Si Dieu meurt, je ne lui survivrai pas

par Alexandre 12 Décembre 2005, 13:26 Libris

RufusRufus est comédien, acteur de cinéma, dramaturge, scénariste, dialoguiste, parolier & chanteur. Je savais qu'il avait publié des contes & histoires pour les enfants, mais j'ignorais qu'il écrivait également des romans. Je l'ai découvert avec son dernier : si Dieu meurt je ne lui survivrai pas. Outre que le titre me plaisait, c'est surtout le sous-titre qui m'a attiré : Roman Méchant.

Pour commencer, la présentation de l’éditeur (un peu réarrangée) :

« Si la vénalité est un vilain défaut, il est l'un des mieux partagés, avec peut-être, l'aveuglement, aussi. Charles Tuparle, assureur de son état, entend bien exploiter au nom du premier travers les possibilités qu'offre le second.

Cynique, sans doute, mais aussi bien informé, il pense avoir découvert un domaine sur lequel les grands argentiers de l'assurance n'ont pas encore posé la patte : celui de la téléphonie mobile, ou plus exactement ses antennes émettrices. Il enquête donc pour évaluer le risque que courent les fournisseurs d'accès d'avoir un jour à faire face à un scandale sanitaire de type "amiante" à la puissance dix. Au fil de son investigation, l'évidence est bientôt patente : l'opportunité de faire chanter les opérateurs est à saisir vite ! Malheureusement, Charles est un peu brouillon…

Ce que Charles va découvrir est bien plus juteux, et considérablement plus effrayant, que ce à quoi il s'attendait en entament le journal de son enquête. Un jour après l'autre, chaque pas le rapproche des Enfers...

Ah, au fait... et Dieu dans tous ça ? Ne quittez pas, un opérateur va vous répondre. »

Je ne connaissais pas cette facette de militant et de pamphlétaire écologiste chez Rufus, mais pour parler – rapidement – du fond du propos, ce livre a pour vocation de dénoncer le silence actuel sur les dangers de la téléphonie mobile. Pour être un sujet que je connais plutôt bien, je reste mitigé. Un partie des faits est vraie sans conteste et au pire très probable, une autre me laisse plus dubitatif, et la forme du roman, finalement, prête à confusion sur pas mal de points, jetant le doute sur la crédibilité. La frontière entre fiction et réalité dénoncée reste souvent floue et laisse un arrière-goût d’inexactitude partisane…

« C'est un sujet totalement occulté. Tous ceux qui détiennent le pouvoir entretiennent cette opacité. Tout est vrai dans ce livre; la plupart des infos, je les tiens des rédacteurs du Canard enchaîné. Ce qui est dangereux, ce ne sont pas les portables mais les antennes que l'on impose à tous comme autant d'épées de Damoclès. Des réformes simples sont envisageables mais la santé n'est pas cotée en Bourse... La maladie, oui. »

« […] Et puis, on ne se méfie pas de la rubrique culturelle. C'est le seul créneau qui existe pour parler de cela. »

Il n’en reste pas moins que ce qui dessert le pamphlet sert le roman, le conte noir et grinçant, écrit sur le mode du cynisme et de la paranoïa. Même si le fond est à prendre avec des pincettes, Rufus a une jolie plume, féroce et incisive, sans complaisance et d’un cynisme savoureux.

C’est drôle et méchant. Donc, à lire.


commentaires

jdn 27/01/2006 14:35

Le titre ne me plait pas : ça me donne pas envie de le lire alors en plus si c'est méchant...
a+

Fabrice 11/01/2006 18:24

Damned, le téléphone portable utilisé bêtement, c'est pas bien ? Merde alors, moi qui croyait que c'était la seul invention humaine tellement génial que même placé entre les mains d'imbéciles ne pouvait être qu'utilisé à bonne escient.
Puisqu'est comme ça, je jette mon portable, je suis trop déçu.

civetta 11/01/2006 17:49

je ne sais pas si c'est "physiologiquement" dangereux, mais en tout cas, la telephonie mobile est dangereuse aussi quand elle implique des modes de comportements "altérés": on ne communique plus, on SMS, et vivre sans portable apparait comme OVNI. Or, on faisait bien sans, avant?

kfigaro 04/01/2006 16:35

Le coté militant de Rufus est parfois présent dans le choix de ses films, il a notamment joué avec le provocant Yves Boisset (le formidable "Un condé" ou "Cran d'arrêt"), cinéaste sous-estimé dont les films "politiquement incorrects" ont été les plus censurés de tous le cinéma français des années 70.

Sergent Popup 13/12/2005 13:32

Et ta note donne envie d'aller acheter le bouquin tout de suite. Il est chouette votre blog à X mains.

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