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Par Béatrice

Les mouvements considérables qu'on a observés dans les glaces polaires, pendant les trois ou quatre dernières années, ont ramené l'attention sur une opinion déjà débattue bien souvent par les météorologistes, et suivant laquelle les climats de l'Europe iraient continuellement en se détériorant. Il serait difficile de dire bien précisément quelle était la température du globe à des époques reculées : car la découverte des thermomètres ne remonte guère qu'à l'année 1590 ; à quoi il faut même ajouter qu'avant 1700, ces instruments n'etaient ni exacts ni comparables. Toutefois il est possible de suppléer, jusqu'à un certain point, aux observations directes, comme l'ont fait Pilgram, Toaldo, le professeur Pfaff, etc, etc, en compulsant les historiens, et en réunissant ceux de leurs passages qui sont relatifs à l'état des récoltes et à plusieurs autres phénomènes naturels.

(...) même en faisant la part des exagérations si naturelles à la plupart des anciens auteurs, (...) les hivers , par le passé, étaient aussi rudes que dans le siècle où nous vivons.

(Sur la prétendue détérioration du climat en Europe - Annales de Chimie et de Physique, 1818)

 

Ce texte de 1818 témoigne du débat très précoce des climatologues au sujet des « inévitables détériorations du climat en Europe » reflétant l'inquiétude ancestrale sur ces étés qui n'en sont plus et des hivers ressentis comme plus (ou moins) rigoureux qu'autrefois.

Très tôt, l'effet de serre et l'effet de l'activité humaine sur le climat ont été pressentis. En 1824, Joseph Fourier, physicien français, surnomme "effet de serre" l'augmentation de la température sur Terre à cause de l'atmosphère qui piège une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre.  Dès 1896, Arrhénius annoncait qu'en brûlant le charbon, les hommes allaient réchauffer la planète via un effet de serre renforcé. A l'heure actuelle, nul n'ignore la réalité du réchauffement climatique et la responsabilité humaine dans ces dérèglements. Car on a trouvé le moyen de mesurer la température dans ces époques « très reculées », plus sûr que les "textes des anciens" rapportant qu'en 1234 des voitures traversent la mer Adriatique gelée près de Venise ou qu'en 1777 la Seine fut prise pendant 35 jours consécutifs dans la glace. En effet, des mesures sur les carottes de glace de l'Antartique ont montré que depuis 740 000 ans, il existe une corrélation étroite entre températures moyennes et teneurs en gaz à effet de serre. Il a été également démontré que jamais auparavant la teneur en gaz à effet de serre n'a atteint les valeurs record actuelles, dues à la pollution.

La polémique porte encore et toujours sur les changements climatiques  cette fois induits par la pollution humaine et si difficiles à évaluer. Une théorie avance que, paradoxalement, le réchauffement de la planète pourrait induire un refroidissement brutal d'une partie de l'hémisphère nord. A l'automne 2004, un rapport alarmant commandité par les militaires du pentagone fait état d'un ralentissement des courants marins parcourant l'Atlantique (courant marin qui charrie les eaux tropicales aux larges de nos côtes européennes), ce qui pourrait provoquer un refroidissement du climat autour de l'océan atlantique. Un scénario digne du film catastrophe Le jour d'après  a été avancé : à l'horizon 2010 la température ambiante chuterait et une vraie sécheresse frapperait l'Europe occidentale entrainant conflits, famines et guerres... charmant! Cependant il pourrait s'agir de variations naturelles des courants océaniques et le ralentissement pourrait donc être normal et temporaire! Mais les scientifiques manquent encore à ce sujet de données fiables. Les techniques de détection de ces courants se sont améliorés et leurs résultats sont épluchés mois après mois.

Le protocole de Kyoto, entré officiellement en vigueur hier témoigne d'une volonté commune (à part les  Etats Unis qui consomment à eux seuls près de 40% du pétrole mondial...) pour réduire la pollution atmosphérique, ce qui pourrait enrayer le réchauffement de la planète et éviterait de croiser un ours polaire sur les Champs Elysées. Espérons qu'il sera plus efficace que le programme du Sommet de Rio de 1992 qui prévoyait une stabilisation des émissions de gaz à l'horizon 2000 et qui a visiblement échoué.

 

  • A lire aussi :  science et vie n°1044 sept2004
Jeudi 17 février 2005 4 17 /02 /Fév /2005 00:00
- Publié dans : Sapientia - Ecrire un commentaire
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