
A la lecture de cet ouvrage, je regrette que ce soit le premier livre que je lise de cet auteur tant son style me touche, tant sa hargne à serrer les dents est perceptible. Le sujet n’y est pas étranger. C’est de vécu que se nourrit ce récit, entremêlant morceaux épars et fragmentaires de la quotidienne abomination d’un village et de souvenirs plus anciens et tout aussi intolérables. Il ne s’agit pas d’un roman. Il ne s’agit pas de distraire. Il s’agit d’une langue riche et précise d’une clarté vive pour ne rien taire, d’une froideur à même de donner à goûter à l’indicible lâcheté d’une société dont la préférence va au silence.
Ne soyez pas frileux, ne pensez pas que ce livre n’est pas pour vous. Il est vivant, de cette colère salutaire de qui se bat contre ce qui ne doit pas exister. Ne croyez pas que le sujet est racoleur comme j’ai stupidement pu le lire dans ce qui prétend être une critique favorable. La pédophilie, l’immobilisme destructeur des institutions et les abus de toutes sortes se doivent d’être nommés, révélés, pour que leur réalité soit jugée et leurs victimes dédouanées de cette culpabilité qu’enracine le fantasme d’omissions réitérées.
Cela vous donnera à penser, à réfléchir. Cela vous donnera peut-être même l’occasion de vous référer aux textes de lois que l’auteur a judicieusement placés dans son récit puisqu’il est vrai que le sordide n’est jamais très loin de ce qui nous entoure. Les trouvailles de construction et la maîtrise de la langue vous mettent au cœur du chaos et du combat, au plus près du ressenti et de la réalité. Cette écriture n’est pas « facile », elle transcrit ce qui est. Pour cette absolue rigueur et pour ce qui est dénoncé, vous vous devez de le lire.
« Cracher, d’une manière ou d’une autre. Cracher de l’encre sur du papier. Ecrire, qui est façon d’empoigner, de secouer, de malmener un adversaire puissant, de vaincre la peur et d’ignorer les coups, de gagner en aplomb, écrire, se révélant façon de m’en prendre à toi, ou aux façons de toi dont l’univers regorge. »
« A dater de ce jour d’orage et de révolte, je me suis coupé de ton sang. Tu n’as plus jamais été pour moi qu’un père de carnaval, que je peins pour faire froid dans le dos et distraire, un légume, creux, taquiné par la grève, bon à jeter aux foules. »
« Elle vaudrait d’être exposée cette expérience, par des portraits d’enfants qu’on croirait d’un pays en guerre civile, guerre de civilisés contre les plus faibles d’entre eux sous le regard mort des institutions. C’est en France, en sous-France que cette guerre a lieu, toujours lieu, que des enfances sans nombre sont passées par les armes qui ont pour nom cruauté, bêtise, indifférence. »
- Jean-Yves Cendrey, Les Jouets Vivants, L'Olivier, 2005
Mardi 25 octobre 2005
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Publié dans : Libris
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:o)
Je l'ai lu aussi voilà quelques temps, et on a parfois du mal à comprendre pourquoi pendant autant d'années, cet homme a réussi à perpetrer des actes aussi horribles sans que personne (y compris sa hierarchie malgré plusieurs plaintes) n'intervienne- Ce qui m'a laissé perplexe, c'est lorsque le procureur reproche à l'auteur d'avoir livrer cet instituteur aux autorités - Peut-être qu'aujourd'hui il continuerait cette horreur qu'il a fait subir à bon nombre d'enfants innocents. Ce livre doit être lu.