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Par Alexandre
le bizarre incident du chien pendant la nuit Quelle perle ! Premier roman "pour adultes" de Mark Haddon, un britannique  illustrateur et auteur de livres pour enfants (gros succès de librairie, ainsi que prix Whitbread 2004 et Booker 2003), il  s'agit d'un livre brillant, subtil et inventif. Avec un style impeccable (assez anglais, d'ailleurs), fluide, et bourré de trouvailles littéraires ou même graphiques (le roman est parsemé de petites illustrations).

L'histoire, telle qu'elle apparaît au premier abord est originale : le jeune Christopher Boone découvre une nuit, l'assassinat de Wellington, le caniche de la voisine. Admirateur de Sherlock Holmes, il décide de mener l'enquête, et d'en écrire un roman policier en tenant un journal. C'est ce journal que nous lisons.

Or, Christopher est un enfant un peu différent. Il est brillant, certes, notamment pour tout ce qui concerne les mathématiques, mais il est aussi, et surtout, autiste. Et c'est le vrai sujet de ce roman.

Christopher a «15 ans, 3 mois et 2 jours» et connaît «tous les pays du monde avec leurs capitales et tous les nombres premiers jusqu'à 7 507». Il aime les horaires, parce qu'ils permettent de «savoir quand les choses vont arriver», et ne supporte pas les aliments qui se touchent dans l'assiette.  4 voitures rouges à la file sont synonymes de Bonne Journée, 3 voitures rouges d'une Assez Bonne Journée et 5 voitures rouges d'une Super Bonne Journée.

Ce journal est donc un voyage dans le monde de Christopher, ou plutôt dans notre monde vu par ses yeux. Sa perception, rigide, codifiée, passe obligatoirement par une certaine objectivité, les codes sociaux ne lui sont pas évidents, il a besoin de les interpréter à partir des faits, de décrypter les signes. Son besoin impératif d'une vie parfaitement réglée, chaque action doit être planifiée, d'où l'importance de la routine. Quand il n'y a pas de règles, il se les impose. Il n'aime pas le brun et le jaune ? Parce qu'il faut bien faire des choix. il le fait, et jusqu'au bout de sa logique. L'ambiguïté est une notion qui lui est parfaitement étrangère, il ne peut pas l'intégrer. Du coup il est extrême dans ses comportements et conclusions : son père lui dit que lorsqu'on aime quelqu'un on lui dit toujours la vérité, donc si son père lui ment c'est qu'il ne l'aime pas. CQFD.

En dépit de son autisme, Christopher arrivera néanmoins à s'adapter suffisamment pour mener son enquête (et pour la suite que je ne révélerais pas). Ceci dit, il s'aide encore de modèles, suit un canon. Il fait une Enquête Policière, qui a ses codes et ses règles : quand on a un Suspect Numéro Un, on cherche des Preuves, et ainsi de suite. Il se trouvera même des similitudes avec son illustre prédécesseur de Baker Street de par sa faculté à s'isoler pour se concentrer intensément.

Sa perception étant factuelle, il assimile toute déformation des faits à des mensonges. Ainsi, les romans : « Ils racontent des mensonges sur des choses qui ne se sont pas passées, alors ça me fait tourner la tête et ça me fait peur.», mais aussi les métaphores, les nuances de l'ironie, des allusions...

Le style est à l'avenant. Christopher est nécessairement direct, précis, analytique.

Je ne ferais pas le parallèle avec Candide, même s'il est tentant.

« Le mot métaphore veut dire "transporter quelque chose d’un endroit à un autre" et il vient des mots grecs μετα (qui veut signifie d’un endroit à un autre) et φερειν (qui veut dire porter) ; c’est quand on décrit quelque chose en utilisant un mot qui désigne autre chose. Ça veut dire que le mot métaphore est une métaphore.

[…] Quand j’essaie de me représenter une de ces expressions dans ma tête, ça ne fait que m’embrouiller parce que imaginer une prunelle dans un œil, ça n’a rien à voir avec aimer beaucoup quelqu’un et alors je ne me souviens plus de qu’on était en train de me dire.

Mon prénom est une métaphore. Il veut dire qui porte le Christ et il vient des mots grecs χριστος (qui veut dire Jésus Christ) et φερειν ; c’est le nom qu’on a donné à saint Christophe parce qu’il a fait traverser une rivière à Jésus Christ.

On ne peut que se demander comment il s’appelait avant d’avoir porté le Christ de l’autre coté de la rivière. En fait, il ne s’appelait pas du tout parce que c’est un récit apocryphe, ce qui veut dire que c’est un mensonge, là encore.

Mère disait que ça signifie que Christopher est un joli prénom parce que c’est l’histoire de quelqu’un de gentil et de serviable, mais je ne veux pas que la signification de mon prénom soit l’histoire de quelqu’un de gentil et de serviable. Je veux que la signification de mon prénom, ce soit moi. »


  • Mark Haddon, Le bizarre incident du chien pendant la nuit, Pocket

Mardi 18 octobre 2005 2 18 /10 /Oct /2005 00:00
- Publié dans : Libris - Ecrire un commentaire
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