes de la littérature espagnole de son temps, Sor Juana leur a laissé sa propre patte. L'ensemble de sa production poétique, quelque baroque qu'elle puisse sembler, est marquée par l'exercice d'une logique rigoureuse. Dans ses poèmes philosophiques, elle pousse le thème baroque de l'illusion des apparences jusqu'à une défense de l'empirisme proche des thèses des Lumières. Elle célèbre la femme comme vecteur de raison et de connaissance plutôt que de passion, et  renvoie aux hommes les accusations de comportement illogique qu'ils imputent aux femmes. Ses poèmes d'amour, écrits à la première personne, montrent souvent le desengaño (désillusion) de la femme confrontée aux tourments de la passion amoureuse. D'autres poèmes contiennent des éléments autobiographiques évidents, se rapportant au fardeau de la gloire par exemple.

Son poème le plus important et le plus érudit, intitulé Primero Sueño(8) (Premier Songe) possède une portée à la fois personnelle et universelle. La date de composition nous est inconnue ; Octavio Paz le situe vers 1685. Sor Juana y emploie les formes poétiques complexes de l'écriture baroque pour traduire les efforts acharnés de l'âme en quête de connaissance. Au début du poème (long de 975 vers), la nuit tombe et l'âme est libérée du corps par le sommeil et le rêve. Au cours de la nuit, et à travers le rêve, l'âme poursuit en vain sa recherche en suivant les chemins du néoplatonisme et de la scholastique. A l'aube, le rêve s'enfuit et le corps s'éveille, mais l'âme reste déterminée à persister dans son effort.

« Sor Juana déclare qu'elle écrivit ce poème à l'imitiation délibérée des Solitudes de Góngora. Mais le Premier Songe est le poème de l'étonnement nocturne alors que celui de Góngora est l'étonnement de midi », précise Octavio Paz(9). « Sor Juana a créé un paysage abstrait et hallucinant, composé de cônes, d'obélisques, de pyramides, de précipices géométriques et de pics agressifs. Son monde participe de la mécanique et du mythe. » Des images qui évoquent la peinture surréaliste et singulièrement, il me semble, celle de Giorgio de Chirico.

« Primero Sueño, indique Jean-Michel Wissmer, est de l'aveu même de son auteur le seul texte qu'elle ait écrit pour son plaisir, loin des commandes et des pressions. Ce poème nous permet de mieux comprendre le défi intellectuel de cette femme, expression de son besoin irrésistible de connaissance. »(10) L'avidité de savoir constitue l'une des motivations essentielles de Sor Juana à travers toute sa vie et son œuvre. Elle aspirait à une connaissance encyclopédique quasi universelle, proche de l'idéal qu'avait propagé la Renaissance. « Pourtant, si ses informations étaient attardées et incomplètes - surtout en physique et en astronomie - l'idée qu'elle avait de la culture était singulièrement moderne, souligne Octavio Paz(11). Ce n'était pas celle d'un spécialiste, mais d'un esprit qui tente de découvrir les liens cachés entre une discipline et une autre. » « Quant à moi, dit en effet Sor Juana, je peux assurer que ce que je ne comprends pas chez un auteur d'une science, je le comprends souvent chez un autre d'une autre science qui semble très éloignée ; et les points en s'expliquant éclairent des exemples métaphoriques d'autres arts. »(12)

La démarche de Sor Juana reste la même quand il s'agit de la religion. « Même si ce rêve de connaissance dominé par la raison et l'intelligence s'oppose de toute évidence à la sainte ignorance, il se présente toutefois comme une volonté de découvrir la Création divine. [...] Il est vrai que l'entreprise se veut clairement intellectuelle, et qu'il ne s'agit en aucun cas d'une sorte d'extase mystique », rappelle JM Wissmer(13). Point de vue qui converge avec celui de Paz : « Enfin, la connaissance à laquelle aspirait Sor Juana - comme on l'a vu dans Primero Sueño et dans la Réponse - n'était pas le savoir que pouvait lui donner la religion. Ses élans intellectuels et moraux étaient très éloignés de ceux d'une sainte Thérèse ou d'un saint Jean de la Croix. Elle ne cherchait pas, comme le saint, à annuler son entendement, mais à l'aiguiser ; elle ne désirait pas, comme sainte Thérèse, être pénétrée de la lumière divine : elle voulait pénétrer, par la lumière de sa raison, le mystère opaque des choses. »(14)

Diverses lectures

Malgré la notoriété et le succès de Sor Juana de son vivant, ou justement pour cette même raison, son œuvre a ensuite connu une longue éclipse de quelque deux cents ans avant de se rétablir au 20e siècle avec la place qu'elle mérite dans la littérature de langue hispanique. « Aux 18e et 19e siècles, quand le baroque se vit décrié, perçu par la plupart des hommes de lettres comme une perversion regrettable du goût, une accumulation grotesque d'extravagances, son oeuvre sombra dans le plus total oubli, indique Maryse Renaud(15). Il fallut attendre le 20e siècle, et plus particulièrement l'irruption du mouvement poétique connu sous le nom de modernisme, pour qu'en soit reconnue la valeur ou du moins l'intérêt ».

L'intéressante étude de Jean-Michel Wissmer établit comme fil conducteur dans l'œuvre de Sor Juana le thème du sacrifice. « Sacrifice de la femme, sacrifice des pénitentes à l'image de celui du Christ, sacrifices humains chez les Aztèques, sacrifice courtois et amoureux, sacrifice personnel de Sor Juana. Sacrifice véritable ou simulé, religieux ou esthétique, ce mot résonne comme une plainte fascinante, en échos partout répétés. »(16) La première partie de son livre expose le contexte social et intellectuel de la vie de la religieuse à Mexico en cette seconde moitié du 17e siècle. Il y avait alors à Mexico une vingtaine de couvents de femmes ; les parloirs de certains d'entre eux constituaient de véritables salons littéraires. De manière plus générale, des exercices d'écriture étaient imposés aux religieuses ; elles devaient écrire la chronique des couvents, noter leurs élans mystiques ou rapporter les « vidas » (vies) des nonnes les plus remarquables. « Sor Juana a su, avec une habileté extraordinaire, utiliser tous les poncifs et les stéréotypes présents dans les textes de ses sœurs, véritables écrivaines forcées, nous offrant un exemple admirable d'une subversion du discours sacrificiel »(17). Subversion, car elle se sert du discours de la vocation pour l'appliquer non à la vie religieuse, mais au monde des lettres et du savoir.

Jean-Michel Wissmer a mis en exergue à son livre cette phrase de la Religieuse de Diderot : « Je demande à être libre, parce que le sacrifice de ma liberté n'a pas été volontaire ». Il s'explique dans le prologue sur le sous-titre de son livre, Sor Juana Inès de la Cruz ou le scandale de l'écriture : « Son œuvre résume le Siècle d'Or espagnol, sa vie illustre la difficulté d'être femme, une femme intelligente, cultivée, entêtée, osée parfois, se battant pour le savoir et la liberté intellectuelle face à une hiérarchie religieuse qui prône la ‘sainte ignorance'. »(18) Et plus loin : « Une nonne scandaleuse ? Oui, si une religieuse cloîtrée qui ose préférer les livres de sa bibliothèque, les instruments scientifiques et les poèmes d'amour aux cilices et aux flagellations est un scandale. »

Mais il ne faut pas se tromper de lutte. Sor Juana est entrée au couvent parce que c'était pour elle la moins mauvaise des solutions, à partir du moment où elle ne voulait pas tomber sous la coupe d'un mari ; mais elle assume ce choix et elle a la foi, elle n'est pas athée, pas même agnostique. « Son combat pour la liberté ne se situe d'ailleurs pas en dehors de l'Église mais à l'intérieur. Elle est persuadée qu'il existe une place pour des femmes intelligentes et actives au sein même de cette institution... »(19) Et cela même si cela pose problème par rapport à l'état religieux  qui est le sien : « Et finalement, tout renvoie toujours à une seule et même question : quelle est la nature et l'origine de cette passion littéraire et scientifique qui la dévore littéralement ? Son talent est-il un cadeau du Ciel qu'il convient donc de soigner et de faire fructifier, ou est-ce au contraire un châtiment divin ? Et dans ce dernier cas, faut-il le subir comme une pénitence, l'accepter comme une croix, ou s'agit-il de s'en purifier, abandonnant tous les livres pour s'adonner au seul Amour de Dieu ? »(20) On notera que la question ainsi posée dépasse le fait que la personne concernée soit une femme. Sor Juana, répond Wissmer, est persuadée que ses dons lui viennent de Dieu et qu'ils lui sont - pour employer un terme dérivé du vocabulaire théologique -consubstantiels : « J'ai cette disposition. [...] Je suis née avec elle et avec elle il me faudra mourir. »(21)

« Sor Juana fut pleinement consciente du fait que sa condition de femme était la cause, déclarée ou tacite, des censures et des admonestations, souligne Octavio Paz(22). C'est pourquoi elle s'étend, dans la Réponse, sur l'éducation de la femme et énumère les poétesses et femmes écrivains célèbres de l'Antiquité et des Temps modernes. (...) La religieuse incarnait une double et insuportable exception : celle de son sexe et celle de sa supériorité intellectuelle. » Les revendications avancées par Sor Juana en faveur de l'éducation des femmes et son propre exemple l'ont souvent fait considérer au 20e siècle comme un auteur précurseur du féminisme. Cette thèse particulièrement suivie par les chercheurs nord-américains(23) dans le cadre des ‘gender studies' n'est pas infondée, mais elle a ses limites. Maryse Renaud(24) explique comment Sor Juana, tout en exprimant « le malaise d'une femme sensible à la souffrance d'autrui et elle-même confrontée à la rigueur d'une société traditionaliste », ne procède à « aucune remise en cause réelle de l'ordre établi ». Certes, elle se fait « l'écho des tensions internes de la société coloniale » et dénonce les injustices dont sont victimes les Noirs, Indiens et métis : mais elle ne voit point de salut hors du modèle de société chrétienne tel qu'il a été importé au Mexique par les colonisateurs. Maryse Renaud voit à cela plusieurs raisons qui tiennent à la personnalité spécifique de Sor Juana : son besoin d'intégration et de reconnaissance sociale (à rapprocher de son statut de fille naturelle), son tempérament conciliant, sa condition de religieuse qui lui assurait une relative liberté. Il apparaît également à travers les méandres de son écriture une notion récurrente de culpabilité prouvant qu'elle a, « jusqu'à un certain point, intériorisé les interdits sociaux » défendus par ses détracteurs.

Dans ces conditions, pointe Maryse Renaud, l'écriture représente pour Sor Juana une sorte de « mécanisme compensatoire ». Il y a même quelque chose de pré-romantique dans la manière dont elle avoue - dans la Réponse - s'y livrer en suivant « sa propre pente » (su impulso) et être ravie des excès (tout virtuels) auxquels elle est ainsi portée. « L'exaltation, l'exubérance, l'euphorie du propos confirment une fois de plus les velléités d'indépendance, la nature rebelle, passionnée, presque sensuelle de cette religieuse en qui les exigences de la raison n'avaient vraisemblablement pas fait taire celles, moins avouables, du coeur. L'écriture baroque constitue alors, par sa vitalité et ses débordements formellement contrôlés, un mode d'expression particulièrement adapté à l'expression d'une subjectivité condamnée, pour d'évidentes raisons de bienséance, à ne se dire qu'à mots couverts. »(25) C'est aussi, conclut Maryse Renaud, pour avoir « affirmé avec détermination l'euphorie jubilatoire de l'écrire » que Sor Juana mérite d'être saluée comme « une des championnes de la cause féminine. »

Certains - ou plutôt certaines - sont allé(e)s plus loin et, appliquant à la lettre les déclarations enflammées de Sor Juana à ses amies femmes (notamment la marquise de Paredes), ont voulu faire d'elle une icône du lesbianisme. La thèse d'Octavio Paz en la matière reste prudente : il s'en tient à l'amitié amoureuse, hypothèse « qui n'exclut pas nécessairement l'existence de tendances saphiques entre les deux amies », mais « ne les implique pas non plus. » Paz conclut sagement à ne pas statuer faute de preuves et pense toutefois pouvoir affirmer « que leurs relations, bien que passionnées, furent chastes. »(26)

 

Sor Juana Lesbienne ?

« Le personnage historique de Sor Juana Inés de la Cruz, religieuse mexicaine du XVIIe siècle, grande intellectuelle et poétesse, s'impose tout particulièrement dans la littérature lesbienne chicana, pour d'évidentes raisons d'identification et de valorisation. Malgré les dénégations véhémentes des spécialistes, comme son biographe mexicain, un certain Octavio Paz (sic), ou José Carlos Gónzalez Boixo(27), qui expliquent qu'elle était hétérosexuelle même s'il n'en existe aucune preuve, Sor Juana est devenue l'incarnation de la poétesse lesbienne, à cause de ses sonnets brûlants adressés à la vice-reine. Entre artifice littéraire et transgression culturelle, ses poèmes ont permis la création d'une figure à laquelle les auteures lesbiennes chicanas peuvent s'identifier. D'une part parce qu'elle représente une femme cultivée et une créatrice. D'autre part parce qu'en tant que criolla, femme d'origine espagnole née au Mexique, elle peut marcher dans les pas du métis glorifié par José Vasconcelos au début du 20e siècle, ou incarner la métisse décentrée, située aux frontières par Gloria Anzaldúa. De plus, en tant que gloire nationale, la "dixième muse" offre un modèle valorisant. Enfin, par sa vie passionnante, qui a même inspiré un film(28), le personnage de Sor Juana a immanquablement attiré les auteurs et entraîné l'écriture de fictions. Pour Estela Portillo Trambley, dans sa pièce de théâtre, elle n'est pas homosexuelle mais s'ouvre à une forme de conscience sociale. Dans le film de María Luisa Bemberg, elle se place par amour pour la vice-reine comme l'Indienne colonisée, la terre conquise par les Espagnols.

A travers ses nouvelles et son important roman Sor Juana's Second Dream (1999), c'est Alicia Gaspar de Alba(29) qui a le plus travaillé ce personnage singulier et protéiforme. En tant que femme, et comme telle opprimée, son personnage littéraire acquiert une conscience politique. De plus, elle est clairement lesbienne dans la fiction, et l'absence de toute preuve, au lieu d'empêcher les lectures lesbiennes, vient encourager les fictions. Les hypothétiques « Excerpts from the Sapphic Diaries of Sor Juana Inés de la Cruz » sont dits brûlés dans la nouvelle de Gaspar de Alba, mais survivent en tant que texte fictif. Les femmes qui aiment les femmes furent condamnées à ne laisser aucune trace dans l'histoire. Il appartient alors de les deviner et de les reconstituer, quand bien même ce serait pour les rendre en définitive à l'oubli historique. Là encore, la figure ambiguë de Sor Juana vient déplacer les limites de l'identité chicana lesbienne, pour renouveler la reconnaissance des pouvoirs de la fiction.

(Extrait d'un article de Samuel Minne sur le site Fabula(30))

 

Le livre d'Octavio Paz déjà cité, Sor Juana Inés de la Cruz ou les pièges de la foi, est à la fois une biographie et une étude approfondie de l'œuvre de la religieuse mexicaine. Particulièrement touffu (plus de 600 pages en petits caractères...) et détaillé, il décortique savamment les mécanismes de l'écriture et ceux de la casuistique, les dédales du sentiment amoureux sublimé par le prisme baroque et ceux de l'esprit en quête d'un impossible idéal de connaissance. Pour écrire ce livre, le poète s'est fait historien, mais il n'a pas laissé sa sensibilité poétique au vestiaire et cela nous vaut des pages superbes. Petit exemple :

« La double série emblématique [NDLR : constituée par la collection et la bibliothèque de Sor Juana] se dédouble vers le dehors ou se replie sur elle-même. L'écho pénètre dans la conque jusqu'à devenir silence ou se disperse dans la trompette ; il devient renommée, mais aussi, sous ses formes perverses, rumeur et médisance ; ou il s'élève et se transforme en hymne : la musique est une sorte de ciel étoilé que nous ne voyons pas, mais que nous entendons. Le reflet s'immobilise dans le portrait, se dissipe dans l'image du miroir, se réfracte dans la lentille, entre par une fente, s'étale sur le sol, monte et se rassemble dans l'ordre mystérieux des constellations, musique silencieuse que nous n'entendons pas, mais que nous voyons. Le mouvement de repli et d'expansion - double rythme qui régit sa vie et son œuvre, sa parole et son silence, son élévation et sa chute finale - se manifeste dans la collection et dans la bibliothèque. Dans la première, l'intérieur s'extériorise ; dans la seconde, l'intimité s'ouvre sur le dehors. La bibliothèque correspond au ciel ; la collection à la conque. »(31)

L'ouvrage d'Octavio Paz est particulièrement documenté et convaincant en ce qui concerne deux notions majeures : d'une part, ce que l'œuvre de Sor Juana doit à son époque, à son environnement, à tout le contexte intellectuel de la Nouvelle-Espagne (en quoi elle y adhère et en quoi elle le dépasse) ; d'autre part, ce qui chez elle appartient, via la Renaissance encore proche, à une tradition néoplatonicienne qui imprègne à la fois ses idées et ses formes d'expression. « Bien que sa forme soit celle de la poésie cultiste(32), note Paz(33), la filiation de Primero Sueño est dans la tradition du voyage de l'âme selon l'hermétisme antique redécouvert par la Renaissance. Ce n'est pas non plus une prophétie de la poésie des Lumières, mais de la poésie moderne qui gravite autour de ce paradoxe, noyau du poème : la révélation de la non-révélation. En ce sens, Primero Sueño ressemble au Cimetière marin et, dans le domaine espagnol, à Muerte sin fin (Mort sans fin)(34) et à Altazor(35). Mais il ressemble surtout à l'œuvre où toute cette poésie se résume : Un coup de dés. Le poème de Sor Juana inaugure une forme poétique qui s'inscrit au centre même de l'âge moderne ; plus exactement, qui constitue la tradition poétique dans sa forme la plus radicale et la plus extrême : juste au pôle opposé de la Divine Comédie. »
 


C'est ainsi que, comme l'écrit JM Wissmer(36), « Sor Juana est devenue - ou redevenue - une icône du Mexique moderne, un peu comme Frida Kahlo. [...] Pour le meilleur et pour le pire : vous la trouverez sur les timbres, sur les billets de banque, bientôt sans doute dans la publicité et sur les tee-shirts. Une telenovela inspirée de sa vie se prépare, un opéra aussi. Qui aurait imaginé un tel retour du Phénix de Mexico ? »

Etrange destin en effet, et qui nous rappelle à quel point, bien souvent, la figure du poète, devenue emblématique, peut devenir un objet si éloigné de son origine -  voir en France l'exemple de Rimbaud... - qu'il ne nous reste plus, pour le retrouver, qu'à tenter de le relire, même avec des yeux qui ne peuvent plus être neufs.
 

 

Annexes

 

Un sonnet de Sor Juana Inés de la Cruz

  • Qui contient une fantaisie contente avec un amour décent(37)

Arrête-toi, ombre de mon bien cruel,
image du sortilège que je préfère,
belle illusion pour qui je meurs joyeuse,
douce fiction pour qui je vis en peine.

Si à l'aimant tout puissant de tes grâces
ma poitrine sert d'obéissant acier,
pourquoi me parler d'amour flatteur
si après tu dois fugitif me tromper ?

Mais tu ne peux pas tirer gloire, satisfait,
de ce que triomphe en moi ta tyrannie :
car même si tu défaisais le lien étroit

qui ceignait ta forme fantastique,
peu importe échapper aux bras et poitrine
si mon imagination te forge une prison.

(Traduit par Frédéric Magne, Editions La Délirante)


Bibliographie

  • Œuvres traduites en français :
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Poèmes d'amour et de discrétion, trad. Fr. Magne, Paris, La Délirante, 1987.
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Le divin Narcisse, précédé de Premier songe, et autres textes, trad. Fr. Magne, Fl. Delay, J. Roubaud, préf. O. Paz, Paris, Gallimard, 1987.
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Écrits profanes : un choix de textes, prés. et trad. Émile Martel, Trois Rivières, Écrits des Forges, « Le Temps premier », 1996 [épuisé].
- Une série de poèmes de Sor Juana Inés de la Cruz figure dans l'Anthologie de la poésie mexicaine bilingue parue chez Nagel (1952) dans une traduction de Guy Lévis Mano. Choix, commentaires et introduction d'Octavio Paz.
- Un extrait de Premier Songe est paru dans le numéro 7 de la revue Nulle Part (octobre 1986), dans deux versions de Bernard Sesé, une en vers et une en prose (éditions Cahiers des Brisants).
  • Œuvres (en espagnol et en anglais) :
SOR JUANA DE LA CRUZ, A Sor Juana Anthology, trans. A. S. Trueblood, Cambridge, Harvard University Press, 1988. 
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Sister Sor Juana's Dream, trans, intro and comm. L. Harss, New York, Lumen Books. 1986. 
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Autos sacramentales de sor Juana Inés de la Cruz, Mexico, Universidad Nacional Autonoma de Mexico, 1972.
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Amor, ausencia, celos, Guadalajara, 1951.
JUANA INÈS DE LA CRUZ, Inundacion castalida, Madrid, Castalia, 1982.
A. MENDEZ PLANCARTE (ed.), Obras completes de Sor Juana Inés de la Cruz, Mexico, Fondo de Cultura Economical, 1951-1957.
  • Travaux critiques pour une première approche : 
BÉNASSY-BERLING, Marie-Cécile : Humanisme et religion chez Sor Juana Inès de la Cruz : la femme et la culture au XVIIe siècle, Paris, Éd. Hispaniques, Publications de la Sorbonne. Série histoire moderne, I, 1982. 
PAZ, Octavio : Sor Juana Inès de la Cruz ou Les pièges de la foi, trad. R. Munier, Paris, Gallimard, Bibliothèque des idées, 1987.
WISSMER, Jean-Michel : La religieuse mexicaine : Sor Juana Inés de la Cruz ou Le scandale de l'écriture, Genève, Métropolis, Histoire des femmes, 2000.
  • Compléments :
CAMPOAMOR, C. : Sor Juana Inés de la Cruz, Madrid, Jucar, 1984.
FLYNN, G. : Sor Juana Inés De La Cruz, New York, Twayne Publishers, 1971.
MORANA, Mabel :  Le discours baroque dans l'Amérique espagnole coloniale : voyage vers le silence, avant-propos Bernard Lavallé, Paris, L'Harmattan, 2006.
PEDEN, M. S. : A Woman of Genius : the intellectual autobiography of Sor Juana Inés de la Cruz, Salisbury, Conn., Lime Rock Press, 1982.
PICARD, Robert : Une poétesse mexicaine du XVIIe siècle : Sor Juana Inés de la Cruz, Paris, Centre de documentation universitaire, 1954.
WISSMER, Jean-Michel : Emmenez-moi à l'Ange ! : un journal mexicain, Paris, Bartillat, 2006.
  • Sources biographiques de l'article :
Wikipedia et Encyclopedia Britannica
  • Sites Internet :
en espagnol : http://www.cervantesvirtual.com/bib_autor/sorjuana/
en anglais : http://www.latin-american.cam.ac.uk/culture/SorJuana/
Voir aussi le « Sor Juana Inés de la Cruz Project » sponsorisé par le Département d'Espagnol et de Portugais du Dartmouth College, Hanover, New Hampshire : http://www.dartmouth.edu/~sorjuana/

 

 

Notes

(1) Comment et pourquoi l'évêque de Puebla avait choisi un pseudonyme féminin, c'est ce qu'explique Octavio Paz dans sa biographie, Sor Juana Inès de la Cruz ou les pièges de la foi, Gallimard, 1987.
(2) La Réponse ne sera publiée qu'en 1700, après la mort de Sor Juana ; mais Paz pense que ce texte a dû circuler en manuscrit du vivant de son auteur.
(3) Luisa Ballesteros Rosas, La femme écrivain dans la société latino-américaine, L'Harmattan, 1994 - p 18
(4) Jean-Michel Wissmer fait état (pp 138-139) dans son livre La religieuse mexicaine : Sor Juana Inés de la Cruz ou le scandale de l'écriture, d'un « coup de théâtre » survenu trois siècles plus tard : en 1995, lors d'un congrès tenu à l'Universidad del Claustro de Sor Juana, deux historiens, Elias Trabulse et Teresa Castello Iturbide, annoncent la découverte de nouveaux documents permettant de penser que Sor Juana avait pu, après le procès, reconstituer une partie de sa bibliothèque et reprendre ses travaux d'écriture.
(5) Paz, op. cit.  p 574
(6) L'édition moderne de ses œuvres complètes faisant autorité, publiée par Alfonso Méndez Plancarte et Alberto G. Salceda, comprend quatre gros volumes.
(7) Wissmer, op. cit. p 18
(8) Texte en espagnol disponible en ligne sur http://members.tripod.com/Heron5/sor2.htm
(9) Préface au Divin Narcisse de Sor Juana Inés de la Cruz, p 18
(10) Wissmer p 59
(11) Paz, op. cit., p 524
(12) Sor Juana Inés de la Cruz, Réponse à Sor Filotea de la Cruz, publiée dans les textes faisant suite au Divin Narcisse, Gallimard, 1987
(13) Wissmer, op. cit.  p 62
(14) Paz, op. cit.  p 592
(15) Dans son article Sor Juana Inés de la Cruz : américanité et féminisme (1994), disponible sur le site de l'Association lacanienne internationale : http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?id_article=00199
(16) Wissmer, op. cit. p 148
(17) Wissmer, op. cit. p 38
(18) Wissmer, op. cit. p 12
(19) Wissmer, op. cit. p 49
(20) Wissmer, op. cit. p 54
(21) Sor Juana Inés de la Cruz, Carta de Monterrey, p 623
(22) Paz, op. cit. p 596
(23) Voir notamment le livre de Pamela Kirk : Sor Juana Inés de la Cruz - Religion, Art and Feminism, éditions Continuum, New York, 1998
(24) Maryse Renaud, article précité
(25) Maryse Renaud, article précité
(26) Paz, op. cit. p 278
(27) Auteur de l'introduction à Sor Juana Inés de la Cruz, Poesía Lírica, Madrid, Cátedra Letras Hispánicas, 2003
(28) María Luisa Bemberg, Yo, la peor de todas, GEA Cinematografica, First Run /Icarus Films, 1990
(29) Professeur et responsable du département des études « chicanas » à l'UCLA, auteur du roman de Sor Juana's Second Dream  (University of New Mexico Press, 1999)
(30) Article consacré au livre de Catrióna Rueda Esquibel : With Her Machete in Her Hand : Reading Chicana Lesbians (« la machette à la main : lire les lesbiennes chicanas ») - Austin, University of Texas Press, 2006. Disponible sur le site Fabula : http://www.fabula.org/revue/document1298.php
(31) Paz, op. cit. p 311
(32) « Le gongorisme, appelé aussi cultisme, cultorisme ou cultéranisme, désigne l'affectation particulière de pensée et de style dont les poètes espagnols du commencement et du milieu du 17e siècle chargèrent leurs ouvrages, à l'imitation de Góngora y Argote, leur maître, le propagateur plus que l'inventeur du cultisme dont il avait trouvé les premiers modèles dans Sotomayor qui, lui-même, avait pris ses modèles chez les concettistes italiens. » Sur ce point, voir Imago Mundi, http://www.cosmovisions.com/Gongora.htm
(33) Paz, op. cit. p 483
(34) Poème de José Gorostiza. Texte disponible (en espagnol) sur ce site : http://www.poesia-inter.net/jgo39b020.htm
(35) Poème de Vicente Huidobro. Texte disponible sur le même site.
(36) Wissmer, op. cit. p 149
(37) JM Wissmer signale qu'il parait établi que les épigraphes de ces poèmes ne sont pas de Sor Juana.

 

 

Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /Mai /2008 11:45
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Commentaires

« Il faut s’entraider, c’est la loi de la Nature. » Jean de la Fontaine « Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de « Bateau-livre » n'ait dissipé. » Anonyme. Reçu hier cette lettre de Frédéric Ferney animateur du « Bateau–Livre » Sur France 5. Je vous laisse juge de réagir et surtout de soutenir cette belle cause.... N'hésitez pas à laisser vos commentaires et vos messages de soutien que nous ferons parvenir à Frédéric FERNEY. Une émission littéraire qui disparaît, contrairement au train, n'en cache pas forcément une autre. Alors restons vigilants et continuons de soutenir ceux qui donnent envie de lire ailleurs que sur les autoroutes culturelles... MERCI DE RELAYER L’INFORMATION ET DE LAISSER UN MESSAGE SUR CE BLOG : http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites Votre dévoué, Eric Poindron * ** Paris, le 4 juin 2008 Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy, La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée. Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre. Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables. La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi, moi qui n’ai pas voté pour vous, j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ». Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du ''people''. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen. Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ». Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Cela signifie qu’on est prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président. Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ? En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect. Frédéric Ferney P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF. * ** POUR EN APPRENDRE D’AVANTAGE, MERCI DE LAISSER UN MESSAGE DE SOUTIEN SUR LE BLOG DE ERIC POINDRON http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites
Commentaire n°1 posté par Eric Poindron le 11/06/2008 à 15h13
petit coucou de passage
Commentaire n°2 posté par Aubin Teo le 22/07/2008 à 21h21
Bivouac littéraire sur http://poetaille.over-blog.fr Venez comme vous êtes !
Commentaire n°3 posté par Gérard le 17/11/2008 à 14h26
Merci pour cet article : une découverte (certes un peu tardive)de cette femme lettrée.
Commentaire n°4 posté par Ellise le 29/05/2009 à 10h56
Bonjour à vous tous

Super le nouveau portail

Vous avez tous fait un super travail BRAVO

Location Villa Marrakech
Commentaire n°5 posté par LOCATION VILLA MARRAKECH le 02/09/2009 à 15h26
Bonjour messieurs-dames de chez Castalie. Voilà, je me posais une question toute simple : Quand allez-vous reprendre activité ? Merci.
Commentaire n°6 posté par Letellier le 07/12/2009 à 16h30
je suis moi aussi extrêmement impatient de vous voir continuer...
cela arrivera t il ?

merci en tous les cas pour votre initiative !
Commentaire n°7 posté par Benjamin le 09/05/2010 à 15h59
Une nouvelle série BD sympathique et familiale à découvrir ? ici si vous voulez, bien sûr.

http://lemondedekoulou.over-blog.com/article-19017851.html

ce que d'autres en ont pensé avant vous

http://lemondedekoulou.over-blog.com/pages/Titus_tome_1_Ils_en_ont_parle-489639.html


Bonne journée.
Commentaire n°8 posté par Koulou le 03/06/2010 à 23h03
J adore le Mexique de ces années
Commentaire n°9 posté par gerovital le 08/01/2011 à 17h22
Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-25: SCIENCE INCONNUE ?

SCIENCE DE L'AVENIR !

Cordialement

Clovis Simard
Commentaire n°10 posté par clovis simard le 15/02/2011 à 20h40
La Compagnie Tequio Mexico joue actuellement à Paris une pièce sur Sor Juana.
Présentation et réservation ici: http://www.billetreduc.com/66014/evt.htm
Une belle création et deux comédiennes incroyables!
Commentaire n°11 posté par LesAteliersdAline le 16/03/2012 à 11h55
C'est une très belle œuvre. Bravo à l'auteur. C'était une très bonne idée de l'avoir partagé!
Commentaire n°12 posté par Nue de Jean-Louis Toussaint le 17/10/2013 à 13h14
Hé bien, quel article ! Riche en merveilleux contenu parfaitement accessible, en bibliographie et en notes... Je suis juste époustouflée...
Commentaire n°13 posté par massage le 21/01/2014 à 18h15

{épigraphe}





 

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