Par Jean-Yves

Un jeune homme s'enferme volontairement dans une salle de bain. Pour ne pas la quitter et vivre dans une baignoire. Dès les premières pages de son récit, ce jeune homme nous rassure : le blanc de l'émail de la baignoire donne vie à sa quiétude de l'abstrait. Ce séjour dans sa baignoire ne sera troublé que par un voyage à Venise, dans le confort tout aussi neutre d'une chambre d'hôtel seulement (et lointainement) distrait par de ludiques activités : le tennis, un match de football suivi à la télévision et, plus puérilement, un jeu de fléchettes (il invente pour lui seul dans sa chambre des tournois de fléchettes…) avant un retour à Paris et à la baignoire.
"La Salle de bain" est un curieux roman. Jean-Philippe Toussaint son auteur, place son récit sous la protection d'une phrase de Woody Allen :
« L'éternité c'est long, surtout sur la fin. »
Protection justifiée, c'est bien cette phrase avec sa joyeuse et grave ironie que vit le héros narrateur de ce livre.
On le lit fasciné par le blanc (absence de toute histoire} et tenté par l'immobilité, avec une indifférence, un désintérêt pour les passions humaines, d'une désinvolture fort sympathique. Il tente de sa vie un récit qui est un froid constat d'huissier, doté d'un goût précis pour les gestes infiniment petits mais héroïques (dans sa baignoire, il ouvre son courrier avec son peigne, etc.) afin d'en approcher l'éternité.
Son insolence est magnifique, d'une solitude qui ne revendique aucune vertu. Ne tenant aucun compte de la réalité des autres, il est amené aux situations les plus ironiques.
- La salle de bain de Jean-Philippe TOUSSAINT, Editions de Minuit, septembre 2005 (réédition), ISBN : 2707319287
Mercredi 4 janvier 2006
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