Il y a des phrases qui s'inscrivent en nous dès la première lecture. Celle d'Angelus Silesius, m'avait frappé par sa beauté et son mystère. Je vous la livre telle que je m'en souviens.
La rose est sans pourquoi
Fleurit parce qu'elle fleurit
N'a souci d'elle-même
Ne désire être vue
Aussi, lorsque des années plus tard, je tombe sur une réédition de ce texte, illustré de calligraphies de grand talent (de Vincent Geneslay), je ne peux que vous le recommander tant il recèle de joyaux.
Ecrits en une fulgurance mystique qui dura quatre jours, des six livres que composa Angelus Silesius, de son vrai nom Johannes Scheffler, seul le premier est ici conservé, rebaptisé La rose est sans pourquoi.
La Silésie est dévastée. Les deux tiers de sa population ont péri durant la Guerre de Trente ans (1618-1648). Ouverte aux vents comme aux invasions, anéantie, démembrée, c'est dans un cimetière que grandit Johannes. Orphelin très jeune, recueilli par le Prieur de l'Abbaye de Saint Matthias, il lui doit de suivre des études de philosophie et de médecine, qui le menèrent de Strasbourg à Leyde et Padoue. Médecin de profession, mais nourri d'Eckhart et de Saint Jean de la Croix, il entre bientôt dans le cercle spirituel et religieux de la Silésie et entre en conflit avec le luthéranisme qui y règne alors.
Qui n'est de nulle part
Et de nul n'est connu
Trouve même en enfer
Sa patrie bien aimée
« Le luthéranisme remonte aux origines mêmes de la Réforme et se réclame des trois affirmations centrales du message de Luther : autorité souveraine de la Bible, salut par la grâce (et son corollaire, la justification par la foi), sacerdoce universel des croyants. La théologie luthérienne prend sa source dans l'événement de la croix : l'humanité y rencontre Dieu lui-même, dans la détresse du Christ crucifié qui a accepté d'aller jusqu'au tréfonds de la misère humaine. Désormais, l'être humain est "à la fois pécheur et justifié". Transformé dans sa rencontre avec Dieu, libéré de l'angoisse de la solitude et des affres du désespoir, il peut s'ouvrir aux autres et se consacrer à leur service. Même lorsqu'elle se réfère au principe des "deux règnes" (temporel et spirituel), la théologie luthérienne valorise l'histoire et le monde comme lieux où Dieu appelle les hommes à s'engager. »
Pour Silesius, un seul salut : la communion.
Telle l'eau dans la source
Telle la rose sur sa tige
Telle la flamme dans le feu
L'âme est au mieux en Dieu
Tabula rasa de la croyance, afin d'atteindre la foi, sans laquelle nulle vie n'est acceptable. Car pour survivre, pas question de credo, mais de transformation.

L'ange silésien ne conseille pas, il interpelle. Il ne revendique pas, il apostrophe. L'homme ne peut plus attendre, lui-même n'attend plus. Le sacerdoce ne lui suffit plus. Il a soif. Soif de Dieu.
Ne t'élève pas trop haut
Ne te vante de rien
La plus belle sagesse
Est de n'être pas trop sage
Ce faisant, il transcende toutes les religions et résume toutes les transcendances.
La vraie vacuité est
Comme un noble vase
Contenant du nectar.
Il recèle, mais ne sait quoi
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