Partager l'article ! Le double visage du baroque: Je reconnais qu'en ce moment je vis à l'heure de la musique baroque. Plus je mûris dans mes goûts et penchants musicau ...
Je reconnais qu'en ce moment je vis à l'heure de la musique baroque. Plus je mûris dans mes goûts et penchants musicaux plus je me tourne vers le baroque, plus je l'apprécie, et plus les classiques et romantiques me fatiguent. Oh certes, je ne peux pas complètement renier certaines pièces de Mozart, de Schubert, Liszt et consorts, mais ce que j'apprécie chez eux, je le fais de plus en plus pour de pures raisons esthétiques, plus pour l'émotion. Quant aux autres, les mots qui me viennent le plus souvent à l'esprit sont platitude, pompiérisme et mièvrerie. Exception faite de quelques modernes, Ravel, pour ne citer que lui.
Ceci étant posé, plus je me penche sur la musique baroque, c'est-à-dire la période qui couvre plus ou moins le début du XVIIème jusqu'à la mi-XVIIIème, plus je prends conscience de la dualité de cette période musicale.
Il y a des constantes bien sûr. Qu'il s'agisse de Bach, Vivaldi, Scarlatti, Handel, Telemann, Marin Maris ou Sainte Colombe, il y a des contraintes de style fortes, de forme qui finalement enrichissent la musique de cette période, tout comme l'us et l'abus du contrepoint.
Il y a d'abord le baroque flamboyant, celui qui est léger, souvent enjoué, toujours dynamique, parfois populaire. C'est le baroque de Vivaldi, de Lully, c'est surtout le baroque du clavecin, il est brillant, il laisse admiratif. Il est virtuose, sans être froid. Pour vous en convaincre comparez un Caprice de Paganini au Tempo Impetuoso d'Estate de Vivaldi. C'est brillantissime et lumineux, mais il y a de la passion, de l'abandon. Même lorsqu'il y a de la pompe, ce n'est jamais un rouleau compresseur, c'est appliqué, précis, chirurgical.
Il y a ensuite le baroque grave, touchant, celui qui fait naître les larmes, qui élève l'esprit. Les Passions de Bach, les Folies d'Espagne de Marais, ou les Magnificat de Pachelbel. Très souvent de la musique sacrée, créée ad majorem dei gloriam on en peut nier qu'elle noue les tripes, qu'elle exalte : j'avoue que je n'ai jamais été aussi proche de croire en Dieu qu'en écoutant les plus belles pièces du Kappelmeister de Leipzig. Mais ce n'est pas toujours le cas, il y a autant d'émotion dans de nombreuses uvres profanes, à commencer par les Suites Pour Violoncelle (à ne pas rater : les versions sublimes par Rostropovitch ou Pablo Casals) ou certaines pièces de Sainte Colombe. Cet aspect du baroque est d'autant plus étonnant que les compositeurs de l'époque travaillaient le plus souvent à la commande, avec pour principal souci de satisfaire leur commanditaire. Pour exemple, il a été souvent reproché à Vivaldi d'avoir « revendu » plusieurs fois les mêmes compositions à des clients différents mais peu susceptibles de se croiser
Bien évidemment, cette distinction, bien que je la trouve souvent flagrante, n'est pas toujours absolue, et c'est souvent ce qui fait le talent de tel compositeur ou un chef d'uvre de telle pièce, d'arriver à la frontière de ces deux genres, de basculer de l'un à l'autre ou de repousser les limites de l'un ou de l'autre.
A saluer, l'immense et incroyable travail de ceux qui permettent le renouveau de la musique baroque. Les Christie, Harnoncourt, le travail fantastique de Jordi Savall et Hesperion XXI (notamment à la Capella Real de Cataluña) ou de Fabio Biondi et Europa Galante, on permis une véritable renaissance du baroque, grâce à un vrai travail de recherche sur l'oeuvre et l'esprit.
ADDENDA : bon, je viens de me relire, et je ne peux pas faire ca a Wolfgang, je suis injuste. Il a quand même commis son Requiem, et si je n'ai pas d'érection incontrôlable sur le Lacrimosa (comme un certain Pierre), ça lui assure quand même sa place au paradis.
Pour écouter certains morceaux cités dans l'article :
Auditorium
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