La leçon de l’abbé libertin

par Jonathan 30 Mars 2008, 23:00 Res Orbis

La leçon de l’abbé libertin
Sans doute conduit à l'état ecclésiastique plus par son statut de cadet de la famille que par choix personnel Gabriel-Charles de Lattaignant a cultivé sa vie durant le paradoxe de ses fonctions religieuses et de ses expressions de libertins.
 
Sa réputation lui vint de ses vers et de ses airs largement repris par ses pairs, qui le firent reconnaître rapidement comme « grand chansonnier »  dans les milieux aisés où il était amusant de le recevoir et dans les cabarets où il avait la réputation d’y finir ses journées.
 
« J’ai du bon tabac », comptine enfantine, a été reprise et complétée par l’abbé en un épigramme du comte indélicat Monsieur de Clermont-Tonnerre, qui figure le jeu des moqueries et traits d’esprits des libres penseurs.
 
Si le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, un libre penseur dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l'éthique religieuse, l’abbé de Lattaignant représente à lui seul le paradoxe de ce mouvement naissant au XVIIIe siècle.


Esprit fin et potache, il se joue des règles imposées par son statut, tout en sachant contourner à son avantage les contraintes de sa classe et de son ministère.

Ses poésies galantes sont en fait une évocation de l'amour sans en prononcer le mot. Son poème le plus répandu "Le mot et la chose" est un bel exemple de métalepse. Cette figure de style consiste en un transfert de signification. Du grec metalepsis, changement, échange.

 

 

Le mot et la chose

 

 
Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a dit souvent le mot,
On vous a souvent fait la chose.
Ainsi, de la chose et du mot
Pouvez-vous dire quelque chose.
Et je gagerai que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose !

Pour moi, voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose.
J'avouerai que j'aime le mot,
J'avouerai que j'aime la chose.
Mais, c'est la chose avec le mot
Et c'est le mot avec la chose ;
Autrement, la chose et le mot
À mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même, en faveur du mot,
Pouvoir ajouter quelque chose,
Une chose qui donne au mot
Tout l'avantage sur la chose :
C'est qu'on peut dire encor le mot
Alors qu'on ne peut plus la chose...
Et, si peu que vaille le mot,
Enfin, c'est toujours quelque chose !

De là, je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose,
Que l'on doit n'ajouter un mot
Qu'autant que l'on peut quelque chose
Et que, pour le temps où le mot
Viendra seul, hélas, sans la chose,
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose !

Pour vous, je crois qu'avec le mot
Vous voyez toujours autre chose :
Vous dites si gaiement le mot,
Vous méritez si bien la chose,
Que, pour vous, la chose et le mot
Doivent être la même chose...
Et, vous n'avez pas dit le mot,
Qu'on est déjà prêt à la chose.

Mais, quand je vous dit que le mot
Vaut pour moi bien plus que la chose
Vous devez me croire, à ce mot,
Bien peu connaisseur en la chose !
Eh bien, voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose :
Madame, passez-moi le mot...
Et je vous passerai la chose !
 
Abbé de Lattaignant


Plus d’informations sur Wikipédia


 

commentaires

fuligineuse 01/04/2008 13:00

Voilà un abbé bien sympathique. Et je suis ravie d'avoir été exaucée.
Je souhaite également (je pense à une pétition...) que les Castaliens disposent de davantage de temps libre pour s'adonner au blogging (on pourrait envisager des dispositions analogues à celles des délégués syndicaux ?)

Spirit Of Boz 31/03/2008 22:17

Qui a dit que "chose" était un vilain mot ? Voici la preuve imagée (et lettrée) que l'on peut faire de l'esprit, sinon de la poésie, avec ce terme si imprécis, vague et ouvert qu'il laisse vagabonder notre imagination...

isis bi 31/03/2008 12:31

merci j'ai été ravie, puis je l'utiliser pour illustrer mon site de sculpture ?allez je me permet si vous voulez je vous site aussi en lien vers votre blog ? 

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