Les Chinoiseries : la langue des arts décoratifs

par Jonathan 20 Février 2005, 00:00 Res Orbis

L'écriture chinoise est un dessin. De ce fait, elle trouve naturellement sa place dans les arts de la représentation.

A mi chemin entre l'écriture et la peinture, l'idéogramme chinois devient presque un objet qui, au-delà de sa signification, sert d'élément décoratif ou même de sujet à des oeuvres graphiques.

L'un des plus connu est Fù (Bonheur, Chance) qui peut prendre de nombreuses formes :

Ces représentations peuvent devenir de véritables porte-bonheur, ou bien artistiquement calligraphiés, ils forment un cadeau très estimé.

Mais inversement– et c'est là une particularité du chinois --, les motifs dans les arts décoratifs forment de véritables caractères « à part » : une deuxième langue en quelque sorte. Ce sont les images de substitution, choisies en raison de leur prononciation semblable avec l'objet qu'elle entend désigner.

Par exemple, la chauve-souris est souvent représentée, sous toutes les formes stylisées possibles. Son nom bianfu est lié par homophonie à bian (« Partout », « Transformer ») et à Fù (« bonheur », précité). En groupe de trois, ces petits mammifères symbolisent les trois bonheurs : Bonheur, Richesse, Longévité. Par groupe de cinq, entourant le plus souvent elle représente les 5 bonheurs : La Longévité, La Richesse, La Santé, La Vertu, La Mort Naturelle.

L'exemple de l'amulette Fu shou shuang quan, « Bonheur et longévité, tous deux au complet ! » est parlant.

Le recto est un souhait classique du monde de civilisation chinoise. Au revers, l'association de la chauve-souris fu, homophone de fu « bonheur », et des deux pêches symboles de longévité shou puisqu'elles sont la nourriture des Immortels, forme par un jeu homophonique et symbolique, une répétition du message du recto.

De même, la prononciation du mot « cerf » (lu) est semblable à celle de « bonheur, félicité, faveurs salaires ». C'est ainsi que le cerf sur un cadeau était un vœu d'accéder à de hautes fonctions.

La grenade, la cacahuète ou le raisin, à cause de leur pépin ou noyau, sont associés à de nombreuses descendances et sont donc des motifs traditionnels pour des cadeaux de mariage, à cause de l'analogie avec zi (graine ou enfant).

L'influence des ces symboles est très forte : les numéros de téléphone et les chiffres des plaques d'immatriculation participent au phénomène des jeux de mots. Ainsi, le chiffre « huit » (ba) est devenu le symbole de « faire fortune » (ba), et les clients sont prêts à l'acheter à prix fort.

On compte une centaine de sortes de motifs, issus de la coutume populaire ou des lettrés, qui ont été composés en jeux de mots.

Pour en savoir plus :

commentaires

Jonathan 26/02/2005 00:00

Merci Jean-Yves !

Jean Yves ALT 21/02/2005 02:09

Superbe article d’intelligence et de concision.

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