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Par Jonathan
Ordres, coteries, sociétés, clubs... Ils évoquent des salles lambrissées, où de vieux messieurs fument le cigare dans la quiétude d'un cercle privé. L'accès restreint est synonyme de tranquillité et de la communauté d'intérêts ou de rangs qui les unissent : les clubs de cigares, de bridge, d'échecs...

Quelque soit leur nom, ces réunions instituées puisent à la source de longue tradition historique. Certaines, d'inspiration légère ou prenant volontairement à contre-pied les convenances, ont pu même être élevées en distinction royale et réputée.

L'ordre de la Jarretière, par exemple, le plus ancien ordre de chevalerie qui subsiste encore de nos jours, a été fondé en 1348, dont la devise bien connue est : « honi soit qui mal y pense. »
Il en est de ces sociétés comme des modes qui passent aussi vite qu'elles ont été créées. Certaines, très anciennes, méconnues ou oubliées, ont des accents insolites, et témoignent cependant que - de tout temps - l'humour a été pris très au sérieux. Deux exemples pour le premier volet d'une série qui leur est consacrée.

  • Le Club du Silence (XVIIe s.)
« Vers la fin du dix septième siècle il se forma à Londres un club du Silence »
« La loi fondamentale était de n'y jamais ouvrir la bouche. Le président était sourd et muet comme les autres. Ils parlaient uniquement avec les doigts, et encore n'étaient ils permis de déployer celle éloquence mécanique que fort rarement et dans les occasions importantes.
« Après la fameuse journée d'Hochstedt [NDLR : pendant la guerre de la succession d'Espagne, ouverte en 1701, la bataille d'Hochstedt est un épisode de défaite pour les armées de Louis XIV], un membre transporté de patriotisme osa annoncer de vive voix la nouvelle de cette victoire. Aussitôt, il fut renvoyé à la pluralité des suffrages qui selon l'usage de l'ancienne Rome se donnaient en pliant les pouces en arrière. »


  • L'Ordre de la Mouche à Miel (XVIIIe s.)
Cet ordre institué le 11 juin 1703, figurait au nombre des amusements de la petite cour formée à Sceaux par la « piquante » duchesse du Maine, qui en choisi le nom du fait de sa réputation de « fine mouche ».
Cette société avait clairement pour vocation à parodier les grands Ordres de Chevalerie. En tout, une quarantaine de ses courtisans, essentiellement des gens de lettres et des savants en ont été les fidèles chevaliers (Mme de Stael, Voltaire, Fontenelle...), qui se livrèrent aux caprices et jeux d'esprit imposés.

Signe d'appartenance, une médaille de l'ordre fut même conçue devant être portée sur l'habit. Elle est encore très recherchée aujourd'hui parmi les collectionneurs. A l'endroit, gravée de la tête de la duchesse du Maine, et dans le champ du revers, une abeille se dirige vers une ruche avec la devise Piccolti ma fa pur gravi le ferite - « petite mais elle fait de profondes blessures»
L'aspirant chevalier de cet ordre prononce un serment de 7 vœux, tous plus incongrus les uns que les autres, mais non sans y sous-entendre à chaque fois une soumission toujours plus complète à la Dictatrice. « Il n'y a ici ni madame du Maine ni Altesse, il y a la belle fée Ludovise, la reine des Abeilles, à laquelle chacun doit obéir aveuglément. » (Le Chevalier d'Harmental, Alexandre Dumas)

Extraits du serment :
  • Art 2. « Vous jurez de vous trouver dans le palais enchanté de Sceaux [...] sans même que vous puissiez vous excuser sous prétexte de quelque incommodité légère comme goutte, excès de pituite ou gale de Bourgogne »
  • Art. 3. « Vous jurez [...] de ne point quitter la danse si cela vous est ainsi ordonné que vos habits ne soient percés de sueur et que l'écume ne vous en vienne à la bouche »
La duchesse du Maine imposait à tous ses courtisans une loi sévère : celle de ne pouvoir la quitter sans sa permission qu'elle n'accordait pas toujours d'ailleurs. Parfois, les punitions étaient distribuées.

Voltaire, condamné à faire une énigme pour racheter un gage, improvisa celle-ci, la meilleure peut-être qu'on connaisse :
Cinq voyelles une consonne
En français composent mon nom
Et je porte sur ma personne
De quoi l'écrire sans crayon*


(*oiseau)





Sources : Ludovic Lalanne, Alexandre Dumas, De Arthur Martin Dinaux
Pour l'épisode romancé par Dumas du serment de l'Ordre de la Mouche à Miel :
http://www.dumaspere.com/pages/biblio/chapitre.php?lid=r11&cid=25


Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 03:54
- Publié dans : Ab Absurdo - Ecrire un commentaire
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