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Par Alexandre

« [...] N'avez-vous jamais été au numéro 145 de la rue Lafayette?
 — J'avoue que non.
 — Un peu hors de portée, entre la gare de l'Est et la gare du Nord. Un édifice d'abord indiscernable. Seulement si vous l'observez mieux, vous vous rendez compte que les portes semblent en bois mais sont en fer peint, et que les fenêtres donnent sur des pièces inhabitées depuis des siècles. Jamais une lumière. Mais les gens passent et ne savent pas.
 — Ne savent pas quoi?
 — Que c'est une fausse maison. C'est une façade, une enveloppe sans toit, sans rien à l'intérieur. Vide. Ce n'est que l'orifice d'une cheminée. Elle sert à l'aération ou à évacuer les émanations du RER. Et quand vous le comprenez, vous avez l'impression d'être devant la gueule des Enfers; et que seulement si vous pouviez pénétrer dans ces murs, vous auriez accès au Paris souterrain. Il m'est arrivé de passer des heures et des heures devant ces portes qui masquent la porte des portes, la station de départ pour le voyage au centre de la terre. Pourquoi croyez-vous qu'ils ont fait ça?
 — Pour aérer le métro, vous avez dit.
 — Les bouches d'aération suffisaient. Non, c'est devant ces souterrains que je commence à avoir des soupçons. Me comprenez-vous?

En parlant de l'obscurité il paraissait s'illuminer. Je lui demandai pourquoi il soupçonnait les souterrains.
 — Mais parce qu'on y trouve les Seigneurs du Monde, ils ne peuvent qu'être dans le sous-sol voilà une vérité que tous devinent mais que peu osent exprimer. Le seul, sans doute, qui se soit enhardi à le dire en toutes lettres a été Saint-Yves d'Alveydre. Vous connaissez?

Peut-être l'avais-je entendu nommer par l'un ou l'autre des diaboliques, mais mes souvenirs étaient imprécis.
 — C'est celui qui nous a parlé d'Agarttha, le siège souterrain du Roi du Monde, le centre occulte de la Synarchie, dit Salon. Il n'a pas eu peur, il se sentait sûr de lui. Mais tous ceux qui l'ont publiquement suivi ont été éliminés, parce qu'ils en savaient trop. »

(Photo prise à Paris, rue La Fayette, le 12 mars 2005)

(Umberto ECO, Le Pendule de Foucault, 1988)

Samedi 12 mars 2005 6 12 /03 /Mars /2005 00:00
- Publié dans : Res Orbis - Ecrire un commentaire
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Commentaires

c'est vrai cette histoire? Si ça vous chante, on y va en groupe un soir, et on essai une intrusion?
Commentaire n°1 posté par Fred le 12/03/2005 à 23h33
Je découvre par hasard; ça me plaît. Je reviendrai.
Commentaire n°2 posté par Kate le 13/03/2005 à 01h49
Well well well... quelqu'un habite à Paris ? Je suis en province, mais si je monte j'irai bien voir, avec une amie ! ^_^

Au pire dans quelques semaines ou mois verra t'on dans les journaux, en gros titre "Un groupe de fous démolissent une façade en hurlant que derrière se cachent l'entrée des Enfers"...

Amicalement,
Carnelov
Commentaire n°3 posté par Carnelov le 13/03/2005 à 20h45
Heu... et juste comme ça... on dit pas Les Enfers, et non pas l'Enfer ? Je me pose la question...
Commentaire n°4 posté par Carnelov le 13/03/2005 à 20h46
Cela dépend si on fait allusion à l'Enfer en tant que lieu (ou concept) ou si l'on y fait référence aux Cercles qui le composent. Les différents Enfers tels qu'ils ont été démocratisés par Dante. D'ailleurs, il en décrit plusieurs, mais parle aussi de l'Enfer pour les englober tous.
Commentaire n°5 posté par Alexandre le 13/03/2005 à 20h59
Mon curé m'apprenait qu'on disait "Les enfers" et "le Paradis" ! Et je suis pas sûr que ça soit un fan de Dante... (enfin... qui sait ?)

C'était un brave extrêmiste ^_^

Amicalement,
Carnelov
Commentaire n°6 posté par Carnelov le 14/03/2005 à 00h51
ma curiosité l'a emporté, merci!
Commentaire n°7 posté par celine le 26/03/2005 à 13h16

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