
Bien peu de gens connaissent aujourd'hui les
noms de Paul Otlet et Henri La Fontaine, ainsi que les mots de
Palais Mondial, de
Mundaneum ou de
Cité Mondiale. C'est comme si cette fascinante utopie avait disparu sans
laisser de traces. L'aventure dura pourtant plus d'un demi-siècle, mobilisant des énergies considérables et suscitant le concours de personnalités prestigieuses.
Henri La Fontaine et Paul Otlet ont le goût des sciences et peut-être plus encore l’envie de prendre part au cours de l’Histoire. Pacifistes et internationalistes convaincus, ces deux juristes vont
se lier d’amitié et joindre leur destin au travers d’un vaste projet aux ramifications multiples : Le Mundaneum. Le projet visait à rassembler l’ensemble des connaissances du monde et à les classer
selon le système de Classification Décimale Universelle (CDU) qu’ils avaient mis au point.
A cette époque, les journaux et les hommes sont entraînés par le rythme des découvertes de la science chargée de promesses incomparables. Les besoins de recenser et rationaliser les données du
monde les poussent à agir. Ils inventent un système bibliographique en 1895, sous le patronage du Gouvernement Belge. En 1925, le « Palais Mondial-Mundaneum » est né. Sorte d’encyclopédie en trois
dimensions, le Mundaneum est un musée d’un genre particulier, un « musée de l’humanité technique et scientifique » conçu dans une perspective internationaliste. En tout, pendant plus de 40 ans, ils
oeuvreront à tout collationner, sans relâche et de plus en plus pressés.
Pourtant, cette folle utopie se solde par un échec sans doute inévitable. A cette époque, Paul Otlet prend connaissance du projet de Cité Mondiale initié par Andersen. Il se réapproprie alors
l’idée et propose à Le Corbusier d’en être l’architecte. Utopie par excellence, la Cité ne sera finalement jamais réalisée, et finalement le projet sera mis entre parenthèse pendant de longues
années. Le Mundaneum renaît en 1998, après une profonde rénovation et son ouverture au public, via une salle d’exposition dont la scénographie a été réalisée par François Schuiten et Benoît
Peeters, célèbres auteurs de bandes dessinées dont l’univers surréel fait écho à ce projet titanesque.
Phénomène complexe aux ramifications innombrables, le projet du Mundanéum a des implications historiques et philosophiques, littéraires et esthétiques, informatiques et architecturales. À travers
le rôle joué par Hendrik Andersen et Le Corbusier, elle constitue une page importante de l'urbanisme moderne. Construit dans les années trente par l'architecte Vleugels, le bâtiment a été conçu
dans un style art Déco. L’objectif de la Cité était de rassembler, à un degré mondial, les grandes institutions du travail intellectuel : bibliothèque, musée et université.
Ajourd’hui, le Mundaneum est un centre d'archives composé de vastes collections documentaires telles que la presse, les affiches, les cartes postales ou encore des plaques de verre (Musée
International de la Presse, le Répertoire Iconographique Universel, le Répertoire Universel de Documentation). L'originalité du Mundaneum réside dans la conservation de fonds d'archives liés à des
mouvements d'idées pacifistes, socialistes pour mener notre société à une réelle pratique démocratique. Au tournant du XXème siècle, ces idées évoluent vers le féminisme, l'anarchie, l'objection de
conscience.
En tout, le fond documentaire du musée représente quelques 6 km de documents amassés. « Il y a quelque chose de pathétique dans ces 260 meubles fichiers, ces 12 millions de fiches toutes du même
format, dont certaines évoquent des Bibliothèques Impériales de Pékin ou Saint-Petersbourg disparues depuis des lustres, dans des langues innombrables et des écritures de plus en plus hâtives qui
tentent de rattraper le temps perdu... » Benoît Peeters.
Bibliographie :
L'homme qui voulait classer le monde, Paul Otlet et le Mundaneum (Biographie Réflexions faites), de Françoise Levie (Les Impressions nouvelles)
Localisation :
Mundaneum - Centre d'Archives de la Communauté française
76, rue de Nimy - 7000 Mons
Province du Hainaut - Wallonie - Belgique
Système de Classification Décimale Universelle (CDU)
La CDU, ou Classification Décimale Universelle, inspirée de la Decimal Classification (DC) de l’Américain Dewey, a été imaginée par Otlet et La Fontaine pour répondre de manière plus adéquate au
problème complexe du classement des documents.
En effet, alors que le bibliothécaire américain avait introduit en 1874 sa méthode de classement en la basant sur une division des connaissances en dix classes, Otlet et La Fontaine enrichissent le
système par l’adjonction de sous-classes et de signes destinés à affiner les possibilités descriptives pour classer et répertorier les documents.
Ainsi, un ouvrage consacré aux socialistes néerlandophones du Hainaut entre 1885 et 1960 a comme cote :
- dans la DC : 335.493
- dans la CDU : 335.52 (493.5) ( =393.2) "1885-1960", soit :
+ 3 Sciences sociales - la table principale
+ 33 Economie politique
+ 335 Socialisme
+ 335.52 Socialisme réformiste
+ (493) Belgique – division commune de lieu
+ (493.5) Hainaut – division commune de lieu
+ (=393.2) Flamands – division commune de peuples
+ "1885-1960" – division commune de temps
Mundaneum. Bild: Archiv Mundaneum, Mons
Henri La Fontaine (1854-1943)
Sénateur socialiste d’envergure. Grand voyageur, admirateur de Wagner (il a traduit le livret de la Walkyrie), alpiniste et franc-maçon, La Fontaine œuvra sa vie durant pour un monde de justice et
de paix. Il reçut la consécration officielle en 1913 avec le prix Nobel. Précurseur en de nombreuses matières, Henri La Fontaine défendra avec ferveur la démocratie nationale et internationale, le
droit des minorités et celui des femmes.
Paul Otlet (1868-1944)
Paul Otlet, érudit, précoce (il écrit son premier ouvrage, "L'Ile du Levant" à l'âge de quatorze ans) et systématique (il invente "Le Sommaire périodique des revues de droit", tables mensuelles de
tous les articles juridiques publiés dans les périodiques belges). Il se distingua par ses travaux en matière de bibliographie avec la création en 1895 de l’Office International de
Bibliographie grâce auquel il mettra en place le système de Classification Décimale Universelle (CDU) et le standard de 12,5 sur 7,5 cm imposé aux fiches bibliographiques, toujours en vigueur dans
les bibliothèques du monde entier. Père de la documentation, Otlet dont on dit aussi qu’il a eu bien avant l’heure, l’intuition d’Internet : "On peut imaginer le télescope électrique, permettant de
lire de chez soi des livres exposés dans la salle ‘teleg’ des grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre téléphoné"…
Paul Otlet. Bild: Archiv Mundaneum, Mons
Derniers Commentaires