Par Jean-Yves

Un jeune homme s'enferme volontairement dans une salle de bain. Pour ne pas la quitter et vivre dans une baignoire. Dès les premières pages de son récit, ce jeune homme nous rassure : le blanc de l'émail de la baignoire donne vie à sa quiétude de l'abstrait. Ce séjour dans sa baignoire ne sera troublé que par un voyage à Venise, dans le confort tout aussi neutre d'une chambre d'hôtel seulement (et lointainement) distrait par de ludiques activités : le tennis, un match de football suivi à la télévision et, plus puérilement, un jeu de fléchettes (il invente pour lui seul dans sa chambre des tournois de fléchettes…) avant un retour à Paris et à la baignoire.
"La Salle de bain" est un curieux roman. Jean-Philippe Toussaint son auteur, place son récit sous la protection d'une phrase de Woody Allen :
« L'éternité c'est long, surtout sur la fin. »
Protection justifiée, c'est bien cette phrase avec sa joyeuse et grave ironie que vit le héros narrateur de ce livre.
On le lit fasciné par le blanc (absence de toute histoire} et tenté par l'immobilité, avec une indifférence, un désintérêt pour les passions humaines, d'une désinvolture fort sympathique. Il tente de sa vie un récit qui est un froid constat d'huissier, doté d'un goût précis pour les gestes infiniment petits mais héroïques (dans sa baignoire, il ouvre son courrier avec son peigne, etc.) afin d'en approcher l'éternité.
Son insolence est magnifique, d'une solitude qui ne revendique aucune vertu. Ne tenant aucun compte de la réalité des autres, il est amené aux situations les plus ironiques.
- La salle de bain de Jean-Philippe TOUSSAINT, Editions de Minuit, septembre 2005 (réédition), ISBN : 2707319287
Mercredi 4 janvier 2006
3
04
/01
/Jan
/2006
17:19
-
Publié dans : Libris
11
J'aime beaucoup Jean- Philippe Toussaint dont je n'ai pas lu pourtant la Salle de bain. En revanche, j'ai lu Faire l'amour que j'avais beaucoup aimé. Et que je conseille vivement. Et dernièrement , bien sûr , son dernier roman Fuir dont on peur lire le papier sur terres de femmes: http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/12/jeanphilippe_to.htmlUne Une très belle écriture, à savourer pleinement...
Angèle
http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2006/01/les_consignes_s.html
L'éternité c'est long, surtout à la fin. En réalité, il est difficile de trouver la source exacte de cette citation. Une petite recherche sur le net et on voit apparaitre souvent le nom de Woody Allen, Robert Beauvais puis le nom de Franz Kafka...
D'autres se sont penchés sur la question semble-t'il: http://www.u-blog.net/bartlebooth/2003/10/31
Cela semble interessant ou bien c'est toi qui est doué pour faire les emballages...
Je vais toujours y jeter un coup d'oeil
merci
Pour ce qui est est de l'inspiration, il y a eu sur ce thème "voyage autour de ma chambre" de Joseph ou Xavier (je ne sais plus) de Maistre, que ceci dit je ne vous recommande qu'au théâtre, associé d'une mise en scène plutôt relevée ...
Mais l'inspiration littéraire de Toussaint, je la vois davantage du côté de Pérec. Mais là je m'avance peut être un peu, ce n'est pas parce que j'ai lu Pérec avantt Toussaint que je sais ce qui s'est passé en eux (ni entre eux) !
En tous cas, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, il faut lire Toussaint, et découvrir Pérec
Mais Fuir m'agrandement déçu. Rempli d'une mauvaiseté commerciale. Comme si l'auteur tenait à prouver que La salle de bain avait été un coup du hasard. Après une seconde relecture, je me soulage de constater que non.