Notre système d’écriture est-il trop limité ? Depuis l’invention de l’alphabet, tous les mots s’écrivent avec 26 lettres et les textes s’articulent au moyen des signes qui le ponctue : point,
virgule… Cependant, beaucoup estiment que cet attirail millénaire est encore insuffisant pour bien écrire !
Comment supprimer l’équivoque des phrases quand elles parlent des sentiments subtils comme l’amour, l’indignation, l’ironie, etc. ? Comment être sûr que le lecteur saisisse bien le sens
authentique, celui voulu par l’auteur ? Combien d’accidents de contresens pourraient être évités chaque année au moyen d’une ponctuation plus précise ?
A l’époque où le monde se mobilise pour sauver le point-virgule (cf. Fuligineuse dans
Le point-virgule, le retour !), il n’est pas inutile de rappeler que des écrivains, des inventeurs, ont proposé de repousser les limites de l’expression écrite, en imaginant
des signes – des points – qui traduisent d’utiles intonations, et, plus généralement, connotent plus précisément les émotions qui doivent passer, de gré ou de force, dans la moulinette du
texte.
La recherche fondamentale en ponctuation
Baptisés « points d’intonation », ces symboles inventés attendent encore d’être officialisés, pour venir grossir les rangs de la palette typographique :
Le

point de doute. Ex. « Je me
demande si elle viendra

».
Le point de certitude

. Ex. « Je crois en
Dieu

».
Le point d’acclamation

. Ex. «
Vive Untel

».
Le point d’amour

. Ex. « Ah, je l’aime

»
Le point d’autorité

« très utile pour
commander…» (5 propositions par Hervé Bazin, 1966)
Le point d’indignation

. La réponse de
Raymond Queneau à son auto-questionnement : comment marquer l’indignation autrement ?
La rumeur colporte que pour le point d’humour, les recherches sont toujours en cours… qui saura trouver un symbole bien représentatif ?
Le plus attendu : le point d'ironie
Dans les laboratoires des points à créer, le point d’ironie est celui qui a suscité le plus de versions, et sans doute le plus attendu… puisque 4 formes sont déjà proposées, pas moins
:
Le premier à en proposer une représentation est Marcel Bernhardt (né en 1868, pseud. Alcanter de Brahm) qui eut une vie littéraire éclectique et finit sa brillante carrière comme conservateur du
musée Carnavalet. Son point a, en gros, la forme d’un point d’interrogation retourné, dont la boucle serait inclinée :
Pour Hervé Bazin, la lettre grecque l’inspire :

- Psi. « Ps… son de la flèche qui vole… quoi de meilleur pour exprimer l’ironie ? »
L’utilité de ce point ne fait pas beaucoup de contestation. Qui n’a pas ressenti le besoin un jour ou l’autre de faire signe au lecteur : attention, cette phrase n’est pas à prendre au premier
degré ! Dans ces cas, l’utilisation de ce point aurait été d’une grande aide pour lever toute ambiguïté dans la tournure de l’ironie.
Mais à ce jour, sous quelque forme que ce soit, le point d’ironie n’a malheureusement pas rencontré le succès escompté. A part ses créateurs, pas d’utilisation recensée dans la littérature.
Pourtant, il connut quand même un certain succès. Une grande marque de mode dans les années 1990 en fit un symbole pour sa campagne de communication, qui lui donna de ce fait une nouvelle vie, même
s’il ne s’agit que d’ornement et de marketing.
Et selon vous, quel symbole pour quelle subtile intonation vous paraîtrait le plus urgent à créer ?
Source : Jean-Pierre COLIGNON,
Un point c’est tout ! La ponctuation efficace, troisième édition (collection Métier journaliste,
Victoires-Éditions, 2004)
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